Ralentissement attendu de la croissance chinoise au 3e trimestre

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RALENTISSEMENT ATTENDU DE LA CROISSANCE CHINOISE AU 3E TRIMESTRE
RALENTISSEMENT ATTENDU DE LA CROISSANCE CHINOISE AU 3E TRIMESTRE

par Kevin Yao

PEKIN (Reuters) - L'économie chinoise a probablement connu au troisième trimestre sa croissance la plus faible depuis les trois premiers mois de 2009, ce qui renforce le scénario de nouvelles mesures de relance avant ou après le Congrès du PC chinois en novembre.

La statistique du produit intérieur brut (PIB) sera publiée jeudi. Selon l'estimation médiane de 26 économistes interrogés par Reuters, la croissance devrait avoir faibli à 7,4% en juillet-septembre, soit un septième trimestre consécutif de ralentissement, contre 7,6% en avril-juin.

Il s'agirait du chiffre le plus bas depuis le premier trimestre 2009 quand la croissance avait ralenti à 6,6%, mais les économistes s'attendent à la voir repartir en fin d'année, sous l'effet des mesures d'assouplissement monétaire déjà décidées par les autorités.

"L'impact des mesures activées depuis le deuxième trimestre ne se fera pas sentir dès le troisième trimestre", estime Lian Ping, de Bank of Communications à Shanghai. "Le gouvernement va probablement intensifier sa politique de réglage fin mais on n'attend pas de mesures agressives", ajoute-t-il.

Cette politique de réglage fin a vu la Banque populaire de Chine (BPC) réduire à deux reprises ses taux d'intérêt, en juin et juillet, et abaisser par trois fois, depuis novembre 2011, le ratio des réserves obligatoires des banques.

Le gouvernement a pendant ce temps lancé des projets d'infrastructures pour favoriser l'investissement, l'un des principaux moteurs de la deuxième économie mondiale.

Les dépenses d'investissement devraient avoir augmenté de 20,2% sur les neuf mois à septembre, contre 25% environ sur l'ensemble de 2011.

Le Premier ministre Wen Jiabao a toujours affirmé que le pays atteindrait son objectif d'une croissance du PIB de 7,5% pour l'ensemble de 2012. Le Fonds monétaire international a d'ailleurs une prévision légèrement supérieure, à 7,8%.

Un chiffre décevant, jeudi, alimenterait les spéculations sur de nouvelles mesures de soutien à l'économie, par le biais notamment d'un relâchement supplémentaire du ratio de réserves obligatoires exigé des banques.

AVANT OU APRÈS LE CONGRÈS ?

Le gouverneur de la BPC, Zhou Xiaochuan, a indiqué la semaine dernière que la banque centrale maintiendrait une politique monétaire accommodante pour soutenir l'activité.

La crainte d'une envolée des prix immobiliers ou des prix à la consommation a cependant dissuadé la BPC d'agir sur les taux ou les réserves obligatoires depuis plusieurs semaines, la banque centrale se contentant d'injecter du cash dans le marché monétaire pour fluidifier le crédit.

Les derniers chiffres de l'inflation lui redonnent cependant des marges de manoeuvre. L'inflation mesurée par les prix à la consommation a ralenti à 1,9% en septembre contre 2,0% en août, tandis que les prix producteurs ont diminué de 3,6% sur un an.

Sur l'ensemble de 2012, le taux d'inflation devrait avoir ralenti à 2,7%, bien en-deçà de l'objectif gouvernemental de 4%, alors qu'il avait culminé à 6,5% en juillet 2011.

En même temps, d'autres indicateurs favorables, témoignant d'un rebond des exportations en septembre, d'une stabilité du chômage ou de la fin du cycle de déstockage, pourraient convaincre Pékin que ses mesures précédentes portent leurs fruits et qu'il n'est pas nécessaire d'appuyer encore sur la détente.

Les pronostics sont d'autant plus difficiles que se tiendra en novembre le 18e Congrès du Parti qui devrait voir Li Keqiang succéder à Wen Jinbao.

Les analystes de la banque Mizuho s'attendent à ce que le gouvernement actuel prépare au mieux la transition en abaissant encore le ratio de réserves obligatoires des banques.

"A l'approche du Congrès, le gouvernement aura à coeur de créer un environnement favorable pour la transition au sommet de l'Etat. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce qu'il réduise le ratio de réserves obligatoires des banques dans les prochains jours ou semaines", écrivent-ils dans une note de recherche.

A l'inverse, Tim Condon, économiste chez ING à Singapour, n'attend pas de nouvelles mesures avant le Congrès.

"Le rebond des exportations en septembre et la reprise de la croissance du crédit permettent au pouvoir actuel de lever le pied. Li aura ainsi davantage de marge de manoeuvre pour assouplir sa politique et nous pensons qu'il en fera usage", dit-il.

Alistair Thornton, chez ING Global Insight à Pékin, est du même avis. "L'économie marche en crabe pour le moment. Ceux qui attendent des mesures concrètes devront patienter jusqu'après le Congrès", prédit-il.

Avec la contribution de Lucy Hornby, Véronique Tison pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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