RECIT-Irak-L'armée irakienne a laissé des Chiites massacrer 72 hommes

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par Ahmed Rasheed et Ned Parker et Stephen Kalin BAGDAD, 29 janvier (Reuters) - Les survivants racontent tous la même histoire : ils ont été emmenés par des hommes en uniforme dans un champs et contraints de s'agenouiller tandis que certains étaient abattus. Le gouvernement irakien a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête sur ce qui s'est passé lundi à Barouanah, village situé dans l'est de l'Irak. Cette opération qui ressemble à une exécution programmée est mise sur le compte de milices chiites et d'éléments des forces de sécurité par les témoins du drame. Selon les habitants et les autorités de la province, il y aurait au moins 72 morts. La tuerie présumée de lundi fait suite à une offensive de trois jours lors de laquelle les milices chiites et les forces de sécurité irakiennes ont repris une vingtaine de villages à l'Etat islamique près de la ville de Moukdadiya dans la province de Diyala. Reuters a pu interroger séparément cinq témoins. Il était environ 15h30 quand une dizaine de Humvees sont arrivés à Barouanah, ou réside Abou Omar un homme d'affaires ayant fui Sinsil, une ville situé à cinq kilomètres. Les uniformes noirs et marrons suggéraient l'appartenance des hommes à des milices chiites et aux forces de sécurité du gouvernement. D'autres semblaient être des civils. CONDUITS DANS UN CHAMP Sous les insultes et les coups, ils ont fait sortir les habitants âgés de moins de 70 ans de leurs maisons, raconte Abou Omar, joint par téléphone. Téléphones mobiles et papiers d'identité ont été confisqués. Abou Omar a été attaché par une corde à son fils de 12 ans, handicapé mental. Les otages ont ensuite été conduits dans un champ situé dans les environ, où, raconte Abou Omar, une centaine d'autres était déjà rassemblés. Pendant ce temps, les assaillants choisissaient leurs cibles et les conduisaient derrière un mur de terre. "Ils les ont emmenés derrière le mur. Moins d'une minute, puis un coup de feu", raconte Abou Omar. "Tout ce que nous entendions, c'étaient les coups de feu. Nous ne pouvions pas voir." Les victimes ont également été emmenées dans des petites rues, des maisons, derrière une mosquée, près d'une école ou dans un lieu de collecte des déchets, pour être ensuite abattus. Abou Maz'el, 25 ans, un agriculteur de Sinsil déplacé à Barouanah il y a cinq mois, a donné à Reuters un témoignage quasi-identique. Il raconte que certains des combattants portaient des bandeaux verts avec le nom Hussein, ce qui a trait à l'histoire chiite. Abou Maz'el a été emmené avec son cousin, âgé de 35 ans, dans le champ, ils marchaient en file indienne tête baissée, une main sur l'épaule de l'autre. COMME DES DOMINOS A genoux à côté de son cousin, Abou Maz'el a entendu d'autres captifs supplier qu'on les épargne alors que des hommes armés les traînaient sur le sol avant de les abattre. "Mon cousin a relevé la tête, alors quelqu'un l'a giflé", dit il. "Cinq minutes plus tard, ils sont venus, l'ont éloigné et l'ont exécuté." La région de Diyala est déchirée par la violence religieuse, avec d'un côté les combattants de l'Etat islamique et de l'autre des milices chiites qui se disputent le contrôle de ce territoire situé au nord-est de Bagdad. Le massacre de lundi s'est produit en présence des forces de sécurité irakiennes, ce qui donne corps aux accusations de ceux qui estiment qu'elles n'ont que peu de contrôle sur les agissements des milices chiites aux côtés desquelles elles se battent pour repousser les combattants de l'Etat islamique. Abdallah al Joubouri, jeune diplômé de 23 ans, arrivé il y a un mois à Barouanah en provenance de Sinsil, a déclaré que l'armée l'avait laissé repartir après que des soldats eurent investi son logement. D'autres témoins ont dit à Reuters que des soldats, certains pleuraient, ont assisté aux massacres de civils sans réagir. Abdallah al Joubouri a dit à Reuters s'être caché sous une pile de déchets. Il a pu voir des soldats et des miliciens abattre 13 hommes alignés près d'une école. "Je les ai vus tomber comme des dominos." Il explique que les tirs et les cris ont duré jusqu'à sept heures du soir, heure à laquelle les véhicules militaires ont quitté la localité. Il a alors retrouvé un voisin et ses deux fils parmi les corps des hommes abattus près de l'école. 35 DISPARUS Femmes et enfants sont peu à peu sortis pour recouvrir les cadavres des victimes. Certains ont passé la nuit dans les rues pour veiller les morts. Abdallah al Joubouri dit avoir retrouve le corps sans vie d'un autre de ses voisins à l'extérieur de son logement avec des blessures à la tête et au menton. Il a vu d'autres corps avec des blessures semblables dans un champ et dans cinq autres rues de la localité. L'homme d'affaires Abou Omar a regagné son domicile où il a pu retrouver ses fils après le départ des combattants. Il a appris que six frères eux aussi originaires de Sinsil, avaient été tués, l'un chez lui, les cinq autres derrières un tas de boue dans le champ. Un vendeur de produits cosmétiques et quatre enseignants ont eux aussi été tués dans ce champ aux côté de trois autres frères et de leur cousin, a dit Abou Omar. Hakki al Jobouri, membre du conseil provincial de Diyala, a dit à Reuters qu'au moins 72 hommes ont été tués à Barouanah et que 35 autres sont portés disparus, peut être détenus par les milices chiites. (Danielle Rouquié et Nicolas Delame pour le service français)

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  • kurki le jeudi 29 jan 2015 à 09:13

    Et FH a donné des armes à ces gens-là !!!!!!!!!

  • kurki le jeudi 29 jan 2015 à 09:13

    Et FH a donné des armes à ces gens-là !!!!!!!!!