Référendum italien : la probable victoire du "non" n'inquiète plus les gérants

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Certains gérants affichent leur intention d'augmenter leurs paris financiers sur l'Italie en cas de victoire du "non" au référendum.
Certains gérants affichent leur intention d'augmenter leurs paris financiers sur l'Italie en cas de victoire du "non" au référendum.

L'ouverture des marchés sera très surveillée lundi 5 décembre au lendemain du référendum italien. Depuis le vote britannique en faveur du Brexit, les analystes et gérants soulignent régulièrement les risques liés à cet événement pour les marchés. Mais depuis quelques semaines, le ton semble changer.

Les Italiens se rendront aux urnes dimanche pour se prononcer sur l’acceptation ou le rejet d’un projet de réforme constitutionnelle proposé par le gouvernement de Matteo Renzi, visant notamment à rendre le système politique italien moins instable et à réduire le nombre de sénateurs.

Un nouveau vote « pro » ou « anti » système

L’événement est attendu depuis plusieurs mois par les investisseurs, qui savent que l’issue du vote est a priori risquée pour les marchés en cas d’un nouveau vote « antisystème » en Europe, après le vote en faveur du Brexit en juin, qui avait déclenché deux journées de panique boursière.

Déjà au cours de l’été, de nombreux analystes et gérants affichaient leur prudence en anticipant une fin d’année volatile à cause des échéances politique aux Etats-Unis et en Italie.

À la différence du Brexit et de l’élection américaine, une victoire du « non » au référendum ne serait pourtant pas une surprise : celle-ci semble même clairement se dessiner à en croire les derniers sondages parus à la mi-novembre, même si de nombreux électeurs se déclaraient encore indécis.

Ainsi, selon une récente note d'Amundi AM rédigée par l'équipe de la recherche économique, la probabilité d’une victoire du "oui" au référendum italien ne serait que de 5% : la victoire du "non" semble donc déjà actée pour certaines sociétés de gestion.

Forte probabilité d’une démission de Matteo Renzi

Pour les marchés, les craintes autour du référendum sont surtout liées au risque de démission du Premier ministre Matteo Renzi. Ce dernier avait en effet annoncé dans un premier temps qu’il démissionnerait en cas de victoire du "non" au référendum, avant d’essayer de changer de discours.

La démission du Premier ministre italien serait risquée, car elle laisserait probablement place à une instabilité politique alors que la crise du secteur bancaire n’est toujours pas réglée dans le pays. Surtout, une chute du gouvernement déboucherait sur de nouvelles élections potentiellement favorables au Mouvement 5 Etoiles, qui souhaite la sortie du pays de la zone euro.

En somme, « Pour les Italiens, ce référendum n’est pas un référendum pour ou contre la réforme constitutionnelle, mais un référendum pour ou contre Renzi » résume Mario Petrachi de BNP Paribas Investment Partners.

Pour Philippe Ithurbide d’Amundi AM, la probabilité d’une victoire du "non" associée à une démission de Matteo Renzi serait de 75% dimanche prochain. La probabilité d’un "non" sans démission du Premier ministre ne serait que de 20%.

Quelles conséquences en cas de victoire du "non" ?

Anticipant une probable issue défavorable concernant le référendum, les investisseurs ont déjà intégré une partie du risque lié au résultat de l’élection, notamment sur les marchés obligataires, plus sensible au sujet que les marchés actions.

Eliezer Ben Zimra, Gérant Allocation d’actifs & Dettes Souveraines chez Edmond de Rothschild AM, souligne ainsi que les taux d'emprunt de l’État italien sont remontés plus vite que les taux des autres pays de la zone euro au cours des derniers mois. L'écart entre les taux italiens et allemands s'est ainsi élargi : en mars 2016, cet écart était de 1% à 10 ans (1,20% pour le 10 ans italien, contre 0,20% pour le Bund allemand), alors que l'écart est désormais de 1,90% (2,10% contre 0,20% fin novembre).

Pour autant, depuis l’élection de Donald Trump, les investisseurs ont appris que même le scénario du pire pouvait être digéré sans difficulté par les marchés. D’où un récent changement de discours chez les gérants et les économistes.

Ainsi, pour Eliezer Ben Zimra, « Le "non" [ne serait] pas forcément une si mauvaise nouvelle pour les marchés ».

En effet, « Même si Renzi est poussé à la démission, il est peu probable d’assister à la tenue de nouvelles élections, mais plutôt à la mise en place d’un gouvernement technocratique pour assurer l’intérim jusqu’au prochain scrutin prévu en 2018 » explique le gérant d’Edmond de Rothschild AM, qui pense donc que les investisseurs pourraient rapidement relativiser l’événement.

Pour Julien-Pierre Nouen, Directeur des études économiques chez Lazard Frères Gestion, « Un "oui" serait sans doute synonyme de rebond boursier » du fait qu’« Il est évident qu’il serait préférable de ramener un certain niveau de confiance dans le pays pour permettre aux banques italiennes de lever les capitaux nécessaires à leur assainissement ». Mais, « Il nous semble peu probable d’observer une dislocation brutale des marchés en cas de victoire du non au référendum » confirme-t-il.

Une opportunité à saisir avant la réunion de la BCE du 8 décembre ?

Au-delà du peu d’inquiétude que semble finalement susciter le référendum italien, certains y voient même une éventuelle opportunité pour entrer sur les marchés.

Pour Eliezer Ben Zimra d’Edmond de Rothschild AM, « Si le "non" l’emporte, nous prévoyons de ré-initier notre exposition à l’Italie dans les différents portefeuilles, là où aujourd’hui nous n’avons plus de position ».

Le gérant rappelle en effet que « La réunion de la Banque centrale européenne se déroulera quatre jours après le référendum italien. Elle annoncera sûrement une extension du programme de rachats de dettes qui devrait servir de support aux valeurs financières ».

À noter que les anticipations du gérant sur les annonces de la BCE du 8 décembre ne sont pas partagées par d'autres intervenants de marché, notamment le courtier Aurel BGC.

En somme, après un bref mouvement de baisse lundi en cas de victoire du "non", les marchés pourraient rapidement reprendre des couleurs à en croire le discours des gérants et économistes. Un tel scénario ne serait pas sans rappeler celui de l’élection de Donald Trump.

 

H24 Finance pour Boursorama

 

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  • M9718147 il y a 2 jours

    Quand tu vois trump qui devait tout casser....et qui finalement fait du Clinton ou tchipras qui devait sortir de l'euro....pour finalement prendre ses ordres chez Merkel....tu te dis que voter ne sert plus à rien.On aura le mm topo avec le FN.

  • M1961G il y a 4 jours

    tout les pays européens veulent quitter l'euro et les députés européens font comme si , ils ne se passaient rien . ceux qui est dangereux pour l'europe , c'est de ne pas écouter le peuple qui au final sortira vainqueur . en france , quand on voit ce que propose fillon incite naturellement les salariés à voter fn .

  • tchazard il y a 4 jours

    ils devraient ....