Référendum constitutionnel dimanche en Côte d'Ivoire

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    par Joe Bavier 
    ABIDJAN, 28 octobre (Reuters) - Les Ivoiriens sont appelés 
aux urnes, dimanche, pour se prononcer sur un projet de réforme 
constitutionnelle sur lequel compte le président Alassane 
Ouattara pour tourner définitivement la page de la guerre 
civile. 
    L'appel au boycott lancé par l'opposition, qui accuse le 
président d'avoir promu un texte à sa mesure pour renforcer son 
pouvoir, risque toutefois d'entacher le résultat et de rouvrir 
les plaies dans une société ivoirienne qui reste marquée par les 
longues et sanglantes crises qu'elle a traversées. 
    Le projet de constitution revient sur le concept 
"d'ivoirité" qui obligeait jusqu'ici les candidats à la 
magistrature suprême à être nés d'un père et d'une mère 
d'origine ivoirienne et propose la création d'une 
vice-présidence ainsi que d'un Sénat. 
    Le projet de constitution entend également graver dans le 
marbre l'éducation obligatoire et l'égalité entre hommes et 
femmes. 
    Outre la suppression de la clause "d'ivoirité", l'opposition 
conteste la création d'un Sénat dont un tiers des membres 
seraient nommés par le chef de l'Etat. Elle reproche également 
au pouvoir d'avoir organisé le référendum avant les élections 
législatives de décembre. 
    Elle déplore enfin que les Ivoiriens n'aient eu que deux 
semaines à peine pour prendre connaissance du projet de 154 
pages que le Parlement a approuvé le 11 octobre. 
     
    "OCCASION MANQUÉE" 
    "Il y a une sorte de fait accompli", a regretté un diplomate 
basé à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire. "On 
peut dire ce que l'on veut du texte, le processus aurait pu être 
plus transparent. C'est une occasion manquée." 
    Brice Brosse, un Ivoirien de 44 ans qui travaille dans le 
bâtiment, regrette lui aussi la hâte du pouvoir. 
    "Je pense pas que ce référendum devrait avoir lieu. Ils 
l'ont forcé, et on ne connaît même pas le contenu"  
    "Le fait que ça ne tire pas dans la rue ne veut pas dire que 
la guerre est finie. C'est comme le feu du volcan. C'est sous la 
surface, mais ça ne veut pas dire qu'il n'est pas là." 
    De fait, faute de véritable débat public sur le projet de 
constitution, les divisions nées de la guerre civile 
resurgissent à l'occasion du référendum. 
    "Cette constitution concrétise la colonisation d'une grande 
partie de notre pays par les gens qui viennent d'ailleurs", a 
ainsi déclaré mercredi Innocent Anaki Kobena, ministre de 
Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien désormais incarcéré 
auprès de la Cour pénale internationale à La Haye. 
    Les organisations de défense des droits de l'homme regardent 
elles aussi le projet avec circonspection, notamment le fait que 
la constitution puisse à l'avenir être modifiée avec l'appui des 
deux tiers du Parlement, une institution actuellement largement 
contrôlée par les partisans d'Alassane Ouattara. 
    "Si un président a la majorité au Parlement, il peut faire 
ce qu'il veut avec la constitution. Ça, pour nous, c'est 
problématique", a déclaré Nathalie Kouakou Yao N'Guessan, 
présidente du bureau exécutif local d'Amnesty International. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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