Qui de l'homme ou de l'ours est le plus mal léché, une expo pour comprendre

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"Ours: mythes et réalités" exposition Muséum de Toulouse All Rights Reserved
"Ours: mythes et réalités" exposition Muséum de Toulouse All Rights Reserved

(AFP) - L'ours est-il le double sauvage de l'homme ? Le Muséum de Toulouse explore à partir de vendredi la relation trouble entretenue à travers les âges par les hommes et les plantigrades, tour à tour objets de fascination et ennemis à abattre.

À peine a-t-il franchi la porte de l'exposition "Ours, mythes et réalités" que le visiteur se heurte à cette ambiguïté, à l'image déformée qu'il a du plantigrade. Il est intimidé par l'ombre menaçante d'un ours dressé sur ses pattes arrière et se rend rapidement compte qu'elle est celle d'un joli petit ourson, démultipliée par un effet de lumière.

Aux origines de l'exposition, distinguée par le label d'intérêt national, une discussion avec Jean-Jacques Camarra, l'un des responsables de l'équipe de suivi de l'ours dans les Pyrénées, seule région de France où il est encore présent et où il excite toutes les passions. "Il disait qu'en 30 ans de travail sur l'ours, il en avait appris plus sur l'homme. L'ours parle d'abord de nous", explique Gaëlle Cap-Jédikian, chef du projet.

L'exposition visite les mythes, légendes et contes que l'animal a inspirés, du Japon à l'Amérique du Nord, en passant par les Pyrénées ou l'Europe de l'Est.

Grandes chasses punitives

"Miroir de notre animalité", l'ours est vu comme un ancêtre en Sibérie,un grand-père par les Inuits, un rival en amour en Europe ou en Amérique du Nord, raconte la responsable de l'exposition. Il a impressionné les hommes au point que certains lui doivent leur patronyme, comme les Orsini en Italie, ou leur prénom (Bernard, Arthur, Ursule).

Dans des villages des Pyrénées-Orientales, la fête de l'ours voit encore aujourd'hui des jeunes hommes revêtir des peaux de bêtes puis être capturés et rasés. "On est dans des rites païens où la frontière entre l'animal et l'homme disparaît, où l'homme s'affuble d'une peau pour libérer sa violence", ajoute Gaëlle Cap-Jédikian.

Le muséum, qui présente aussi l'ours dans sa réalité scientifique, avec des portraits détaillés des huit espèces de plantigrades, se penche sur sa cohabitation difficile avec l'homme.

D'objet de culte et d'admiration, il devient au haut Moyen Âge l'ennemi à abattre avec l'enracinement de la chrétienté en Europe. C'est la diabolisation et les "grandes chasses punitives pour éradiquer le symbole païen", dit la chef de projet. Au XIIe siècle apparaissent les montreurs d'ours. "On cherche à le dompter, à l'exploiter et à le soumettre, comme on le fait avec la nature".

Au début du XXe, l'ours est "réhabilité", symbolise la douceur, la tendresse. "C'est la réintégration sociale" avec la naissance du teddy bear, l'ours en peluche qui doit son nom au président américain Théodore "Teddy" Roosevelt, car celui-ci aurait refusé d'abattre un plantigrade acculé lors d'une chasse.

Fabuleux destins

Certains connaissent de fabuleux destins, tel l'ours Wojtek recueilli en Iran par l'armée polonaise. Devenu la mascotte de son régiment, il participa comme caporal à la bataille du Monte Cassino. Médaillé, l'ours finit sa vie dans un zoo d'Édimbourg où ses anciens camarades de régiment venaient lui rendre visite.

Le Muséum ne fait pas l'impasse sur la présence polémique de l'ours dans les Pyrénées françaises, où vivent une vingtaine de spécimens, pas assez pour ses défenseurs, déjà trop pour les éleveurs hostiles à sa présence. Les restes des derniers ours bruns de souche pyrénéenne sont présentés au public: le squelette de Papillon, mort édenté à l'âge vénérable de 29 ans, et la star de l'exposition, l'ourse Canelle, tuée en 2004 par un chasseur. Son cadavre naturalisé est présenté pour la première fois au public.

"On essaye de donner des éléments pour construire un débat instruit", souligne Francis Duranthon, le directeur du Muséum. "Au-delà de la question de savoir s'il faut ou non des ours dans les Pyrénées, on pose le rapport de l'homme à la nature, à la biodiversité. On apprend des choses et on respecte tous les points de vue", dit-il.

"Ours, mythes et réalités" sera visible jusqu'à fin juin 2014. La précédente exposition temporaire du Muséum, sur le thème de la préhistoire, avait été vue par près d'un million de personnes après avoir voyagé entre autres à Paris et à Johannesburg.

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