Référendum d'autodétermination dans l'est de l'Ukraine

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RÉFÉRENDUM D'AUTODÉTERMINATION DANS L'EST DE L'UKRAINE
RÉFÉRENDUM D'AUTODÉTERMINATION DANS L'EST DE L'UKRAINE

par Matt Robinson et Alessandra Prentice

MARIOUPOL/SLAVIANSK Ukraine (Reuters) - Un référendum d'autodétermination s'est tenu dans l'est de l'Ukraine dimanche dans un contexte de tension croissante qui fait craindre un démembrement du pays et une nouvelle détérioration des relations entre Moscou et les Occidentaux.

Le chef de la "république populaire" autoproclamée de Donetsk, Denis Pouchiline, a annoncé que l'armée ukrainienne serait considérée comme une force occupante dès la proclamation des résultats de la consultation. Il a préconisé la mise en place d'organes étatiques dans l'est de l'Ukraine.

Des heurts ont été signalés autour d'un bâtiment de la télévision dans les environs de Slaviansk, place-forte des rebelles, juste avant l'arrivée des premiers électeurs, qui ont dû contourner maintes barricades pour parvenir aux bureaux de vote.

"Je voulais venir aussi tôt que possible. Nous voulons tous vivre dans notre propre pays", commentait Zhenya Denyesh, un étudiant de 20 ans rencontré au bureau de vote de l'université.

Mais pour lui, après le vote "ce sera toujours la guerre".

Les électeurs des oblasts de Donetsk et Louhansk devaient répondre à la question, inscrite en ukrainien et en russe sur les bulletins de vote: "Soutenez-vous la proclamation d'autodétermination de la République populaire de Donetsk ?"

Le scrutin a été qualifié de "farce criminelle" par le ministère de l'Intérieur à Kiev, évoquant des bulletins de vote "tachés de sang". Un responsable du ministère a déclaré que les deux tiers des habitants du territoire avaient refusé de voter.

Pour les autorités de Kiev, ce scrutin, organisé semble-t-il dans une grande improvisation dans une cinquantaine de lieux, est illégal. L'appel à le reporter lancé mercredi par le président russe, Vladimir Poutine, n'a pas été suivi d'effet.

Les bulletins de vote ont été imprimés sans respecter les règles de sécurité en la matière.

"UNE CERTAINE AUTONOMIE"

À Marioupol, une ville de 500.000 habitants théâtre de combats particulièrement violents ces derniers jours, seuls huit bureaux de vote ont été ouverts, précisent les autorités. Les files d'attente s'étalaient sur plusieurs centaines de mètres.

Dans un des centres, des urnes ont été sorties dans la rue par les autorités et placées contre un mur.

Les électeurs ne sont pas forcément d'accord sur le sens de la question posée. Rencontré dans une file d'attente, Sergueï, un ingénieur de 33 ans, a expliqué qu'il voterait oui à "l'indépendance de la république de Donetsk" et contre le "gouvernement fasciste et pro-américain (de Kiev)". Dans la même file d'attente, Irina, 54 ans, estimait que dire "oui" était seulement voter pour l'autonomie de l'Est russophone.

"Je veux que Donetsk dispose de son propre pouvoir, d'une certaine forme d'autonomie, séparée de Kiev. Je ne suis pas contre une Ukraine unie, mais pas sous ces gens qu'on n'a pas choisis, qui se sont emparés du pouvoir et vont ruiner le pays."

La rébellion dans l'Est ukrainien a commencé peu après l'éviction en février par des manifestants pro-occidentaux à Kiev du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, qui s'est réfugié en Russie.

Une sécession de Donetsk et Louhansk, régions sidérurgiques et houillères qui représentent 16% du PIB ukrainien, porterait un nouveau coup à Kiev après l'annexion de la Crimée en mars par la Russie.

L'Allemagne et la France se sont dites favorables samedi à un durcissement des sanctions contre la Russie en cas de déstabilisation du pays. Moscou dément toute manipulation des événements en cours.

Lors d'une visite dans le Caucase, le président François Hollande a déclaré "nul et non avenu" le référendum organisé par les séparatistes, ajoutant que la seule élection qui vaudra à ses yeux est la présidentielle du 25 mai.

MILICE D'OUVRIERS

Concernant les affrontements autour de Slaviansk, le ministère de la Défense a indiqué que ses forces qui gardaient une tour de la télévision avaient été attaquées par des rebelles et qu'un militaire avait été blessé dans les combats.

Selon Sergueï, un combattant, ce sont au contraire les forces ukrainiennes qui sont responsables des combats. "Elles essaient sans doute de dissuader les gens de voter, dit-il. Mais ça ne marchera pas."

Le responsable de l'administration présidentielle, Sergueï Pachinski, a annoncé que les forces ukrainiennes avaient en retour "détruit" une base séparatiste et divers points de contrôle lors d'une opération autour de Slaviansk et de la localité voisine de Kramatorsk.

"Ce n'est pas un référendum. C'est une tentative sans suite menée par des tueurs et des terroristes pour couvrir leur activité", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Sergueï Pachinski a également déclaré que Moscou avait massé des troupes le long de la frontière.

Sur le terrain, la société Metinvest, dont Rinat Akhmetov, l'une des grandes fortunes ukrainiennes, est actionnaire, a annoncé le déploiement d'une milice de volontaires à Marioupol constituée d'ouvriers de ses usines sidérurgiques. L'entreprise a demandé au gouvernement de Kiev de ne pas envoyer l'armée.

"Cette milice va commencer à patrouiller dans les rues de la ville pour protéger les civils pacifiques des maraudeurs et des criminels", dit Metinvest.

Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 08h00 (05h00 GMT) dans 53 sites, fermeront à 22h00 (19h00 GMT). Les rebelles espèrent que le dépouillement sera terminé lundi après-midi, même si leur consultation n'est pas reconnue.

(Danielle Rouquié et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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