RECIT-Comment la France a gagné la bataille navale en Australie

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    * "Personne ne croyait" au succès français en 2014 
    * Une victoire de l'"équipe de France" 
    * Neutralité des Etats-Unis dans le dossier 
 
    par Cyril Altmeyer 
    PARIS, 26 avril (Reuters) - Tout a commencé par le 
centenaire de l'engagement australien dans la Première Guerre 
mondiale, fin 2014, et tout s'est débouclé lundi, le jour du 
souvenir des combattants australiens, lorsque le pays a décidé 
de présélectionner la France pour un contrat géant de 12 
sous-marins. 
    Lorsque Jean-Yves Le Drian s'était rendu en Australie pour 
la première fois, le 1er novembre 2014, le ministre français de 
la Défense n'était allé ni à Sydney, la capitale financière, ni 
à Canberra, la capitale administrative.  
    Il s'était retrouvé à Albany, en Australie occidentale, pour 
participer au centenaire du départ de ce port, d'un corps 
expéditionnaire australien et néo-zélandais (l'Anzac) pour se 
battre aux côtés des Alliés. 
    "Il faut être honnête, en 2014, personne ne croyait à la 
possibilité de ce succès", a-t-on déclaré mardi dans l'entourage 
du ministre. "Mais Jean-Yves Le Drian pensait qu'il y avait 
quelque chose à jouer". 
    La stratégie était simple : se positionner comme l'outsider 
du Japon, pour devenir "l'alternative évidente" au cas où les 
choses ne tourneraient pas à l'avantage de Tokyo. L'archipel 
était donné ultra-favori à l'époque en raison de la volonté de 
l'Australie de se rapprocher de cet allié précieux en 
Asie-Pacifique, dont elle entend rester un piller. 
    A la même époque, Hervé Guillou, qui venait de prendre la 
tête de DCNS, décidait de faire de ce contrat historique la 
priorité du constructeur militaire naval en difficulté, et la 
France commençait avec l'Egypte à négocier un autre contrat 
majeur : la première vente à l'export de son avion de combat 
Rafale, concrétisée début 2015. 
     
    EQUIPE DE FRANCE 
    L'équipe de France s'était alors constituée autour du 
ministère de la Défense et d'industriels, aux premiers rangs 
desquels DCNS et son actionnaire à 35%, l'équipementier Thales 
 TCFP.PA , à l'image de la "Rafale Team", organisée autour de 
Dassault Aviation  AVMD.PA , Thales et du motoriste Safran 
 SAF.PA . 
    "On peut dire rétrospectivement qu'on n'a pas eu d'écho de 
dissonances au sein de ces équipes", a-t-on noté dans 
l'entourage de Jean-Yves Le Drian. "Même si par définition dans 
ce genre de négociations, il y a des débats internes, le propre 
de ces délibérations est qu'elles restent internes." 
    La France a gardé un souvenir cuisant de l'échec de la 
filière nucléaire française en 2009 lorsqu'un consortium 
constitué d'EDF  EDF.PA , GDF Suez (devenu Engie  ENGIE.PA ), 
Areva  AREVA.PA  et Total  TOTF.PA  avait perdu un contrat de 40 
milliards de dollars à Abou Dhabi à la suite de dissensions 
entre les industriels tricolores. 
    C'est ainsi en rangs serrés que le gouvernement français et 
ses industriels parviennent à se hisser dans la "short list" 
australienne, entre trois offres aux côtés des Japonais et des 
Allemands de TKMG  TKAG.DE . 
    A l'été 2015, lors de son déplacement à Washington, 
Jean-Yves Le Drian s'est assuré auprès de son homologue 
américain Ashton Carter de la neutralité des Etats-Unis 
vis-à-vis de la nationalité du constructeur des sous-marins dont 
les armements, sujet d'un contrat distinct, doivent être fournis 
par les groupes américains Lockheed Martin  LTM.N  ou Raytheon 
 RTN.N . 
     
    LA FRANCE, PUISSANCE OCÉANIQUE 
    Entre septembre et novembre 2015, dans la phase plus active 
qui débouche sur la remise des offres, la France a mis l'accent 
sur son rang de puissance océanique, avec des capacités navales 
sans commune mesure avec celles du Japon et de l'Allemagne, 
confinés à un rôle régional. 
    Début 2016, la France a intégré une frégate australienne au 
groupe aéronaval français pour sensibiliser le pays aux défis 
communs qu'il a avec Paris, comme les menaces posées par les 
réseaux dijahidistes transnationaux. 
    Le 29 février dernier, Jean-Yves Le Drian visitait à 
Adélaïde (Australie méridionale) le chantier navale ASC, 
partenaire australien du programme, et en profitait pour 
remettre la Légion d'honneur à d'anciens combattants australiens 
de la Seconde Guerre mondiale. 
    "Du point de vue français, on estimait que le choix 
rationnel était la France, mais néanmoins tout le monde 
continuait à nous dire que le japon serait choisi", raconte-t-on 
dans l'entourage du ministre de la Défense. "En réalité, le 
calendrier s'est accéléré courant avril". 
    L'Australie a décidé de tenir des élections anticipées début 
juillet et des sources diplomatiques françaises croient savoir 
que le pays a écarté l'offre japonaise, donnant espoir à Paris. 
    Lundi, à 4h30 du matin, Jean-Yves Le Drian se trouve à 
Villers-Bretonneux (Somme) pour célébrer la mémoire des 
combattants australiens morts pour la France. 
    Dans la voiture qui le ramène à Paris, il apprend que 
l'Australie a choisi de négocier en exclusivité avec la France 
pour sa prochaine génération de sous-marins. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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