Rebond d'EADS, le marché parie sur un processus délicat

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LES INVESTISSEURS EN BOURSE MISENT SUR UN ÉCHEC DE LA FUSION D'EADS AVEC BAE SYSTEMS
LES INVESTISSEURS EN BOURSE MISENT SUR UN ÉCHEC DE LA FUSION D'EADS AVEC BAE SYSTEMS

par Blaise Robinson et Simon Jessop

PARIS/LONDRES (Reuters) - L'action EADS a rebondi nettement lundi, signe que les investisseurs parient sur un processus semé d'embûches pour la fusion envisagée entre le groupe européen et le spécialiste britannique de la défense BAE Systems.

Le rapprochement entre EADS et BAE Systems pourrait même échouer, soutiennent certains investisseurs.

Entre le positionnement des fonds d'investissement, des gérants spécialisés sur les fusions et celui du marché des options, auxquels s'ajoutent les données des ventes à découvert et de l'analyse graphique, tout pointe vers un rebond de l'action EADS à court terme étant donné l'ampleur de son décrochage après l'annonce des discussions avec BAE mercredi dernier.

A la Bourse de Paris, après un plus haut de séance à 26,03 euros, EADS a clôturé lundi en hausse de 1,56% à 25,70 euros dans un marché en net repli (-0,78% pour le CAC 40). Cela ramène à 13,3% la baisse du titre depuis l'annonce du projet.

A Londres, BAE a fini en baisse de 1,44% à 343,63 pence, le titre gagnant ainsi 4,54% par rapport à son niveau de clôture mardi dernier.

Le projet de fusion en discussions fait face à des obstacles politiques et réglementaires, ainsi qu'à des inquiétudes concernant l'actionnariat de la future structure envisagée.

"Dans une perspective d'arbitrages traditionnels sur une fusion, ces valeurs se négocient déjà au niveau de parité à 60-40", observe David Noble, vendeur d'actions chez Louis Capital Markets, faisant référence à la capitalisation boursière attendue de la nouvelle entité. "C'est ridicule à ce stade du jeu."

L'opérateur de marché estime qu'en l'absence d'opération, ou s'il existe des rumeurs sur un échec de l'opération, le titre EADS pourrait rebondir.

D'autres analystes interrogés vendredi doutaient que l'action EADS puisse retrouver les niveaux qu'elle avait avant l'annonce.

Du point de vue de l'analyse graphique, les signaux techniques pointent vers un rebond du cours d'EADS.

Le RSI (indice de force relative) à 14 jours est un des nombreux indicateurs montrant que l'action est survendue. Il a baissé à 23,8 - soit à son plus bas depuis un an. Un chiffre sous 30 est considéré comme un territoire de "survente".

Techniquement, le prochain objectif sur la valeur est à 26,6 euros - la bande inférieure d'un 'gap' qui s'est ouvert jeudi dernier. Au-delà, la résistance majeure ressort à 27,8 euros, qui correspond à la moyenne mobile à 200 jours de l'action.

OPTIONS SUR EADS

Les données sur le marché des options montrent également plus d'optimisme concernant l'évolution du cours d'EADS en Bourse, malgré des volumes qui restent faibles.

Selon les données d'Eurex, qui gère le marché des dérivés, le ratio put-call sur les options EADS pour décembre est de 0,88, ce qui signale que les investisseurs parient de plus en plus sur une hausse et non une baisse du titre du groupe européen.

Néanmoins, si prendre des positions longues sur l'action EADS semble logique à ce stade, passer sur des positions courtes sur BAE pourrait s'avérer très risqué, prévient un analyste spécialiste du risque-arbitrage basé en Suisse.

"BAE se négocie à des multiples très faibles et vous ne savez pas si une troisième partie pourrait faire une offre sur BAE", dit-il.

BAE se paie 8,3 fois ses bénéfices estimés pour 2012, contre 12,9 fois pour EADS, 15,1 fois pour Boeing, 9,4 fois pour le groupe américain de défense Northrop Grumman et 9,3 fois pour son concurrent General Dynamics.

Toutefois, pour certains, la perspective d'interférence politique de plusieurs parties prenantes est trop importante pour se risquer à arbitrer quoi que ce soit entre EADS et BAE.

"Nous pensons que cette situation est complexe d'un point de vue politique et rend très difficile l'analyse d'un éventuel résultat par rapport au calendrier", relève Amit Shabi, associé de la maison de gestion Bernheim, Dreyfus & Co qui gère des fonds spécialisés sur les fusions-acquisitions.

Blandine Hénault pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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