Radovan Karadzic condamné à 40 ans de prison pour génocide

le
0
RADOVAN KARADZIC CONDAMNÉ À 40 ANS DE PRISON
RADOVAN KARADZIC CONDAMNÉ À 40 ANS DE PRISON

par Thomas Escritt

LA HAYE (Reuters) - L'ex-président des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été condamné jeudi à quarante ans de prison par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye (TPIY) pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie (1992-1995).

Son avocat a annoncé qu'il ferait appel de ce verdict, prononcé au terme d'un procès-fleuve étalé sur cinq ans et réparti en 497 jours d'audience, avec l'audition de 248 témoins, qui s'est achevé en 2014.

L'ancien chef séparatiste, âgé de 70 ans, plus haut responsable jamais jugé par le TPIY, a été reconnu coupable d'un chef d'accusation de génocide pour le massacre de juillet 1995 à Srebrenica, "zone de sécurité" sous protection théorique de l'Onu où 8.000 Musulmans de Bosnie, hommes et adolescents, ont été tués par les séparatistes bosno-serbes.

Il a également été reconnu coupable de neuf autres chefs d'accusation de crimes de guerre, mais acquitté d'un deuxième chef d'accusation de génocide en lien avec les crimes commis dans les villes de Bosnie autres que Srebrenica.

Les juges ont notamment estimé que Radovan Karadzic était individuellement responsable du siège de Sarajevo, fatal à 11.500 personnes entre 1992 et 1995, et qu'il avait commis des crimes contre l'humanité dans les municipalités bosniaques.

Ils l'ont également jugé coupable d'avoir eu l'intention d'éliminer les hommes et jeunes gens de la ville de Srebrenica, le pire meurtre de masse en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les procureurs avaient requis la peine maximale prévue par la justice internationale: la réclusion criminelle à perpétuité.

ONZE ANS DE CLANDESTINITÉ

Pendant le procès, Radovan Karadzic, qui a assuré seul sa défense, a plaidé non coupable, rejeté les accusations portées contre lui, se présentant comme un héros de la nation serbe et imputant une partie des faits qui lui sont reprochés aux Musulmans de Bosnie.

Sa peine sera réduite des quelque sept années qu'il a déjà passées en détention. La procédure d'appel pourrait s'étaler sur plusieurs années.

A l'énoncé du verdict, plusieurs familles de victimes présentes dans l'enceinte du tribunal de La Haye se sont donné l'accolade avant de quitter la salle dans le calme.

Radovan Karadzic avait été arrêté après onze ans de clandestinité en juillet 2008 dans un bus de Belgrade, physiquement méconnaissable, et transféré à La Haye.

Il est le plus haut responsable politique à être condamné en Europe par un tribunal international depuis les procès de Nuremberg contre les dignitaires nazis.

L'ancien président serbe Slobodan Milosevic, qui avait lui aussi été transféré à La Haye, est mort en détention en mars 2006 avant que son procès ne s'achève.

Egalement détenu par le TPIY, le général Ratko Mladic, ex-commandant des forces bosno-serbes, attend pour sa part de connaître son sort.

Depuis la création du tribunal en 1991, au tout premier temps des guerres qui ont emporté l'ex-République fédérale de Yougoslavie, les procureurs du TPIY ont engagé des poursuites contre 161 suspects, dont 94 Serbes, 29 Croates et neuf Musulmans de Bosnie.

TOURNER LA PAGE ?

Les détracteurs du tribunal de La Haye voient dans cette disproportion la preuve que cette justice n'est pas équitable.

D'autres s'étonnent que les deux autres grands dirigeants, aujourd'hui décédés, de l'époque, le président croate Franjo Tudjman et le président bosniaque Alija Izetbegovic, n'aient pas été inquiétés, contrairement à Milosevic.

"Si on avait entamé des poursuites contre ces trois-là, on aurait eu une image correcte de la manière dont la violence a été produite, mais nous ne l'aurons pas", dit Eric Gordy, spécialiste du TPIY à l'University College de Londres.

Au total, la guerre de Bosnie a fait 100.000 morts et divisé l'ancienne république yougoslave en fonction de critères ethniques qui perdurent toujours aujourd'hui.

Serge Brammertz, procureur en chef du TPIY, s'inquiète de l'héritage du tribunal, qui n'a pas vraiment contribué à tourner la page en Bosnie, où les divisions ethniques continuent de peser lourdement.

"Je ne suis pas convaincu que tout le monde ait véritablement compris les erreurs du passé. Beaucoup dans toute l'ex-Yougoslavie utilise toujours un discours qui est toujours plus proche que nous l'espérions de ce que nous avons entendu ici", dit-il.

(avec Daria Sito-Sucic à Sarajevo; Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant