Rachid Medjaoui (LBP AM) : « Trop tôt pour revenir sur les marchés actions »

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Mieux vaut privilégier les obligations privées au détriment des actions selon Rachid Medjaoui, directeur de la gestion tactique de l'allocation d'actif de La Banque Postale Asset Management.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent sur le front macroéconomique. Quel est votre scénario pour 2009 à La Banque Postale AM ?

Rachid Medjaoui : Aujourd'hui, nous avons deux scénarios : l'un plus probable est une récession sévère et durable mais nous n'excluons pas une dépression (probabilité de 25 à 30%). Pour rétablir la confiance, il faudrait un choc psychologique majeur mais le temps joue contre nous. Autant au cours des années écoulées, le dynamisme du commerce international a entraîné un « effet multiplicateur » sur la croissance des différentes zones géographiques de la planète, autant la globalisation accentue cette fois la gravité de la crise. Nous assistons pour la première fois dans l'Histoire contemporaine à une synchronisation négative de toutes les économies. Lors des crises précédentes, il y avait toujours un pays ou une zone géographique pour tirer son épingle du jeu. Aujourd'hui, les économies émergentes sont fortement touchées, signe de leur forte sensibilité au commerce mondial.

Les plans de relance en Europe sont-ils à la hauteur des enjeux ?

R.M : L'ampleur et la relative coordination de la relance partout dans le monde devraient permettre d'éviter la répétition du syndrome de 1981 où la France avait relancé sans que ses voisins lui emboîtent le pas, ce qui avait profité aux importations et aggravé le déficit de la balance commerciale française. Ceci étant, la conjoncture se révèle être beaucoup plus négative que prévu. Or, ces plans ont été « imaginés » il y a plusieurs mois et leurs instigateurs ne s'attendaient sûrement pas à une telle dégradation de la situation économique. Aujourd'hui, il faut concentrer ces plans sur un seul objectif : le soutien à la demande et ne pas chercher à faire de la restructuration économique. Il ne faut pas se disperser. De même, la coordination de ces plans a pris du plomb dans l'aile. Des tentations protectionnistes se font jour aussi bien dans les discours que dans les mesures spécifiques prises (soutien au secteur automobile en France). Cela est plutôt légitime en soi mais il faut prendre garde à ne pas retomber dans un scénario à la 1929 où le protectionnisme généralisé a conduit à la catastrophe.

Dans ce contexte, quelle est votre allocation d'actif ? Faut-il revenir dès à présent sur les marchés actions ?

R.M : Toutes les classes d'actifs ont été « disloquées » dans cette crise. Si les obligations privées, les actions ou les matières premières sont particulièrement sous-évaluées au détriment des obligations des grands Etats ou de la volatilité, il ne faut pas s'attendre à une reconvergence rapide des classes d'actifs. Nous pensons qu'il est encore trop tôt pour revenir sur les marchés actions. Historiquement, ils ont tendance à se retourner six à neuf mois avant que l'on touche le point bas sur la baisse des bénéfices des entreprises sauf pour la période 2001-2002 où les marchés actions ont tardé à rebondir. Dans un contexte où le risque de déflation ne devrait pas disparaître dans les prochains mois, les marchés auront du mal à anticiper un rebond des bénéfices. Il faut donc rester très prudent quant à un éventuel rebond durable.

Est-il opportun de revenir sur les matières premières ?

R.M : Sur les matières premières, nous aimons bien la thématique agricole mais nous restons très prudents sur cette classe d'actifs à l'instar des marchés actions.

Vous préférez les obligations privées ?

R.M : Exactement. Il convient cependant de rester très sélectif et se cantonner aux obligations les moins spéculatives (« investment grade »). Et même au sein de l'univers de l'investment grade, il convient de bien choisir les secteurs et les valeurs.

Quels types d'émetteurs d'obligations privées faut-il privilégier ?

R.M : Globalement, je pense qu'il est trop tôt pour revenir sur les valeurs cycliques. Précisons tout de même que certaines obligations privées d'émetteurs financiers redeviennent attractives grâce à la quasi-garantie accordée par l'Etat.

Selon vous, existe-t-il un risque de krach obligataire sur les obligations d'Etat ?

R.M : Il n'y a pas selon nous de risque de krach obligataire. Bien entendu, les émissions vont être massives ce qui peut peser sur ce marché mais ces tensions vont être transitoires. Il n'y a pas d'inflation, le PIB nominal devrait décroître en 2009, ce qui ne s'est jamais vu depuis la Seconde guerre mondiale. Par ailleurs, les banques centrales n'hésiteront pas à acheter des obligations d'Etat si nécessaire pour assurer le financement de l'économie. Dans ce contexte, il nous apparaît opportun de garder une exposition aux obligations d'Etat en particulier comme une protection en cas de nouvelle dégradation des obligations privées.

Quel indicateur suivez-vous tout particulièrement sur les marchés en ce moment?

R.M : Les taux de changes méritent une attention particulière. Si l'on observait dans les prochaines semaines un retour en grâce de la devise britannique par rapport à l'euro, cela signifierait que le marché croit à la réussite des plans de relance car celui de la Grande-Bretagne est l'un des plus ambitieux en la matière.

Propos recueillis par Julien Gautier


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