Rebondissement dans le projet contesté d'oléoduc Keystone XL

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TRANSCANADA DEMANDE UNE SUSPENSION DU PROJET D'OLÉODUC KEYSTONE XL
TRANSCANADA DEMANDE UNE SUSPENSION DU PROJET D'OLÉODUC KEYSTONE XL

par Nia Williams et Valerie Volcovici

CALGARY/WASHINGTON (Reuters) - La compagnie canadienne TransCanada a demandé que les autorités fédérales américaines suspendent l'examen de sa demande d'autorisation du projet d'oléoduc Keystone XL, au coeur d'une lutte politique entre l'industrie pétrolière et les défenseurs de l'environnement.

La Maison blanche a jugé qu'il serait "curieux" de suspendre cet examen. Le département d'Etat, a expliqué mardi le porte-parole de la présidence Josh Earnest, étudie la demande de la compagnie canadienne, déposée la veille, "afin d'en déterminer la teneur exacte et les motivations".

"Mais étant donné tout le temps qui a déjà été consacré (à ce dossier), il me semble curieux de demander une telle pause", a ajouté Josh Earnest.

Lundi, la Maison blanche avait indiqué qu'une décision devrait être prise avant le départ de Barack Obama de la présidence, en janvier 2017, sur la demande de permis déposée en 2008 par TransCanada.

L'initiative de TransCanada, qui porte ce projet estimé à 8 milliards de dollars, apparaît pour nombre d'observateurs comme une manière de repousser la décision définitive de l'administration américaine après l'élection présidentielle de novembre 2016, avec l'espoir d'une alternance politique.

Si Hillary Clinton, favorite de la primaire démocrate, s'est récemment rangée dans le camp des opposants au projet, la plupart des candidats à l'investiture républicaine en sont au contraire partisans.

Keystone XL, dont la capacité devrait être de 830.000 barils par jour, doit courir sur 1.900 km entre l'Alberta et le Nebraska, où il serait connecté au réseau existant.

TRACÉ DE L'OLÉODUC

Sa construction permettrait de relier les gisements d'hydrocarbures canadiens, notamment des sables bitumineux de l'Alberta, aux raffineries installées sur le golfe du Mexique.

Mais il doit obtenir un feu vert de l'administration américaine pour pouvoir franchir la frontière entre le Canada et les Etats-Unis.

Dans une lettre adressée au département américain d'Etat, la compagnie canadienne motive sa demande par le fait qu'elle a saisi la Commission des services publics du Nebraska au sujet du tracé du futur oléoduc. Cet examen pourrait prendre entre sept et douze mois.

Si l'administration fédérale américaine accepte, le dossier devrait donc échoir au successeur d'Obama. Le président démocrate sortant s'est montré peu enclin à autoriser la mise en chantier du pipeline. En février dernier, il a posé son veto à une proposition de loi votée par le Congrès à majorité républicaine qui autorisait la mise en oeuvre de l'oléoduc.

"Je note que lorsque le tracé de l'oléoduc au Nebraska a fait l'objet d'une plainte l'an dernier, le département d'Etat avait jugé fondé de suspendre l'examen (de la demande de permis) jusqu'à ce que le litige soit réglé. Nous avons le sentiment que dans les circonstances actuelles, une suspension similaire serait appropriée", écrit le directeur général de TransCanada, Russ Girling, dans un communiqué.

"LE VENT A TOURNÉ"

Les détracteurs de Keystone XL, qui pressent Obama d'opposer son veto au projet, jugent qu'il favoriserait les émissions carbonées et irait donc à l'encontre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les associations écologistes protestent notamment contre les techniques d'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta, responsables selon elles de rejets massifs de gaz à effet de serre.

Prié de dire si l'initiative était due à l'inquiétude qu'Obama bloque le projet, Mark Cooper, porte-parole de TransCanada, a répondu que la compagnie basée à Calgary n'avait nullement l'intention de spéculer sur la nature et le calendrier de la décision attendue à Washington.

Mais pour les adversaires du projet, l'annonce de TransCanada reflète bien une inquiétude politique.

"Les dirigeants de TransCanada ont pressenti avec raison que le vent avait tourné contre le projet Keystone XL et ils tentent aujourd'hui de repousser toute décision dans l'espoir qu'un républicain sera élu à la présidence américaine et qu'il l'approuvera", a ainsi réagi Valerie Love, du Center for Biological Diversity, une des associations qui a demandé à plusieurs reprises à Obama de refuser le projet.

Tom Steyer, un milliardaire qui finance la cause écologiste, a estimé lui que "TransCanada s'était rendu à l'évidence" en demandant la suspension de l'examen de sa demande de permis. "Aujourd'hui comme demain ou l'année prochaine, la réponse sera la même: Keystone XL est un mauvais accord pour l'Amérique, pour notre climat et pour notre économie", a-t-il ajouté.

Keystone XL souffre aussi de l'évolution des cours du pétrole, susceptible de nuire à sa rentabilité. En 2008, lorsqu'il a été lancé, le baril de brut US valait près de 150 dollars; il n'en vaut plus aujourd'hui que 50.

(Avec Bruce Wallace à Los Angeles, avec Doina Chiacu à Washington; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français)

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