Réduction du chômage : "Vers un redéploiement des aides vers les PME innovantes" (Ségolène Royal)

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Boursorama a envoyé 10 questions d'ordre économique à l'ensemble des candidats à la présidentielle.

1) Quelles sont vos mesures concrètes pour réduire le chômage ? Quel est votre objectif d’ici 5 ans ?

Ségolène Royal : Nous souffrons en France d’un niveau de chômage qui reste beaucoup trop élevé. Pour sortir de la crise, je ne pense pas que l’on doive, comme le propose la droite, accroître la précarité en mettant à mal le contrat de travail à durée indéterminée ou le droit du travail. Je pense au contraire que des salariés sécurisés sont plus productifs, plus motivés et contribuent à la croissance de l’économie. Cette confiance doit être partagée par les entreprises et par les salariés. Je propose donc le redéploiement des aides vers les PME innovantes, de manière à favoriser la création d'emploi. Je propose également que tout jeune au chômage depuis plus de six mois bénéficie d'une formation ou d'un stage rémunéré, d’un tutorat ou d'une aide personnalisée à la recherche d'emploi. La création de 500 000 emplois tremplins que je propose y contribuera, tout comme le contrat première chance, qui vise les 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification. Il leur offrira un parcours d’insertion durable, au sein d’une PME, auquel s’ajoutera un accompagnement de formation.

Dominique Voynet : Toutes les études récentes (Commission Européenne, Confédération Européenne des Syndicats, OCDE...) montrent que l’anticipation de la fin du pétrole bon marché et la lutte contre le réchauffement climatique peuvent être créatrices d’emploi net. Tous les secteurs d’activité vont devoir changer leurs modèles économiques, ceux qui anticipent prennent de l’avance et seront leaders dans la compétition de demain. Ce défi la France ne l’a pas encore relevé, il est plus que temps de nous y mettre. On peut ainsi créer 500 000 emplois nets, dans le secteur des transports, du bâtiment, de l’énergie et de l’agriculture en menant des politiques de conversion écologique de ces secteurs. Je prends un seul exemple : selon la commission européenne, la France pourrait créer 240 000 emplois en faisant passer à 21 % la part de son électricité produite à partir de sources renouvelables. Par ailleurs, la poursuite de la réduction du temps de travail dans les PME sera créatrice d’emplois. Selon l’Insee, il reste un potentiel de créations d’environ 100 à 200 000 emplois en mettant en place les 35 heures dans les entreprises de moins de 20 salariés, de manière souple et adaptée aux contraintes des TPE et PME. Je souligne enfin que ces 600 à 700 000 emplois seront dans leur immense majorité non délocalisables, répartis et ancrés sur les territoires.

Marie-George Buffet : Nous préconisons un nouveau type de croissance dans lequel les entreprises donnent la priorité à la création de richesses plutôt qu’à l’accumulation de profits et au placement de ces profits sur les marchés financiers. Une modulation de la fiscalité des entreprises (impôt sur les sociétés, taxe professionnelle) et des cotisations sociales patronales peut constituer une incitation. Mais le principal levier pour financer les investissements réside dans le crédit bancaire. Contrairement aux autres sources de financement (profits, fonds publics, fonds levés sur les marchés de titres financiers), qui utilisent des ressources préalablement accumulées (il faut « prendre l’argent quelque part »), les banques ont le pouvoir de mettre à la disposition de ceux qui ont des projets de l’argent qu’elles n’ont pris nulle part, mais qu’elles créent à partir de rien, sur la seule décision de faire crédit à un client. Ainsi, utiliser l’argent public, non pas pour financer les investissements à la place des entreprises elles-mêmes mais pour inciter les banques et les entreprises à assumer leurs responsabilités en la matière constituerait un instrument de politique économique très puissant. Au lieu de consacrer 23 milliards d’euros à payer les cotisations sociales à la place des patrons, il serait nécessaire d’utiliser la même somme à baisser le coût des crédits bancaires pour les entreprises qui choisissent de réaliser des investissements favorisant la croissance et l’emploi : c’est la technique des bonifications d’intérêts. En baissant ainsi de deux points le coût de ces crédits, on pourrait décider les banques à déclencher environ 230 milliards de crédits à moyen terme (cinq à sept ans) : un chiffre à comparer au total des crédits à l’investissement aux entreprises non financières, qui atteignait 250 milliards d’euros à la fin 2006. On financerait ainsi au moins 300 milliards d’investissements : une fois et demie le montant total des investissements réalisés chaque année par les entreprises et par le secteur public en France !

Jean-Marie Le Pen : Les créations d’emplois pérennes doivent venir des entreprises et non du public. De plus, on constate que, globalement, seules les PME-PMI dans le contexte actuel sont susceptibles d’embaucher. D’où notre programme extrêmement détaillé en faveur de la création, du développement et de la transmission réussie des entreprises. Concrètement et, par exemple, nous souhaitons augmenter significativement le nombre de business angels (« investisseurs providentiels ») totalement insuffisant en France : seront ainsi défalquées de la base de l’Impôt sur le Revenu toutes pertes éventuelles dues à des participations infructueuses dans des nouvelles entreprises. Concernant les fonds propres nécessaires au développement des PME, nous demanderons aux groupes d’assurance qu’ils consacrent 5% de leurs réserves financières à l’investissement dans les PME, via des Fonds spécialisés. Pour ce qui est de la transmission des 500 000 PME (qui vont être cédées dans les 10 ans qui viennent), nous prévoyons d’abaisser le taux d’imposition sur les plus-values de cession d’entreprise à 15% (au lieu de 26%) et à 10 % dans le cas de cession inférieure à 5 millions d’euros. Ces mesures ajoutées à une dizaine d’autres, doivent permettre (selon nos différents modèles de calcul) de générer de 1,5 à 2 millions d’emplois nouveaux dans les 5 ans.

Olivier Besancenot : L’objectif, c’est le plein emploi. Par l’interdiction des licenciements ; le développement de l’emploi public nécessaire à la satisfaction, par le service public, des besoins sociaux ; la réduction du temps de travail à 32 h (puis 30 h), sans diminution de salaire, sans annualisation ni flexibilité, avec les embauches correspondantes.

Philippe de Villiers : Ma première mesure sera de lancer une grande révolution économique et fiscale, pour libérer de 50% les petites et moyennes entreprises, les artisans et commerçants des charges qui pèsent sur eux. Selon les chiffres officiels, 800 000 emplois seront ainsi créés en un an. Je souhaite aussi lancer un grand plan de développement des métiers des services dans le commerce, l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, les services aux particuliers (aides à domicile, employés de maison, assistantes maternelles,...). Les métiers des services présentent trois avantages : ils ne sont pas délocalisables ; ils ne nécessitent pas de longues études ; ils représentent un gisement d’emplois important. Si nous avions le même taux d’emploi dans ces secteurs qu’en Allemagne, nous aurions proportionnellement 1,2 million d’emplois supplémentaires.

Lire l'intégralité du questionnaire économique envoyé aux candidats

Nicolas Sarkozy (UMP), François Bayrou (UDF), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Frédéric Nihous (CPNT), José Bové (Gauche antilibérale) et Gérard Schivardi (Candidat de Maires soutenu par le Parti des Travailleurs) n'ont pas répondu à ce questionnaire.
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