RD Congo: Kabila nomme un opposant comme Premier ministre

le , mis à jour à 19:26
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Samy Badibanga, le 1er septembre 2016, à Kinshasa ( AFP/Archives / JUNIOR D.KANNAH )
Samy Badibanga, le 1er septembre 2016, à Kinshasa ( AFP/Archives / JUNIOR D.KANNAH )

Le président congolais Joseph Kabila a créé la surprise en nommant jeudi Samy Badibanga comme Premier ministre, un député issu de l'opposition mais radié depuis plusieurs années par son parti, ce qui pourrait diviser encore un peu plus l'opposition.

"Est nommé Premier ministre Badibanga Ntita Samy", président du premier groupe parlementaire de l'opposition à l'Assemblée nationale, indique une ordonnance présidentielle lue à la télévision publique.

Âgé de 54 ans et élu de Kinshasa, M. Badibanga était l'adjoint de Vital Kamerhe, modérateur de l'opposition au "dialogue national" et initialement donné favori à ce poste de Premier ministre.

A l'issue de ce dialogue, un accord politique a été signé le 18 octobre entre la majorité et une frange minoritaire de l'opposition en République démocratique du Congo. Les signataires ont convenu du report des élections à une date indéterminée et de la mise en place d'un gouvernement d'union nationale dirigé par un Premier ministre de l'opposition.

Mais cet accord est rejeté par le "Rassemblement", qui représente la majeure partie de l'opposition réunie autour du parti de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui avait boycotté ce forum.

M. Badibanga est originaire de la province du Kasaï-Oriental (centre) comme M. Tshisekedi.

Homme d'affaires actif dans le secteur du diamant, M. Badibanga est le président du groupe parlementaire UDPS à l'Assemblée. En février 2012, les 42 membres de ce groupe avaient été radiés par M. Tshisekedi, pour n'avoir pas respecté son mot d'ordre interdisant aux élus UDPS de siéger.

Joseph Kabila duraunt une session du Parlement, le 15 novembre 2016 à Kinshasa
Joseph Kabila duraunt une session du Parlement, le 15 novembre 2016 à Kinshasa ( AFP/Archives / JUNIOR D.KANNAH )

Ainsi, pour le politologue congolais Justin Kankwenda Mbaya, "Samy Badibanga est une solution cosmétique" parce que "le choix de ce renégat de l'UDPS vise à diviser ce parti", a-t-il commenté jeudi auprès de l'AFP. Ce choix vise aussi, selon lui, à "séduire les militants de l'espace kasaïen" historiquement acquis à la cause de l'opposition.

La police et les témoins ont indiqué à l'AFP que des heurts ont éclaté entre 15h00 et 17h00 (14h00 et 16h00 GMT) autour de la résidence de M. Tshisekedi à Limeté (centre-est de Kinshasa) alors que les militants de l'UDPS distribuaient des tracts appelant à un meeting contre le président Kabila samedi.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001, son mandat expire le 20 décembre et la Constitution lui interdit de se représenter. Dans son discours au congrès, il a promis de "respecter la Constitution dans son intégralité", sans dire expressément qu'il ne briguerait pas un troisième mandat.

- 'Juguler la crise' -

Des membres du groupe d'opposition, la "plateforme Rassemblement politique" dirigée par Etienne Thiseke
Des membres du groupe d'opposition, la "plateforme Rassemblement politique" dirigée par Etienne Thisekedi, le 12 novembre 2016 à Kinshasa ( AFP/Archives / JUNIOR D.KANNAH )

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection contestée de Joseph Kabila en 2011, exacerbée par le récent report de la présidentielle à une date indéterminée.

La nomination de M. Badibanga intervient 48 heures après le discours de M. Kabila devant le congrès, au cours duquel il a assigné au gouvernement dirigé par ce nouveau Premier ministre la mission d'organiser les prochaines élections.

A cette occasion, le chef de l’État a affiché sa détermination, refusant de s'écarter de "l'accord politique" qu'il considère comme "la seule feuille de route mise au point par les Congolais eux-mêmes" pour résoudre la crise née du report de la présidentielle.

Dans un tweet, l'ex-Premier ministre congolais Augustin Matata qui a démissionné de son poste lundi a félicité M. Badibanga, lui souhaitant "plein succès dans l'exercice de ses nouvelles fonctions".

Selon une source proche de la direction de l'UDPS, la nomination de M. Badibanga "est un non-événement" pour ce parti d'opposition. "Cela fait longtemps que Samy Badibanga ne fait plus partie de l'UDPS", a lancé cette source à l'AFP.

Un policier à Kinshasa déclarée "ville morte" par l'opposition pour protester contre Kabi
Un policier à Kinshasa déclarée "ville morte" par l'opposition pour protester contre Kabila, le 19 octobre ( AFP/Archives / Eduardo Soteras )

M. Badibanga a cependant gardé de bonnes relations avec la famille du vieil opposant. Il est notamment proche de Félix Tshisekedi, un des fils de l'opposant historique.

La semaine dernière, M. Kabila avait demandé aux évêques catholiques de mener une médiation entre les signataires de l'accord et le "Rassemblement" en vue d'un compromis politique, pour éviter un retour au chaos dans ce pays, qui a déjà été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003.

En septembre, des violences meurtrières ont éclaté à Kinshasa en marge d'une manifestation du "Rassemblement" contre M. Kabila pour exiger son départ du pouvoir le 20 décembre. Cinquante-trois personnes ont été tuées en l'espace de deux jours, selon l'ONU, pour qui les forces de l'ordre ont fait un usage disproportionné de la force à cette occasion.

Jeudi, le président de la conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), Mgr Marcel Utembi, a indiqué à la presse que "la Cenco poursuit normalement sa mission de bons offices auprès de différents acteurs politiques", soulignant que "son souci (...) est de voir tout le monde conjuguer les efforts pour juguler la crise socio-politique que connaît notre pays".

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