Radovan Karadzic condamné à 40 ans de prison pour génocide

le , mis à jour à 17:51
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    * L'ex-chef des séparatistes serbes de Bosnie coupable de 
génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre 
    * La guerre de Bosnie (1992-1995) a fait quelque 100.000 
morts 
    * Les procureurs avaient requis la prison à perpétuité 
 
 (Ajoute réactions) 
    par Thomas Escritt 
    LA HAYE, 24 mars (Reuters) - L'ex-président des Serbes de 
Bosnie Radovan Karadzic a été condamné jeudi à quarante ans de 
prison par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie 
de La Haye (TPIY) pour génocide, crimes contre l'humanité et 
crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). 
    Son avocat a annoncé qu'il ferait appel de ce verdict, 
prononcé au terme d'un procès-fleuve étalé sur cinq ans et 
réparti en 497 jours d'audience, avec l'audition de 248 témoins, 
qui s'est achevé en 2014.   
    L'ancien chef séparatiste, âgé de 70 ans, plus haut 
responsable jamais jugé par le TPIY, a été reconnu coupable d'un 
chef d'accusation de génocide pour le massacre de juillet 1995 à 
Srebrenica, "zone de sécurité" sous protection théorique de 
l'Onu où 8.000 Musulmans de Bosnie, hommes et adolescents, ont 
été tués par les séparatistes bosno-serbes. 
    Il a également été reconnu coupable de neuf autres chefs 
d'accusation de crimes de guerre, mais acquitté d'un deuxième 
chef d'accusation de génocide en lien avec les crimes commis 
dans les villes de Bosnie autres que Srebrenica. 
    "L'accusé est la seule personne au sein de la Republika 
Srpska (la République serbe de Bosnie) qui avait le pouvoir 
d'empêcher le massacre des hommes musulmans de Bosnie", a 
déclaré le président du tribunal O-Gon Kwok, en référence aux 
8.000 hommes et jeunes gens tués à Srebrenica. 
    "Loin de l'empêcher, il a ordonné qu'ils soient transférés 
ailleurs pour être tués." 
    Les juges ont également estimé que Radovan Karadzic était 
individuellement responsable du siège de Sarajevo, fatal à 
11.500 personnes entre 1992 et 1995, et qu'il avait commis des 
crimes contre l'humanité dans les municipalités bosniaques. 
     
    "DONNER À RÉFLÉCHIR AUX NATIONALISTES" 
    Les procureurs avaient requis la peine maximale prévue par 
la justice internationale: la réclusion criminelle à perpétuité. 
    Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, 
Zeid Ra'ad al Hussein, s'est félicité d'un procès qui, a-t-il 
dit, "devrait donner à réfléchir aux responsables qui à travers 
l'Europe et ailleurs cherchent à exploiter les sentiments 
nationalistes et à transformer les minorités en 
boucs-émissaires".  
    Pendant le procès, Radovan Karadzic, qui a assuré seul sa 
défense, a plaidé non coupable, rejeté les accusations portées 
contre lui, se présentant comme un héros de la nation serbe et 
imputant une partie des faits qui lui sont reprochés aux 
Musulmans de Bosnie. 
    Sa peine sera réduite des quelque sept années qu'il a déjà 
passées en détention. La procédure d'appel pourrait s'étaler sur 
plusieurs années.  
    A l'énoncé du verdict, plusieurs familles de victimes 
présentes dans l'enceinte du tribunal de La Haye se sont donné 
l'accolade avant de quitter la salle dans le calme.  
    Radovan Karadzic avait été arrêté après onze ans de 
clandestinité en juillet 2008 dans un bus de Belgrade, 
physiquement méconnaissable, et transféré à La Haye.  
    Il est le plus haut responsable politique à être condamné en 
Europe par un tribunal international depuis les procès de 
Nuremberg contre les dignitaires nazis. 
         
    "SON IDÉOLOGIE EST TOUJOURS EN PLACE" 
    L'ancien président serbe Slobodan Milosevic, qui avait lui 
aussi été transféré à La Haye, est mort en détention en mars 
2006 avant que son procès ne s'achève. 
    Egalement détenu par le TPIY, le général Ratko Mladic, 
ex-commandant des forces bosno-serbes, attend pour sa part de 
connaître son sort. 
    Depuis la création du tribunal en 1991, au tout premier 
temps des guerres qui ont emporté l'ex-République fédérale de 
Yougoslavie, les procureurs du TPIY ont engagé des poursuites 
contre 161 suspects, dont 94 Serbes, 29 Croates et neuf 
Musulmans de Bosnie. 
    Les détracteurs du tribunal de La Haye voient dans cette 
disproportion la preuve que cette justice n'est pas équitable. 
    D'autres s'étonnent que les deux autres grands dirigeants, 
aujourd'hui décédés, de l'époque, le président croate Franjo 
Tudjman et le président bosniaque Alija Izetbegovic, n'aient pas 
été inquiétés, contrairement à Milosevic.  
    "Si on avait entamé des poursuites contre ces trois-là, on 
aurait eu une image correcte de la manière dont la violence a 
été produite, mais nous ne l'aurons pas", dit Eric Gordy, 
spécialiste du TPIY à l'University College de Londres. 
    Au total, la guerre de Bosnie a fait 100.000 morts et divisé 
l'ancienne république yougoslave en fonction de critères 
ethniques qui perdurent toujours aujourd'hui.  
    Serge Brammertz, procureur en chef du TPIY, s'inquiète de 
l'héritage du tribunal, qui n'a pas vraiment contribué à tourner 
la page en Bosnie, où les divisions ethniques continuent de 
peser lourdement.  ID:nL5N16V0DB  
    "Je ne suis pas convaincu que tout le monde ait 
véritablement compris les erreurs du passé. Beaucoup dans toute 
l'ex-Yougoslavie utilise toujours un discours qui est toujours 
plus proche que nous l'espérions de ce que nous avons entendu    
 ici", dit-il. 
    Devant le tribunal de La Haye, Hatidza Mehmedovic, qui a 
perdu toute sa famille à Srebrenica, furieuse contre le verdict, 
a estimé qu'aucune punition ne pourrait être assez sévère pour 
Radovan Karadzic.  
    "Il vit peinard dans une prison pendant que je dois vivre à 
Srebrenica, où son idéologie est toujours en place", a-t-elle 
dit. "Je n'ai ni soeurs, ni frères, ni mari." 
 
 (avec Daria Sito-Sucic à Sarajevo; Henri-Pierre André et 
Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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