Racing 92 - Stade Français : Les acteurs du derby jugent le Top 14

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Racing 92 - Stade Français : Les acteurs du derby jugent le Top 14
Racing 92 - Stade Français : Les acteurs du derby jugent le Top 14

Le Racing reçoit le Stade Français vendredi en ouverture de la 6eme journée de Top 14. Mais, inévitablement, joueurs et techniciens de ce premier derby francilien de la saison ont préparé le choc dans un contexte particulier alors que le Top 14 est attaqué de toutes parts. L'occasion pour eux de donner leur point de vue sur la question.

Après l’échec du XV de France à la Coupe du monde, la chasse aux sorcières a commencé dans le rugby français. Le coupable idéal, pour le moment, se nomme « Top 14 », critiqué notamment en raison de son calendrier infernal et d’un nombre de matchs trop important pour pouvoir mener de front équipe nationale et saison de club. « Bien sûr qu’il y a une discussion de fond à avoir, mais je pense que dire qu’il y a trop de matchs est un raccourci trop facile à avoir, souligne Laurent Travers, l’entraîneur des avants du Racing 92. Le temps de jeu de chaque joueur, on le gère aussi. Il y a peut-être certains joueurs de certaines nations qui ont quatre ou cinq matchs de plus dans l’année, mais d'autres en ont même plus. Donc à partir de là, c’est peut-être un faux problème. Le constat il est là. Oui, peut-être, on a fait trop de matchs, mais je m’aperçois que certaines nations ont des joueurs qui jouent dans notre championnat, et que leur nation est très performante. On dit souvent il y a l’arbre qui cache la forêt. Attention à ne regarder que cet arbre. »

Quesada : « Certains joueurs ont la ‘‘ chance ’’ de se blesser »

Pour son homologue au Stade Français, Gonzalo Quesada, le calendrier infernal du Top 14 est un problème, notamment dans la préparation des saisons. « Je suis d’accord qu’on joue trop en France, estime l’entraîneur argentin. Si on joue onze mois dans l’année, on ne peut pas faire un cycle de récupération efficace. L’été, il faudrait couper quatre, cinq ou six semaines, pour ensuite entamer sept à huit semaines de préparation, pour pouvoir tenir une saison. Certains joueurs ont la ‘‘ chance ’’ de se blesser, car c’est uniquement quand ils sont blessés qu’ils ont le temps de se préparer comme il faut. Et s’ils n’ont pas la chance de se blesser ils doivent tenir onze mois ensuite. Après, bien sûr il y a des Argentins qui jouent dans le Top 14, des Australiens aussi, qui sont très performants. Il faudrait trouver une explication mais sans doute que le calendrier c’est un problème pour la préparation d’une équipe internationale, pour la France en particulier. »

Quid de la mise en d’éventuels contrats fédéraux ? Très compliqué pour Quesada, au vu du système de clubs qui existe en France : « Qu’est-ce qu’un contrat fédéral ? Est-ce que les joueurs vont être uniquement avec la Fédération ou en même temps avec les clubs ? Est ce qu’ils vont créer des provinces ? Les contrats fédéraux, c’est un système de l’hémisphère sud. Les Fédérations mettent les joueurs à disposition des provinces mais ce n’est pas un système de clubs. Les contrats fédéraux sur ce modèle en France, je ne vois pas pour le moment ce que c’est concrètement. Mais peut-être que c’est la solution, que la Fédération ait ‘‘ un peu plus la main ’’ avec des contrats où les joueurs ont des droits et des devoirs. Mais il faudrait voir dans quel cadre cela se mettrait en place. »

« C’est le serpent qui se mord la queue »

Au-delà du calendrier, la présence de nombreux étrangers en Top 14 fait aussi débat. Pour les joueurs, difficile de trouver une explication concrète. Il existe et des avantages et des inconvénients, difficile de trouver le juste milieu. « C’est un débat assez compliqué, analyse Henry Chavancy, centre du Racing 92, formé au club. C’est le serpent qui se mord la queue. D’un côté, on a l’apport d’excellents joueurs étrangers qui rendent le Top 14 très intéressant. Selon certains c’est le meilleur Championnat du monde. D’un autre côté, cet apport d’étrangers nuit à l’éclosion des jeunes. J’ai eu la chance de commencer en Pro D2, qui est une école super enrichissante pour les jeunes joueurs. Mais je ne sais pas si c’est un réel problème, ou en tout cas le bon problème de l’équipe de France. Peut-être que c’est un problème de calendrier, de fonctionnement... Je ne sais, je n’ai pas l’expérience ou la légitimité pour dire ça. Je peux me tromper, mais en tout cas je ne pense pas que ce soit l’apport des meilleurs joueurs étrangers qui nuise au XV de France. »

Un constat partagé par Meyer Bosman, centre sud-africain du Stade Français, à Paris depuis 2013. « Je crois que le fait qu’il y ait des étrangers dans le Top 14 est bénéfique pour le niveau du Championnat, affirme-t-il. C’est juste un peu difficile de trouver l’équilibre pour donner l’opportunité aux joueurs français. Mais je pense que c’est toujours bon pour tout le monde et important d’avoir un bon niveau dans le Top 14. Si le niveau est trop bas, le niveau dans le XV de France va être bas aussi. » En Afrique du Sud, « les joueurs qui jouent la Currie Cup sont ceux qui ne jouent pas pour les Springboks, explique Bosman. Et en Super XV tout le monde joue, y compris les internationaux. Mais à cause de ça le niveau dans la Currie Cup est plus bas. C’est pour ça que je dis qu’il est important d’avoir un bon niveau dans le Championnat. » Alors, la faute à qui ? Et quelles solutions ? Le débat divise tout le monde, y compris les joueurs. Même si pour les acteurs du prochain derby francilien, le système Top 14 n’est pas forcément le plus fautif.

Basile DESPREZ (avec Cédric Rouger)

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