Quinze morts au Nigeria en marge d'un scrutin présidentiel serré

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SCRUTIN ÉMAILLÉ DE VIOLENCES MEURTRIÈRES AU NIGERIA
SCRUTIN ÉMAILLÉ DE VIOLENCES MEURTRIÈRES AU NIGERIA

par Tim Cocks

ABUJA (Reuters) - Quinze personnes, dont un membre de l'opposition, ont été tuées samedi aux abords des bureaux de vote dans le nord-est du Nigeria, alors que se déroulait le scrutin présidentiel le plus serré depuis la fin du régime militaire, en 1999.

Le président sortant Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, affronte treize candidats, dont l'ancien général Muhammadu Buhari, un musulman du Nord qui a été au pouvoir dans les années 80 et qui semble en mesure d'y revenir. La victoire d'un candidat de l'opposition serait une première dans le pays le plus peuplé d'Afrique, en proie depuis six ans aux violences des islamistes de Boko Haram.

Des membres de la secte s'en sont pris samedi à des électeurs dans les Etats de Yobe et de Gombe, rapporte la police qui fait état de six morts en tout.

Un porte-parole du All Progressive Congress (APC) de Muhammadu Buhari a ensuite fait état de huit morts de plus dans l'Etat de Gombe.

Vingt-cinq personnes ont par ailleurs été tuées vendredi par des membres Boko Haram à Buratai, village isolé du Nord-Est, a annoncé samedi le gouverneur

Le groupe armé, qui veut instaurer un califat régi par la charia, a menacé de s'en prendre à tous ceux qui iraient voter.

Avec l'aide de contingents tchadien, camerounais et nigérien, l'armée a repris une bonne part des territoires dont il s'était emparé, mais le mouvement continue à s'en prendre quotidiennement aux civils dans le Nord-Est.

Outre les violences, le scrutin de samedi a été émaillé de problèmes techniques liés à la lecture des cartes d'électeurs biométriques introduites pour éviter les fraudes. La commission électorale a fait savoir que le scrutin serait prolongé dimanche dans les bureaux de vote affectés.

Le chef de l'Etat lui-même a dû attendre 40 minutes pour que sa propre carte puisse être validée. "Je suis très optimiste", a-t-il déclaré quant à sa réélection.

Quelque 57 des 170 millions d'habitants étaient appelés aux urnes.

"ACCORD DE PAIX"

Lors du précédent scrutin, en 2011, la défaite de Muhammadu Buhari face à Goodluck Jonathan avait déclenché des violences dans le Nord musulman qui avaient fait 800 morts et 65.000 sans-abri.

Craignant un bain de sang plus dramatique encore en cas de contestations, le président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron et l'Union européenne ont fait pression sur les deux camps pour qu'ils calment leurs partisans.

Les deux principaux candidats ont quant à eux signé un "accord de paix".

C'est la deuxième fois cette année qu'un tel pacte est conclu. Le premier avait été rendu public en janvier. Le scrutin devait avoir lieu le 14 février, mais les autorités l'ont repoussé de six semaines en raison de l'insécurité que Boko Haram fait régner dans le Nord-Est.

Dans un discours prononcé vendredi, Goodluck Jonathan a réitéré ses mises en garde contre la tentation de la violence, mais cela n'a pas suffi à rassurer les Nigérians qui ont fait la queue en masse pour retirer de l'argent, acheter du carburant et faire des réserves de vivres dans les supermarchés.

Dans ce climat délétère, le parti de Muhammadu Buhari a mis en garde contre "les tentatives diaboliques de ceux (...) résolus à truquer les élections et à plonger le pays dans la crise."

LE VOTE DES YORUBAS

Le principal argument de campagne de Muhammadu Buhari, qui est âgé de 72 ans, est le sentiment généralement partagé qu'il ne s'est pas servi dans les caisses du pays lors de ses deux années passées à la tête du Nigeria, après le coup d'Etat de décembre 1983, alors que le mandat de Goodluck Jonathan, 57 ans, a été émaillé d'affaires de corruption.

Sa réputation d'homme à poigne séduit également une partie de l'électorat qui accuse le gouvernement sortant de n'avoir pas su les protéger de Boko Haram. Cette incapacité a été patente au moment de l'enlèvement de quelque 200 lycéennes par la secte islamiste en avril dernier.

Le sentiment ethnico-religieux risque toutefois de prévaloir encore lors de ce scrutin. Muhammadu Buhari est très populaire dans le Nord et Goodluck Jonathan dans le sud et dans l'est.

La région du sud-ouest, centrée autour de la capitale économique, Lagos, où cohabitent chrétiens et musulmans, pourrait donc faire la différence. Peuplée essentiellement de Yorubas elle a voté en faveur de Goodluck Jonathan en 2011 mais, depuis, les élites yorubas se sont ralliées à Muhammadu Buhari.

Pour l'emporter, un candidat devra obtenir la majorité simple des suffrages ainsi qu'au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats du pays et la capitale féd

par Tim Cocks

ABUJA (Reuters) - Quinze personnes, dont un membre de l'opposition, ont été tuées samedi aux abords des bureaux de vote dans le nord-est du Nigeria, alors que se déroulait le scrutin présidentiel le plus serré depuis la fin du régime militaire, en 1999.

Le président sortant Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, affronte treize candidats, dont l'ancien général Muhammadu Buhari, un musulman du Nord qui a été au pouvoir dans les années 80 et qui semble en mesure d'y revenir. La victoire d'un candidat de l'opposition serait une première dans le pays le plus peuplé d'Afrique, en proie depuis six ans aux violences des islamistes de Boko Haram.

Des membres de la secte s'en sont pris samedi à des électeurs dans les Etats de Yobe et de Gombe, rapporte la police qui fait état de six morts en tout.

Un porte-parole du All Progressive Congress (APC) de Muhammadu Buhari a ensuite fait état de huit morts de plus dans l'Etat de Gombe.

Vingt-cinq personnes ont par ailleurs été tuées vendredi par des membres Boko Haram à Buratai, village isolé du Nord-Est, a annoncé samedi le gouverneur

Le groupe armé, qui veut instaurer un califat régi par la charia, a menacé de s'en prendre à tous ceux qui iraient voter.

Avec l'aide de contingents tchadien, camerounais et nigérien, l'armée a repris une bonne part des territoires dont il s'était emparé, mais le mouvement continue à s'en prendre quotidiennement aux civils dans le Nord-Est.

Outre les violences, le scrutin de samedi a été émaillé de problèmes techniques liés à la lecture des cartes d'électeurs biométriques introduites pour éviter les fraudes. La commission électorale a fait savoir que le scrutin serait prolongé dimanche dans les bureaux de vote affectés.

Le chef de l'Etat lui-même a dû attendre 40 minutes pour que sa propre carte puisse être validée. "Je suis très optimiste", a-t-il déclaré quant à sa réélection.

Quelque 57 des 170 millions d'habitants étaient appelés aux urnes.

"ACCORD DE PAIX"

Lors du précédent scrutin, en 2011, la défaite de Muhammadu Buhari face à Goodluck Jonathan avait déclenché des violences dans le Nord musulman qui avaient fait 800 morts et 65.000 sans-abri.

Craignant un bain de sang plus dramatique encore en cas de contestations, le président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron et l'Union européenne ont fait pression sur les deux camps pour qu'ils calment leurs partisans.

Les deux principaux candidats ont quant à eux signé un "accord de paix".

C'est la deuxième fois cette année qu'un tel pacte est conclu. Le premier avait été rendu public en janvier. Le scrutin devait avoir lieu le 14 février, mais les autorités l'ont repoussé de six semaines en raison de l'insécurité que Boko Haram fait régner dans le Nord-Est.

Dans un discours prononcé vendredi, Goodluck Jonathan a réitéré ses mises en garde contre la tentation de la violence, mais cela n'a pas suffi à rassurer les Nigérians qui ont fait la queue en masse pour retirer de l'argent, acheter du carburant et faire des réserves de vivres dans les supermarchés.

Dans ce climat délétère, le parti de Muhammadu Buhari a mis en garde contre "les tentatives diaboliques de ceux (...) résolus à truquer les élections et à plonger le pays dans la crise."

LE VOTE DES YORUBAS

Le principal argument de campagne de Muhammadu Buhari, qui est âgé de 72 ans, est le sentiment généralement partagé qu'il ne s'est pas servi dans les caisses du pays lors de ses deux années passées à la tête du Nigeria, après le coup d'Etat de décembre 1983, alors que le mandat de Goodluck Jonathan, 57 ans, a été émaillé d'affaires de corruption.

Sa réputation d'homme à poigne séduit également une partie de l'électorat qui accuse le gouvernement sortant de n'avoir pas su les protéger de Boko Haram. Cette incapacité a été patente au moment de l'enlèvement de quelque 200 lycéennes par la secte islamiste en avril dernier.

Le sentiment ethnico-religieux risque toutefois de prévaloir encore lors de ce scrutin. Muhammadu Buhari est très populaire dans le Nord et Goodluck Jonathan dans le sud et dans l'est.

La région du sud-ouest, centrée autour de la capitale économique, Lagos, où cohabitent chrétiens et musulmans, pourrait donc faire la différence. Peuplée essentiellement de Yorubas elle a voté en faveur de Goodluck Jonathan en 2011 mais, depuis, les élites yorubas se sont ralliées à Muhammadu Buhari.

Pour l'emporter, un candidat devra obtenir la majorité simple des suffrages ainsi qu'au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats du pays et la capitale fédérale. Si au moins une de ces conditions n'est pas remplie, un second tour aura lieu dans les sept jours suivant l'annonce des résultats.

L'élection présidentielle s'accompagne d'élections législatives qui mettront notamment aux prises le Parti démocratique populaire (PDP) de Jonathan et le Congrès progressiste de Buhari.

(Avec Bate Felix à Abuja, Julia Payne à Port Harcourt et Alexis Akwagiram à Kaduna; Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

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