RECIT-A Sousse, un massacre en sept minutes

le , mis à jour à 19:24
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par Tarek Amara SOUSSE, Tunisie, 27 juin (Reuters) - Avec son short noir, son collier et son t-shirt, il aurait pu passer pour un jeune Tunisien comme un autre parmi les dizaines de touristes allemands, britanniques et irlandais prenant le soleil sur la plage de Sousse. En quelques minutes à peine, armé d'un fusil d'assaut Kalachnikov caché dans un parasol, Saif Rezgui a semé la terreur devant l'hôtel Imperial Marhaba, laissant derrière lui des dizaines de cadavres au milieu des chaises longues. Revendiquée par l'Etat islamique, cette attaque est la plus meurtrière commise dans l'histoire de la Tunisie contemporaine. Âgé de 24 ans, Saif Rezgui ne figurait sur aucune liste de terroristes et n'avait derrière lui aucun passé connu de militant de la cause islamiste. Habillé comme un touriste, le tireur n'a attiré l'attention de personne avant d'ouvrir brusquement le feu, se déplaçant de la plage à l'hôtel, en passant par la piscine, choisissant ses cibles parmi les touristes étrangers, pourchassant ses victimes qui fuyaient vers l'intérieur de l'hôtel. Trente-neuf personnes sont mortes. Selon une source sécuritaire, Saif Rezgui connaissait les lieux et il a eu le temps de recharger son arme à deux reprises au moins avant d'être repéré et abattu par les forces de l'ordre. Les touristes paniqués ont fui, courant au milieu des parasols, certains trébuchants sur les chaises longues. "Ce que nous avons vu est horrible, la façon dont il a tué est incroyable. Il est évident qu'il connaissait l'hôtel, il est allé partout", a raconté Neil, un touriste britannique. "Le massacre a duré sept minutes. Rien ne pouvait laisser penser qu'il s'agissait d'un extrémiste, il ressemblait simplement à un jeune homme normal." "IL A VISÉ LES ÉTRANGERS" Une serveuse de l'hôtel, Wadia, qui se trouvait sur la plage lorsque Saif Rezgui a ouvert le feu, a expliqué que le personnel avait tenté de faire rentrer les touristes dans l'hôtel. "Mais il nous a suivis. Il a visé les étrangers, pas les Tunisiens. Lorsqu'il voyait un Tunisien, il criait 'dégage de mon chemin' et tirait sur les étrangers." Depuis 2011 et la chute du régime Ben Ali, la Tunisie poursuit sa transition vers la démocratie, tout en étant confrontée à la propagation de l'islamisme et au chaos qui règne en Libye et qui déborde sur son territoire. En mars, 21 touristes étrangers ont été abattus au musée du Bardo à Tunis par deux jeunes gens radicalisés comme l'a sans doute été Saif Rezgui qui a troqué en très peu de temps sa vie d'étudiant pour un destin de terroriste. Depuis le soulèvement de 2011, imams radicaux et groupes ultraconservateurs ont étendu leur influence, en prenant le contrôle de mosquées et en créant des écoles coraniques. Plus de 3.000 Tunisiens ont rejoint les rangs de l'Etat islamique ou d'autres groupes djihadistes en Irak, en Syrie ou encore en Libye. Certains d'entre eux ont prévenu qu'ils reviendraient en Tunisie pour y porter leur combat. De source officielle, Saif Rezgui était un étudiant assidu avec un entourage familial stable, faisait la fête de temps en temps. "C'était un bon étudiant qui assistait à tous les cours", a déclaré le Premier ministre Habib Essid. "Notre enquête montre qu'il n'a affiché aucun signe d'extrémisme ni aucun lien avec des terroristes. Il n'était sur aucune liste de surveillance." (Nicolas Delame pour le service français)

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