Rallye: le rebond post-Muddy Waters se poursuit.

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(CercleFinance.com) - L'action Rallye, l'un des holdings menant de Casino à son patron et principal actionnaire, Jean-Charles Naouri, défiait de nouveau la gravité ce midi en se reprenant de plus de 7% à 13,5 euros, rebond qui s'ajoute aux 4% déjà regagnés hier. Ce qui intervient près d'une semaine après la révélation du pari 'short' de Muddy Waters, qui vise un objectif de... zéro euro sur le titre. Ce avec quoi aucun autre analyste n'est d'accord.

Comme Casino, dont il contrôle le capital, Rallye avait pourtant bien commencé la semaine dernière dans le sillage de l'annonce inopinée par Casino d'un plan de cession d'actifs de plus de deux milliards d'euros destiné à réduire sa dette. Signe que le bilan lesté d'emprunts des holdings de M. Naouri retenait déjà l'attention du marché - et de sa direction, sans se presser.

Pour mémoire, le titre Rallye avait bien commencé l'année en grimpant jusqu'à plus de 37 euros en avril dernier. Puis il s'était rapidement et fortement étiolé, passant sous les 15 euros dès la fin du mois de septembre : autant dire que cette brutale correction traduisait, déjà, une vive inquiétude des investisseurs envers cette valeur affichant une dette nette proche de trois milliards d'euros pour une capitalisation inférieure au milliard (660 millions à ce jour).

Annoncé le 15 décembre, le plan de cession de Casino avait contribué à lui redonner un coup de fouet, faisant remonter Rallye à 16,80 euros le 16 décembre. Puis Muddy Waters est entré en action.

La charge de Muddy Waters, détaillée dans une note rendue publique le 17 décembre, est des plus violentes : la société dirigée par Carson Block décrit Casino, étant donné la complexité de sa structure perclue de dette, comme un quasi-hedge fund.Bien que légaux, ajoute Muddy Waters, ses comptes induisent en erreur les investisseurs quant à la santé réelle jugée déclinante du groupe. En cause : notamment la consolidation totale de filiale partiellement détenues. Bref, sa cible sur l'action Casino est de 6,91 euros. Juste avant, elle en cotait presque 50...

C'est encore pire pour Rallye : ce holding dépend, pour le cash-flow avec lequel il refinance sa dette, des dividendes que lui verse Casino et qui sont menacés, affirme Muddy Waters. Ce dernier évoque une société aussi endettée que 'parasite' dont il n'exclut pas une faillite dans les deux ans. On peut difficilement envisager pire. Objectif de cours : zéro euro !

Mais Muddy Waters est un curieux poisson : se targuant d'être un justicier de la Bourse, un peu comme Gotham City Research et Citron Research, cette société financière hybride ne s'embarrasse pas des “murailles de Chine” que les banques se sont évertuées à construire afin de séparer leur recherche financière de leur négoce pour compte propre. Avant de publier sa note, Muddy Waters a pris soin de prendre des paris à la baisse sur Casino (plus de 0,90% du capital le 16, position ramenée à seulement 0,51% dès le 18...), et aussi sur Rallye.

Entre le 15 et le 18 décembre, Muddy Waters Capital a ainsi construit une position nette courte atteignant 1,38% du capital de Rallye. Contrairement à ce qu'il a fait sur Casino, Muddy Waters ne l'a pas pas réduite, du moins selon les informations disponibles à ce jour.

Notons qu'un autre “shorteur” l'avait précédé : les 14 et 15 décembre, un fonds du gérant britannique Boussard & Gavaudan, B&G Master Fund, a lui aussi érigé une position courte nette représentant 1,18% du capital de Rallye. Ces deux fonds, qui parient à la baisse du Rallye, doivent maintenant être gênés aux entournures par la vive remontée du titre. Surtout si elle se confirme.

En effet, force est de constater qu'aucun “vrai” analyste (Muddy Waters étant un vendeur à découvert médiatique avant d'être un analyste) n'a suivi Carson Block. De Nomura à Société Générale en passant par Bernstein, Natixis et CM-CIC, les autres spécialistes indiquent que Muddy Waters n'apporte pas d'élément nouveau sur Casino, si ce n'est des conclusions tonitruantes. Le problème de la dette et de la chute de la rentabilité des activités sud-américaines était déjà connu, indiquent-ils en substance. La preuve par le cours de Bourse...

L'agence de presse Bloomberg nous a appris hier que Carson Block s'est notamment appuyé, avant de prendre Casino et Jean-Charles Naouri pour cible, sur Abilio Diniz, l'ex-partenaire brésilien de Jean-Charles Naouri qui a tenté de le “trahir”... pour faire alliance avec Carrefour en 2011. M. Naouri ne l'a pas digéré et a fini par exclure M. Diniz du groupe qu'il avait pourtant fondé et qui, depuis 2012, est contrôlé par Casino. Diniz et Block, même combat - et même avenir ? Bloomberg se pose la question.

Rappelons aussi que M. Naouri, né après la guerre, a obtenu son bac à 15 ans, est titulaire d'un doctorat en mathématiques, et qu'il a bâti Casino pratiquement seul. Et qu'à la différence des “valeurs 100% escroqueries” comme Sino-Forest que Muddy Waters a dénoncé par le passé, Casino détient, au-delà de sa dette, des actifs on ne peut plus réels. A suivre.

EG


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