Rebond des fusions et acquisitions mais le marché reste poussif

le
0
REBOND DES FUSIONS ET ACQUISITIONS MAIS LE MARCHÉ RESTE POUSSIF
REBOND DES FUSIONS ET ACQUISITIONS MAIS LE MARCHÉ RESTE POUSSIF

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Le marché français des fusions et acquisitions a repris de la vigueur ce mois-ci après de longs mois de léthargie, profitant de transactions comme le mariage de Publicis et de l'américain Omnicom ou le rachat du britannique Invensys par Schneider Electric.

Mais passé l'effet d'annonce, les banquiers d'affaires ne croient pas encore à un véritable retour des grandes manoeuvres sur le front du M&A, du moins pour le moment. Car la récession en Europe et une consommation des ménages en berne pèsent toujours sur le moral des dirigeants d'entreprises.

Selon les données Thomson Reuters, le volume de transactions impliquant une entreprise française s'est envolé à 53 milliards de dollars (40 milliards d'euros) pour le seul mois de juillet, soit un montant près de cinq fois supérieur à celui de juillet 2012 (11,45 milliards de dollars ou 8,6 milliards d'euros).

Le marché flirte ainsi avec le pic de juillet 2007 et ses 56,56 milliards de dollars de transactions, tout juste avant l'éclatement de la crise financière en Europe.

Pour autant, le nombre d'opérations reste faible : seulement 133 transactions en juillet 2013 contre 258 un an plus tôt et 310 en juillet 2007.

"Le fait qu'il y ait aujourd'hui quelques opérations emblématiques est une excellente nouvelle parce que la France en manquait cruellement", souligne Patrick Maurel, coprésident du directoire de la banque Leonardo en France. "Mais cela ne me semble pas être un gage suffisant pour dire que le marché repart."

"Les dirigeants d'entreprise manquent d'enthousiasme car ils vivent dans un marché d'incertitudes, qu'elles soient fiscales ou économiques, avec une consommation atone et une croissance nulle", poursuit-il.

En cumulé, sur les sept premiers mois de l'année, les volumes restent toujours en retrait par rapport aux niveaux d'avant la crise financière. Ils atteignent près de 90 milliards de dollars, contre 211 milliards entre début janvier et fin juillet 2007 et 240 milliards pour la même période de 2006.

"PAS DE MOUVEMENT DE FOND"

La fusion de Publicis et d'Omnicom, qui doit donner naissance à un nouveau géant mondial de la publicité avec une capitalisation boursière de 26,5 milliards d'euros, est de loin la plus importante des transactions.

Figurent également en haut du classement la cession par Vivendi du contrôle de sa filiale d'édition de jeux vidéo Activision Blizzard et l'acquisition d'Invensys par Schneider pour près de 4 milliards d'euros.

Essilor s'est offert Transitions Optical pour 1,3 milliard d'euros, LVMH a racheté 80% de l'italien Loro Piana pour deux milliards. Saint-Gobain a vendu Verallia pour 1,3 milliard d'euros et Total empochera 1,6 milliard de la cession de sa filiale TIGF.

Et malgré une série d'opérations plus modestes menées aussi récemment par Dassault Systèmes, Ipsen ou encore Medica, rien ne laisse entrevoir une nouvelle vague de M&A dans l'Hexagone. Pas plus qu'elle n'est d'ailleurs anticipée en Europe.

"Une hirondelle ne fait pas le printemps", commente Olivier Pécoux, codirecteur général de la banque Rothschild, en allusion aux dernières annonces de M&A.

"Ce n'est pas parce qu'on a deux ou trois belles transactions que cela préfigure un mouvement de fond", note aussi Patrick Maurel. "De mon point de vue, ce mouvement de fond n'existe pas tant qu'il n'y a pas de volume de transactions, ou de volonté claire des entreprises européennes de se consolider aux Etats-Unis, ou inversement."

La crise financière et les excès commis par le passé dans les acquisitions à grand renfort d'effet de levier sont encore très ancrés dans les esprits.

Et les conseils d'administration comme les investisseurs ne semblent toujours pas près d'accepter de voir les entreprises se lancer dans des opérations de M&A de grande ampleur avec le risque de dégrader leur santé financière.

Certaines récentes opérations montrent d'ailleurs que les entreprises ont encore besoin d'assainir leur bilan et de recentrer leurs activités avant de pouvoir repartir à l'offensive.

Vivendi, qui s'efforce de réduire sa dette, a ainsi amorcé en juillet sa sortie des télécoms en cédant ses 53% dans Maroc Telecom mais le groupe a dans le même temps exclu des "acquisitions significatives" pour se renforcer dans les médias. et

Edité par Dominique Rodriguez

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant