"Récession : que vaut la stratégie de François Hollande ?" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Paul Pollin)

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Des réformes sont indispensables pour améliorer la compétitivité de l'économie française mais elles ne peuvent se mettre en place dans un contexte récessif. D'où la nécessité d'imposer un compromis au niveau européen pour Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes.

Tous les commentateurs ont relevé dans la récente conférence de presse du Président deux thèmes principaux : la réaffirmation de la nécessité de politiques structurelles et la proposition d'instauration d'un gouvernement économique de la zone euro. Ces deux idées complémentaires tracent une stratégie cohérente dans ses grandes lignes, mais hasardeuse dans sa mise en oeuvre.

1- Une confirmation de la priorité aux politiques d'offre

Personne ne peut aujourd'hui soutenir que la Grande Récession que nous traversons relève exclusivement de médications keynésiennes. Personne ne peut nier les problèmes de compétitivité de l'économie française, ni les dérapages des dépenses publiques, ni les déséquilibres futurs de nos régimes de retraites, ni certaines rigidités sur le marché du travail. En revanche, chacun admettra que le renouvellement de notre tissu industriel, l'investissement dans les technologies innovantes, les économies d'énergie ou les réseaux d'infrastructures constituent de bonnes façons de revenir sur le sentier d'une croissance plus forte et plus équilibrée.

Mais toutes les réformes et initiatives de ce type ne peuvent se concevoir dans un contexte de récession. Car les transformations économiques et sociales sont inacceptables lorsqu'elles ne génèrent que des pertes à court et moyen terme pour une majorité de citoyens. De même que c'est la faiblesse de la conjoncture et non l'insuffisance du financement, ou de la rentabilité, qui freine aujourd'hui l'investissement. Ce n'est donc pas la réforme de l'assurance vie, ou l'intervention en fonds propres de fonds privés ou publics, qui libéreront l'accumulation et la réallocation du capital. Ces dispositions sont sans doute importantes pour l'avenir, mais inopérantes dans la situation actuelle. Il est donc essentiel de sortir de la « trappe à austérité » dans laquelle la zone euro s'est enfermée.

2- Un compromis pour desserrer l'étau de l'austérité

La volonté de rééquilibrer le Pacte de Stabilité, qui a inspiré les premiers temps de la présidence Hollande, était tout à fait judicieuse : il fallait réduire la cadence des ajustements budgétaires. La stratégie précédente qui faisait le jeu de l'Allemagne en espérant ainsi se classer dans le camp des pays vertueux était une erreur évidente.

On réalise enfin qu'une zone monétaire ne peut être viable sans une union politique préalable. Mais le péché originel de l'euro ne pourra être corrigé qu'à long ou très long terme. En attendant l'instauration d'un vrai gouvernement économique, doté d'un président assez fort et légitime, serait un pas dans la bonne direction. Une union bancaire et une rectification du mandat de la BCE le serait aussi.

Il reste que le principe d'un renforcement de la gouvernance économique de la zone, autorisant une véritable coordination des politiques économiques, est une idée très ancienne dont l'Euro-groupe est le pâle reflet. S'il ne s'est pas mieux concrétisé c'est parce que les pays du Nord n'y voient qu'un prétexte à l'assouplissement des contraintes budgétaires et une façon de solliciter à leurs dépens des transferts entre pays de la zone ; tandis que les autres pays craignent que cette nouvelle instance n'aggrave leur sujétion à la doctrine du Nord. Les oppositions sur l'union bancaire procèdent de ces mêmes sentiments de méfiance. De sorte que des plans européens pour l'emploi des jeunes, le financement d'infrastructures ou la transition énergétique n'auront jamais qu'une ampleur symbolique.

C'est dire qu'il est sans doute illusoire de faire appel en ces domaines au compromis et à une stratégie de petits pas. Ce n'est qu'après avoir rétabli un rapport de force équilibré entre pays du Nord et du Sud que la zone euro pourra sortir de sa dynamique dépressive. Faute de quoi elle poursuivra son déclin, étouffée sous le poids des niaiseries europhiles.

Jean-Paul Pollin


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Jean-Paul Pollin est professeur à l'Université d'Orléans et également président de la Commission « Système financier et financement de l'économie » du Conseil national de l'information statistique.
Ses principaux domaines d'expertise sont les monnaies, la banque et la finance.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M8725649 le jeudi 23 mai 2013 à 17:51

    La réponse est simple: " Absolument rien " !

  • brunetm7 le jeudi 23 mai 2013 à 17:17

    Moi, je pense que si Pollin se met au boulot (physique et non pseudo-intellectuel), la France a peut-etre une chance de s'en sortir... si il continue à nous raconter ses salades... il finira nulle part! La fin n'est plus très loin!

  • d.jousse le jeudi 23 mai 2013 à 15:26

    @yanni122 : très bien résumé. la fuite des jeunes est alarmantes (je pousse mes enfants à partir) pour l'avenir. Les messages de FH ont désespérément fait comprendre à ceux qui veulent se bouger de partir. C'est du jamais vu. comment peut on lorsque nous ne sommes qu'un confetti sur la planète penser que nous pouvons faire à l'opposer des autres c'est dire vivre au dessus de nos moyens. Bref, on va s'en prendre plein la tête.

  • yanni122 le jeudi 23 mai 2013 à 11:49

    A moins que la politique de gribouille de FH ne conduise à la guerre civile....

  • yanni122 le jeudi 23 mai 2013 à 11:48

    La gauche française a toujours conduit à la ruine. Nous sommes dans la continuité. Manque plus que l'étape suivante, la guerre. Et vu l'état d'équipement de nos armées.....

  • yanni122 le jeudi 23 mai 2013 à 11:47

    FH et ses amis du cercle des économistes annoncent la croissance mais découragent le moindre artisan d'embaucher, tuent les commerces de détail, pillent les épargnants, chassent les investisseurs, insultent les patrons... Engraissent des cohortes de paresseux et de dealers... Entretiennent 2 ou 3 millions de fonctionnaires excédentaires, inutiles et autant de para étatiques....

  • lemeri38 le jeudi 23 mai 2013 à 11:25

    démissionner !!!

  • m1234592 le jeudi 23 mai 2013 à 10:41

    La Grèce commence a apercevoir la lumière au bout du tunnel, c'est dur, très dur mais il y a des progrès. D'autant plus dur que la Grèce sans économie de production n'aurait jamais du entrer dans la zone euro. Idem Chypre. Le Portugal, l'Italie, l'Espagne commence à se redresser et vont faire mieux que nous grâce aux restructurations effectuées. Alors oui à une gouvernance budgétaire européenne stricte avec exclusion momentanée ou non des irréductibles !

  • m1234592 le jeudi 23 mai 2013 à 10:33

    La stratégie de Hollande : une girouette et des incantations à la croissance !Vous savez : les cabris qui sautent sur leur chaise en criant "croissance", "croissance" ....La stratégie de Hollande : l'avis mal compris du dernier qui a franchi sa porte !

  • m1234592 le jeudi 23 mai 2013 à 10:29

    M Pollin avec tout le respect ... heureusement que nous avons l'Euro, la BCE et l'Allemagne qui tient le tout sinon on retrouverait la spirale mitteuse : dévaluation du franc, hausse des taux pour soutenir le franc, dévaluation,hausse des tx etc ... cad 28% de dévaluation du franc en 14ans et un taux tellement élevé qu'il valait mieux investir dans les produits financiers que dans le productif cf ma thèse à PARIX IX en 1982 !