RECIT-La faim fait fuir les habitants de Falloudja, aux mains de l'EI

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    par Saif Hameed 
    GARMA, Irak, 7 juin (Reuters) - Affamés, les habitants de 
Falloudja s'efforcent de quitter la ville assiégée par l'armée 
irakienne et d'éviter de servir de boucliers humains aux 
combattants de l'Etat islamique (EI) qui tiennent la ville 
depuis plus de deux ans. 
    Selon des témoignages recueillis par Reuters, les membres de 
l'organisation djihadiste, qui surveillent étroitement les 
dépôts de nourriture, ont commencé à rendre visite aux familles, 
proposant des denrées à ceux qui acceptent de s'engager dans 
leurs rangs. 
    "Ils ont dit à notre voisin qu'il lui donnerait un sac de 
farine si son fils les rejoignait. Il a refusé et une fois 
qu'ils sont partis, il a fui avec sa famille", raconte Hanaa 
Mahdi Fayadh, originaire de Sidjir, dans les faubourgs nord de 
Falloudja. 
    "Nous sommes partis parce qu'il n'y avait plus de nourriture 
ni de bois pour faire du feu et que des bombes sont tombées près 
de notre maison." 
    Hanaa Mahdi Fayadh et d'autres habitants, rassemblées dans 
une école de Garma transformée en centre d'accueil pour réfugiés 
par l'armée irakienne, expliquent s'être retrouvés à court 
d'argent pour acheter de la nourriture auprès de l'EI, surtout 
depuis que le gouvernement irakien a cessé de verser les 
salaires des fonctionnaires dans les villes tenues par les 
djihadistes pour éviter que ces derniers prélèvent leur 
traitement. 
    Hanaa Mahdi Fayadh a quitté Sidjir le 27 mai, quatre jours 
après le lancement de l'offensive gouvernementale sur Falloudja, 
avec un groupe de 15 membres de sa famille et de voisins, 
traversant la campagne en brandissant des drapeaux blancs. 
    La plupart des 1.500 déplacés qui ont trouvé refuge dans 
l'école de Garma sont des femmes et des enfants, l'armée 
emmenant les hommes pour vérifier s'ils n'ont pas de liens avec 
l'Etat islamique. Hanaa Mahdi Fayadh dit attendre des nouvelles 
de ses deux frères, toujours interrogés. 
     
    BOUCLIERS HUMAINS 
    Le Premier ministre Haïdar al Abadi a déclaré la semaine 
dernière que l'offensive avait ralenti afin de protéger les 
dizaines de milliers de civils coincés à Falloudja, soulignant 
qu'ils n'avaient qu'un accès limité à l'eau, la nourriture et 
l'électricité. 
    Hanaa Mahdi Fayadh confirme que les conditions de vie sont 
déplorables dans la ville. "La seule chose qui reste dans les 
quelques boutiques encore ouvertes, ce sont des dattes, des 
dattes vieilles et rassies, et mêmes celles-là étaient très 
chères", explique-t-elle. 
    Azhar Nazar Hadi, 45 ans, raconte que les combattants ont 
demandé à sa famille de quitter Sidjir pour se rendre à 
Falloudja où ils auraient servi de boucliers humains. 
    "Nous nous sommes cachés", dit-elle. "Il y avait des tirs, 
des mortiers, des affrontements. Nous sommes restés cachés 
jusqu'à ce que les forces arrivent." 
    Selon Azhar Nazar Hadi, des centaines de personnes ont été 
emmenées à Falloudja avec leur bétail. 
    "La vie était difficile, très dure, notamment lorsque nous 
avons cessé de recevoir les salaires et les retraites", 
dit-elle. 
    "Ces sept derniers mois, nous n'avions plus rien et nous 
devions survivre avec des dattes et de l'eau. La farine, le riz 
et l'huile de cuisson n'étaient plus abordables." 
    Un sac de 50 kg de farine coûte 500.000 dinars (375 euros), 
quasiment la moitié du salaire mensuel moyen en Irak. 
    Selon des estimations de l'armée irakienne, entre 500 et 700 
combattants islamistes sont retranchés à Falloudja, mais les 
milices chiite soutenues par Téhéran les évaluent à environ 
2.500. Quant aux civils coincés à Falloudja, ils seraient 50.000 
selon des estimations de l'Onu. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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