Raphael Gallardo (Axa IM) : « Les valorisations des marchés émergents restent attractives »

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Dans un contexte de reprise mondiale, l'Asie (Chine, Corée du Sud etc.) et l'Amérique latine (Brésil) restent les zones émergentes à privilégier pour les investisseurs selon Raphael Gallardo, stratégiste chez Axa IM.

La reprise mondiale se dessine doucement. Les pays émergents sont-ils le futur moteur de la croissance selon vous?

Raphael Gallardo : Pour le moment, les moteurs de la reprise mondiale sont principalement liés aux plans de stimulation des gouvernements et des banques centrales réalisés aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents. Ces derniers ont utilisé leurs marges de manoeuvre grâce aux réformes initiées dans les années 1990 et à la croissance des années 2000 pour mener des actions contra-cycliques pendant la récession, comme ce fut fait en Chine par exemple.

La crise n'a t-elle pas remis en doute la théorie du découplage ?

R.G : Selon la FMI, la divergence de croissance entre pays développés et émergents va être de 4% en 2010. Le besoin de désendettement des ménages, des entreprises et des banques est beaucoup plus fort en Europe ou aux Etats-Unis alors que dans les pays émergents, les conditions financières permettent de rajouter du levier d'endettement.

Mais les déséquilibres financiers persistent. L'afflux des liquidités abondantes de certains pays émergents vers les Etats-Unis ou dans une moindre mesure vers l'Europe n'empêche t-elle pas au bout du compte le développement des marchés intérieurs des pays émergents dont la Chine ?

R.G : Le système actuel est basé sur l'hégémonie du dollar qui reste prédominante. C'est la monnaie la plus liquide du monde qui offre une certaine protection aux investisseurs en finançant à des taux quasi-nuls des investissements dans les pays émergents où le rendement du capital (ajusté du risque) est bien supérieur. Cette pompe à liquidité à l'échelle mondiale permet donc à des investisseurs de s'endetter en dollar et de placer leur argent de façon purement spéculative sur des actions ou obligations émergentes. Les pays émergents qui ont essuyé un énorme choc sur leurs exportations refusent que ces afflux de capitaux provoquent une appréciation de leur monnaie contre le dollar et sont donc obligés de neutraliser ces entrées de capitaux via l'accumulation de réserves de change qui vont se placer sur des titres de la dette publique américaine, allemande ou française. Cette duplication de la liquidité mondiale a entraîné une fièvre spéculative sur l'immobilier américain ou les matières premières avec un baril de pétrole qui a monté jusqu'à 150 dollars. Cette surliquidité permanente nous aide à sortir de la crise en finançant les plans de relance à des taux faibles mais elle porte en germe les conditions de la prochaine crise.

D'où pourrait-elle venir ?

R.G : Un nouveau choc pétrolier est peu crédible à court terme. La récession mondiale a créé des surcapacités pétrolières gigantesques de l'ordre de 3,5 millions de barils/jour. La situation est plus problématique du côté des matières premières alimentaires, les stocks restant à des niveaux très bas.

Pour jouer la thématique des pays émergents, où faut-il investir aujourd'hui ?

R.G : Nous avons une préférence pour l'Asie, puis pour l'Amérique latine. Nous sommes plus prudent sur la zone Europe de l'Est où le niveau d'endettement du secteur privé en devises reste très élevé. Plutôt que d'investir sur la Bourse chinoise, nous préférons opérer par des biais détournés via la Bourse de Hong-Kong, la Corée du Sud ou Taiwan qui bénéficie du dégel politique avec la Chine continentale. Nous aimons aussi beaucoup le Brésil qui permet de jouer la thématique des matières premières et de la reprise de la consommation domestique dans un pays qui a assaini ses finances publiques.

Les marchés émergents se payent-ils chers ? Faut-il privilégier les actions ?

R.G : La dette souveraine des pays émergents offre des niveaux de valorisations très attractifs et conserve un potentiel d'appréciation, hormis certains pays comme l'Ukraine ou l'Argentine. Au niveau des actions, les valorisations restent attrayantes. Le PE des pays émergents est en moyenne à 90% du PE américain alors que le potentiel de croissance à horizon de trois ans est beaucoup plus prometteur que dans les pays développés.

Propos recueillis par Julien Gautier


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