Quesnel : " Loeb a imposé qu'Ogier quitte Citroën "

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Quesnel : " Loeb a imposé qu'Ogier quitte Citroën "
Quesnel : " Loeb a imposé qu'Ogier quitte Citroën "

Ca y est, il l'a fait. Sébastien Ogier est champion du monde?

Je suis ravi, mais surtout pour lui parce qu'honnêtement il le méritait. Et si je veux aller encore plus loin, s'il l'avait eu en 2011, cela aurait été tout à fait normal.

Tout s'est accéléré depuis ce titre de champion du monde junior acquit en 2008. Vous lui prédisiez déjà, à cette époque, un avenir exceptionnel ?

Au début de l'année 2008, non je ne pensais pas. Pour une raison simple. Je ne savais pas qui était Sébastien Ogier. Je ne prédisais rien du tout. J'ai reçu un coup de fil d'un ancien président de la Fédération qui s'appelle Jacques Régis. Je venais de prendre mon poste et Jacques m'a dit : « Pour Sébastien Ogier, tout est préparé et prévu. » Je lui ai alors répondu que je ne savais pas qui il était donc je ne pouvais rien prévoir. Il m'a alors dit que mon prédécesseur, Guy Fréquelin, avait prévu de le faire rouler en JWRC, c'est-à-dire en championnat du monde junior. Nous n'avions pas le budget nécessaire et il m'a dit qu'il fallait le faire rouler. Je lui ai dit « ok, mais comment ? » Il a été tellement convaincant qu'une heure après j'ai appelé la personne responsable de ce programme et je lui ai dit que Sébastien Ogier allait rouler. On avait décidé de miser sur Ogier. A partir de là, tout ce qui concernait la petite Citroën C2, c'était pour lui. C'est comme ça que ça a démarré. Première spéciale, scratch. Ca c'est du jamais vu (rires).

L'année suivante, première saison complète en WRC. On est en 2009. Un seul podium. Dur apprentissage ou rythme normal ?

Le contexte voudrait que j'en sois en partie responsable dans le sens où je lui ai dit : « j'ai de quoi te faire rouler 6 mois. » Par rapport à Seb qui se fixe des objectifs très élevés, il s'est dit qu'il avait 6 mois pour se montrer. Il a été un peu plus vite que la machine. Et il a cassé pas mal de voitures au point que ça m'a interpellé. Suite à une réunion avec Sven Smet, qui est aujourd'hui avec Seb chez Volkswagen, je lui ai dit qu'il irait en Australie et j'ai ajouté : « Vu que ce ça coûte, tu as intérêt à aller loin. » Rapidement, il a roulé pour la victoire. Il est vrai que j'ai toujours fait très confiance à Seb.

« Loeb a transformé la bagarre sportive en bagarre politique »

Seb, vous voulez dire Seb Ogier ?

Oui, pour moi il n'y en a qu'un.

Pourquoi a-t-on aujourd'hui un Français qui ne roule pas avec une voiture française ?

Le contexte voulait qu'on démarre au rallye de Bulgarie, c'était en 2010. Seb voulait me voir pour me parler. Le soir venu il me dit « j'ai un contrat ». En regardant la dernière page, je me suis rendu compte que c'était un contrat plus que conséquent et je lui ai répondu que c'était malheureux mais que je ne pouvais pas suivre. A partir de là, je lui ai dit qu'il était dommage qu'il nous quitte alors qu'on avait tout commencé ensemble. Il m'a dit qu'il souhaitait rester, que ce n'était pas qu'une affaire d'argent mais à une condition : qu'il puisse avoir sa chance, être champion du monde et ne pas recevoir de consigne dès la première course. La direction m'a alors confié que c'était ok donc on a rapidement trouvé un accord financier. Ca prouve que c'est un bon gars qui ne roule pas que pour l'argent. Seb était nominé donc en 2011 avec Sébastien Loeb, sans pour autant qu'il y ait un numéro un. Ils se sont retrouvés à cinq victoires partout. Sébastien Loeb, voyant que sportivement ça commençait à lui échapper, a transformé la bagarre sportive en bagarre politique.

C'est-à-dire ?

Il a fait croire qu'il pourrait partir chez Volkswagen. Il a joué sa carte. Ce qui est dommage, c'est que les grands patrons de Renault-Citroën se soient laissés manipuler. Ce qui est surtout dommage c'est que Loeb avait imposé que Sébastien Ogier quitte l'écurie. Lui a dû partir et moi je n'avais plus aucune raison de rester puisque ce n'est pas logique. Seb avait encore la faculté d'être champion du monde et le contexte fait qu'il ne l'a pas été cette année là.

Sept victoires en onze rallye. C'est exceptionnel ce qu'a fait Volkswagen?

Ce qu'ils ont réalisé c'est du 20/20. Et ce qu'a fait Seb, en acceptant une année de transition au volant de la Skoda, l'est aussi. Il en recueille aujourd'hui tous les fruits et c'est magnifique. Je lui avais dit à Chamonix qu'une année ce n'était pas grand-chose. Seb voulait partir au combat très vite, à savoir signer vraisemblablement chez Ford pour pouvoir faire 2012 en WRC. Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas faire ça et qu'il devait aller chez Volkswagen et c'est finalement ce qu'il a fait.

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