RECIT-La course meurtrière d'un camion sur le front de mer à Nice

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    * Deux kilomètres le long de la Baie des Anges 
    * Un poids lourd loué trois jours plus tôt 
    * Un pistolet automatique et des armes factices 
    * "J'ai vu des gens monter en l'air" 
 
    par Simon Carraud 
    NICE-PARIS, 15 juillet (Reuters) - Paris hier, Nice 
aujourd'hui. 
    Il était 22h45, jeudi, lorsqu'un homme au volant d'un camion 
frigorifique s'est lancé dans une course sanglante longue de 
deux kilomètres sur la promenade des Anglais, noire de monde en 
cette soirée du 14-juillet. 
    Sur son passage, il a laissé 84 corps selon un bilan encore 
provisoire, plus de 200 blessés et réveillé les spectres de 
l'année 2015, marquée par les attaques qui ont frappé par deux 
fois l'Ile-de-France, en janvier puis en novembre.  
    Avant l'aube, quatre magistrats du parquet de Paris ont pris 
le chemin des Alpes-Maritimes pour commencer à enquêter sur cet 
attentat, le plus meurtrier jamais perpétré en France hors 
Paris. 
    Pour l'heure, ils ont remonté le fil des événements jusqu'au 
11 juillet, date à laquelle le chauffeur, Mohamed Lahouaiej 
Bouhlel, a emprunté un camion blanc de 19 tonnes chez un loueur 
de la commune de Saint-Laurent-du-Var, limitrophe de Nice. 
    Grâce aux images de vidéosurveillance, les enquêteurs 
parviennent à reconstituer l'itinéraire du camion, stationné le 
13 juillet dans le quartier Auriol, dans l'est de Nice - alors 
même qu'il aurait dû être rendu ce jour-là. 
    Le lendemain soir, à 21h34, un homme arrive à vélo, puis 
monte à bord. Dans la cabine: un pistolet automatique de calibre 
7.65 mm, des cartouches, une grenade percée et trois armes 
factices - un pistolet automatique et deux fusils d'assaut. 
    Au volant du camion, le conducteur, un Tunisien de 31 ans, 
traverse la ville d'un bout à l'autre avant de s'engager sur la 
promenade des Anglais, où sont rassemblées plusieurs milliers de 
personnes venues assister aux festivités du 14-juillet.     
    "J'étais en train de marcher sur l'avenue quand j'ai vu un 
camion tourner dans notre direction à vive allure. J'ai eu la 
chance de le voir à temps mais une amie a été renversée", 
raconte un touriste italien, Marco de Feo. 
    "Nous avons fui sur la plage puis nous avons trouvé refuge 
dans un hôtel. On est retourné ensuite porter secours à notre 
amie qui ne pouvait ni bouger ni parler mais qui respirait 
encore", ajoute-t-il. 
     
    "L'HORREUR, DE NOUVEAU" 
    Une fois sur le front de mer, le poids lourd suit la courbe 
de la baie de Nice, en faisant toutefois des zigzags pour 
faucher en chemin le maximum de passants, au milieu des cris et 
du tumulte provoqué par cette irruption soudaine. 
    "Il y a eu brusquement un bruit qui ne m'était pas familier. 
Je me suis retourné et j'ai vu arriver ce camion à dix mètres de 
nous. J'ai dit à tout le monde 'Courez! Courez!'", se souvient 
Laurent, venu avec Joy et deux fillettes de huit ans à qui 
étaient promises une pomme d'amour chacune. 
    Joy poursuit: "Laurent a dit 'Courez!, Courez!', je ne sais 
pas pourquoi. Le petit stand rouge aux pommes d'amour a volé en 
éclats, j'ai vu des gens monter en l'air." 
    Au bout de sa course, Mohamed Lahouaiej Bouhlel ouvre le feu 
avec son pistolet automatique sur trois policiers au niveau de 
l'hôtel Negresco, où descendent habituellement les touristes 
fortunés en visite sur la French Riviera. 
    Les policiers répliquent et une brève poursuite s'engage. 
Puis la trajectoire folle du camion s'arrête définitivement 300 
mètres plus loin, devant un autre établissement de luxe, le 
Palais de la Méditerranée.  
    Les policiers encerclent le poids-lourd, pare-brise criblé 
de balles, pneus crevés. Le chauffeur est mort sur le siège 
passager.     
    Aussitôt, les nouvelles de Nice arrivent à Avignon 
(Vaucluse), où se trouve François Hollande, lequel prend 
immédiatement la route du centre de crise du ministère de 
l'Intérieur, à Paris. 
    "L'horreur, de nouveau, vient de s'abattre sur la France", 
déclare-t-il dans l'allocution qu'il prononce à son arrivée à 
l'Elysée, après un passage par la place Beauvau.  
    Ces mots font écho à ceux qu'il a prononcés dans la nuit du 
13 au 14 novembre, peu après le massacre de 130 personnes dans 
les rues de Paris et aux abords du Stade de France, à 
Saint-Denis. "C'est une horreur", avait-il dit. 
 
 (Avec Matthias Galante, Sophie Sassard à Nice, édité par Sophie 
Louet) 
 
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