Rallier les pro-Sanders ne sera pas chose aisée pour Clinton

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    par John Whitesides et Amanda Becker 
    WASHINGTON, 9 juin (Reuters) - Rallier les partisans de 
Bernie Sanders séduits par le ton révolté de sa campagne sera la 
première et certainement la plus difficile tâche à accomplir 
pour Hillary Clinton maintenant qu'elle paraît certaine de 
décrocher l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle 
de novembre aux Etats-Unis. 
    Lors d'une réunion électorale la semaine dernière en 
Californie, chaque fois que le sénateur du Vermont a cité le nom 
de Hillary Clinton, le public l'a sifflée comme s'il s'agissait 
de Donald Trump, l'adversaire républicain de la probable 
candidate démocrate le 8 novembre. 
    Consciente de l'enjeu, Hillary Clinton n'a pas tardé à 
lancer une offensive de charme. Elle a appelé Bernie Sanders dès 
mardi soir, après ses succès dans plusieurs primaires, dont 
celle de Californie, et, dans son discours de victoire à 
Brooklyn, elle a salué la campagne de son adversaire qui a 
permis selon elle un "débat vigoureux" positif pour les 
démocrates. 
    Dans les deux camps, on s'attend désormais à ce que 
plusieurs rameaux d'olivier soient tendus à Bernie Sanders dans 
les semaines à venir. Des concessions devraient notamment lui 
être accordées dans le programme appelé à être approuvé lors de 
la convention du Parti démocrate en juillet mais aussi en ce qui 
concerne la procédure de désignation du candidat à la Maison 
blanche accusée par le sénateur du Vermont d'être biaisée par 
l'élite du parti. 
    Cela ne suffira pas forcément à convaincre nombre de 
partisans de Bernie Sanders, propulsé en l'espace de quelques 
mois sur le devant de la scène politique américaine avec sa 
dénonciation des inégalités, des excès de la finance et du poids 
de Wall Street sur le processus de décision à Washington. Au 
cours de ces primaires démocrates, Bernie Sanders a recueilli 
près de 10 millions de voix et remporté plus de 20 Etats. 
     
    GAGES À LA GAUCHE 
    Les sondages montrent que ses partisans sont de plus en plus 
réticents à soutenir Hillary Clinton, moins de la moitié d'entre 
eux se disant désormais prêts à voter pour elle si elle obtient 
effectivement l'investiture démocrate. 
    D'après une étude Reuters/Ipsos, 41% des partisans du 
sénateur du Vermont disaient en mai qu'ils voteraient pour 
Hillary Clinton face à Donald Trump le 8 novembre. Ils étaient 
50% en avril et 52% en mars. 
    D'ici la convention du Parti démocrate à Philadelphie qui 
désignera officiellement le ou la candidat(e) à la 
présidentielle, des groupes de soutien à Bernie Sanders comptent 
faire pression sur les super-délégués, des responsables du parti 
libres de voter selon leur volonté et non en fonction du choix 
des électeurs. Ces super-délégués sont pour l'instant favorables 
à Hillary Clinton à une écrasante majorité.   
    Face à un adversaire qui a fait recette avec une rhétorique 
hostile aux puissances de l'argent et à leur influence sur la 
vie politique américaine, Hillary Clinton s'est efforcée de 
donner des gages à la gauche du Parti démocrate. Elle s'est 
ainsi prononcée contre le Partenariat trans-Pacifique, un accord 
de libre-échange avec de nombreux pays d'Asie, et contre le 
projet d'oléoduc Keystone en provenance du Canada, tout en se 
déclarant favorable à un relèvement du salaire minimum ou en 
appuyant la volonté de Bernie Sanders de mettre au pas Wall 
Street et de réduire les inégalités. 
    L'enjeu pour elle est désormais de prouver qu'il ne 
s'agissait pas de simples paroles de campagne. 
     
    L'ÉPOUVANTAIL TRUMP 
    "L'une des principales sources de scepticisme que nous 
entendons chez les partisans de Sanders et même chez ceux qui 
soutiennent Clinton sans enthousiasme est de savoir si elle 
croyait vraiment à ce qu'elle disait durant la campagne", 
remarque Adam Green, cofondateur du comité de campagne pour le 
changement progressiste (Progressive Change Campaign Committee). 
    "Les deux prochaines semaines fournissent une occasion en or 
de connaître la réponse", ajoute-t-il, évoquant entre autres les 
promesses de la candidate de rendre les fraudes financières 
passibles d'une condamnation au pénal, de démanteler les banques 
représentant un risque systémique et de développer les 
programmes de Sécurité sociale. 
    Pour de nombreux démocrates, Donald Trump pourrait être 
l'argument le plus puissant pour ranger les partisans de Bernie 
Sanders derrière Hillary Clinton. 
    "Trump a fait plus que quiconque pour pousser les partisans 
de Sanders vers Clinton en vue de l'élection présidentielle", 
affirme Brad Anderson, stratège du Parti démocrate favorable à 
l'ancienne secrétaire d'Etat, qui dit avoir perçu des signes de 
basculement vers cette dernière au cours des dernières semaines. 
    Pour Steve Schale, autre stratège démocrate, il existe une 
méthode simple pour rassembler les partisans de Bernie Sanders 
autour de Hillary Clinton: les mobiliser pour la campagne de 
cette dernière. C'est ce que lui-même avait fait en 2008 en 
Floride, un Etat crucial pour la présidentielle, en faveur de 
Barack Obama, une fois que ce dernier avait pris le dessus sur 
Hillary Clinton au terme d'une campagne déjà acharnée. 
    Hillary Clinton pourrait ainsi offrir à ceux qui ont été ses 
adversaires durant la primaire démocrate une occasion de 
continuer à participer à une campagne de terrain. "Pour beaucoup 
d'entre eux, la campagne est autant un facteur de sociabilité 
qu'un mouvement", dit Steve Schale. 
 
 (Avec Luciana Lopez et Chris Kahn à New York, Ginger Gibson à 
Washington et James Oliphant en Californie; Bertrand Boucey pour 
le service français) 
 
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