Quinze jours de répit avant le cadrage budgétaire

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JEAN-MARC AYRAULT SEMBLE DÉCIDÉ À DÉMINER LE TERRAIN AVANT UN NOUVEAU TOUR DE VIS BUDGÉTAIRE
JEAN-MARC AYRAULT SEMBLE DÉCIDÉ À DÉMINER LE TERRAIN AVANT UN NOUVEAU TOUR DE VIS BUDGÉTAIRE

PARIS (Reuters) - Face à la perspective d'un nouveau tour de vis budgétaire et de discussions tendues sur le budget 2014 au sein du gouvernement, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, semble décidé à prendre un peu de temps pour déminer le terrain.

Les lettres de cadrage, qui donneront une idée générale des efforts de réduction des dépenses envisagées dans le prochain budget de l'Etat, seront envoyées d'ici 15 jours à tous les ministères, a déclaré lundi une source gouvernementale.

Celle-ci a ainsi tempéré des informations sur une accélération de la procédure pour faire face à la dégradation des comptes publics. Selon Le Figaro et Les Echos, en effet, Jean-Marc Ayrault et le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, s'apprêtaient à envoyer ces lettres dès cette semaine.

Le ministre du Budget, pressentant des discussions houleuses avec ses collègues, aurait ainsi voulu se donner plus de temps pour négocier ensuite individuellement avec chaque ministère avant l'envoi des "lettres plafond" au début de l'été.

Mais "il y a encore des arbitrages à faire", rectifie-t-on de source gouvernementale. Les lettres de cadrage, qui fixent notamment le pourcentage de progression des dépenses de l'État et identifient des priorités, "partiront d'ici 15 jours", ajoute-t-on. "Cela se passe comme d'habitude."

Jean-Marc Ayrault aura l'occasion d'évoquer le sujet lors d'un déjeuner de ministres mercredi à Matignon et jeudi matin lors d'une réunion interministérielle sur les finances publiques et la protection sociale à l'Elysée.

"Il n'y a pas d'austérité mais une gestion rigoureuse de l'argent public, gouverner c'est choisir", a-t-il dit lundi en marge d'un déplacement à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Il a cependant reconnu la semaine passée la dégradation de la conjoncture économique et l'abandon de l'objectif d'un déficit public à 3% du PIB en 2013.

Le gouvernement devra décider si de nouvelles économies sont nécessaires, selon les prévisions de croissance et de déficit que la Commission européenne publiera vendredi, a déclaré lundi le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici.

La France a déjà prévu de réduire de 60 milliards d'euros ses dépenses publiques sur le quinquennat, pour tenter d'arriver à l'équilibre budgétaire en 2017. Selon des informations publiées par la presse, l'ardoise à combler en 2014 pourrait être de quatre à cinq milliards d'euros supplémentaires.

DUFLOT ET BATHO DISENT "STOP"

Du coup, les collectivités locales risquent d'être mises à contribution. Mais le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, ancien président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée nationale, suggère aussi, par exemple, une fiscalisation des allocations familiales.

Une proposition qui fait débat et à laquelle Pierre Moscovici a répondu lundi que le gouvernement attendrait un prochain rapport sur la politique familiale avant de se prononcer.

Plusieurs ministres ont d'ores et déjà laissé percer leur inquiétude, voire leur agacement, à la perspective de devoir encore réduire leur budget.

Dans le Journal du dimanche, la ministre de l'Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot a ainsi lancé une mise en garde contre toute austérité aveugle.

"Il y a un impératif de désendettement public, c'est certain. Mais la réponse à la situation financière de la France ne peut se réduire uniquement à tailler dans les dépenses", a-t-elle dit. "Personne ne peut croire que de l'austérité naîtra le retour des temps meilleurs".

"On est au maximum de ce qu'on peut faire en termes d'économies et de réduction des dépenses", a renchéri dimanche sa collègue de l'Ecologie, Delphine Batho, sur la radio de la communauté juive RCJ.

A l'Elysée, on laisse entendre que François Hollande aura mardi en Grèce et mercredi à Clermont-Ferrand l'occasion de faire passer des messages sur la situation économique.

Concernant l'impossibilité de ramener les déficits publics à 3,0% en 2013, "nous discutons déjà avec la Commission (européenne)", dit-on dans l'entourage du chef de l'Etat.

Le gouvernement français paraît espérer que la Commission autorisera d'elle-même Paris à reporter d'un an cet objectif, au vu des chiffres qui seront dévoilés vendredi, sans que la France n'ait à quémander sa mansuétude.

"D'ici là, mieux vaut ne rien dire", dit-on à l'Elysée. "Le mieux est qu'ils nous (le) demandent eux-mêmes."

Mais l'objectif reste bien un déficit zéro en 2017.

"Nous ne pourrons pas retrouver de la croissance sans rétablissement des comptes", a souligné un ministre. "La trajectoire de rétablissement des comptes n'est pas négociable."

Julien Ponthus, Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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