Quelles sont actuellement les craintes des investisseurs à l'égard de la Chine ?

le , mis à jour à 15:36
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L'économie chinoise semble avoir retrouvé davantage de sérénité ces derniers mois. Réalité ou faux-semblants ?
L'économie chinoise semble avoir retrouvé davantage de sérénité ces derniers mois. Réalité ou faux-semblants ?

Après avoir défrayé la chronique d’août 2015 à janvier 2016, la Chine fait moins parler d’elle. Pourtant, les incertitudes persistent : que penser de l’envolée des prix de l’immobilier ? L’accalmie des marchés actions est-elle passagère ? Une bulle obligataire s’est-elle formée ?

« Ça va mieux », pourrait déclarer Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, au sujet de la conjoncture économique de son pays. En effet, à en croire certains indicateurs, l’économie chinoise a retrouvé quelques couleurs au cours des derniers mois, après avoir sévèrement inquiété le monde de la finance au cours de l’été 2015, jusqu’en début d’année 2016.

Depuis quelques mois, « On observe [en Chine] un retour des capitaux, en termes d’encours et de flux, en particulier sur les marchés d’actions, d’obligations, de l’immobilier et des contrats à terme sur matières premières » commente Mo Ji, stratégiste chez Amundi, dans une note de recherche économique publiée par la société de gestion.

Ce retour de confiance des investisseurs s’explique par la publication de données économiques correctes aux mois de mars-avril, avec notamment un retour à la normale des chiffres du commerce extérieur (qui chutaient lourdement depuis l’été 2015), et une amélioration des indices PMI (indicateurs d’activité) dans l’industrie et dans les services, qui avaient donné des signes de faiblesses début janvier. Fin de la tempête ou accalmie passagère ?

Actions : le rebond reste timide, mais c’est une bonne chose !

Du côté des marchés actions chinois, ceux-ci n’ont connu ni nouvelle panique ni véritable rebond depuis leur chute de janvier. L’indice de la Bourse de Shanghai a touché un plus bas le 28 janvier à 2.655 points (contre 5.166 points le 12 juin 2015) et restait encore relativement proche de ce seuil au 17 mai, à 2.843 points (+7%). Le rebond reste maigre par rapport à l’ampleur de la précédente chute.

Pour le stratégiste d’Amundi, l’évolution à venir des marchés actions chinois reste imprévisible : « Compte tenu des rumeurs croissantes de bulle sur les marchés à terme des matières premières, des obligations et de l’immobilier, et de la dépréciation potentielle du [yuan], le marché actions chinois peut-il rester indemne ? » s’interroge-t-il, sans apporter de réponse.

L’absence de véritable rebond sur les actions chinoises peut pourtant être interprété comme une bonne chose, en évitant la création d’une nouvelle bulle, et surtout en limitant la volatilité des marchés.

Marchés obligataires : à leur tour concernés par une bulle ?

Alors que peu d’éléments d’analyse peuvent permettre d’y voir clair sur les marchés actions chinois, d’autres indicateurs permettent en revanche de se forger une opinion sur les marchés obligataires.

« Les marchés obligataires chinois ont déjà dépassé les marchés d’actions en matière de capitalisation boursière : 8.300 milliards USD vs. 6.900 milliards USD. En outre, il y a un an, le marché obligataire ne représentait que 3.300 milliards USD, ce qui signifie qu’il a augmenté de 5.000 milliards de dollars sur les douze derniers mois, ce qui est littéralement stupéfiant » remarque Mo Ji.

L'emballement des marchés obligataires est notamment soutenu par la hausse de l'endettement privé et la baisse des taux de la banque centrale chinoise. De là à craindre des excès sur le marché obligataire, il n’y a qu’un pas, d’autant plus facile à franchir que l’actualité récente a souligné la persistance de risques liés aux emprunts obligataires des compagnies chinoises.

« En avril 2016, 31 entreprises ont annulé plus de 30 milliards [de yuans] d’émissions obligataires. Ce qui est plus inquiétant pour le marché que l’évolution des émissions, c’est l’augmentation potentielle des défauts », comme dernièrement celui de China Railway Materials, explique le stratégiste d’Amundi.

Matières premières : les échanges traduisent une certaine euphorie

Le marché à terme sur matières premières est lui aussi concerné par une certaine euphorie. « Il s’est passé récemment quelque chose d’exceptionnel sur ce marché : lors du dernier pic des prix (le 21 avril 2016), le nombre de contrats à terme sur l’acier d’armature a atteint 606 milliards [de yuans], soit l’équivalent de 224 millions de tonnes d’acier d’armature physique, un niveau plus élevé que la production totale d’acier d’armature de la Chine en 2015 (215 millions de tonnes) », relève le stratégiste.

Pour éviter les excès sur ce marché, « Les frais de transaction de plusieurs contrats à terme sur matières premières ont été augmentés récemment, ce qui a calmé le marché. Même si nous pensons que la correction est une certitude en l’absence de soutien fondamental, nous jugeons très improbable un violent éclatement de la bulle » affirme le stratégiste d’Amundi.

Immobilier : des chiffres surprenants

Autre grand sujet concernant l’économie chinoise : les prix de son immobilier. « Les prix de l’immobilier dans les très grandes villes chinoises ont fortement augmenté entre le début 2015 et mars 2016, avec une hausse moyenne de 101% à Shenzhen, de 35% à Beijing et de 31% à Shanghai » résume Mo Ji.

Vue des quartiers d'affaires de la ville de Shanghai, 2012. Source : Wikimedia / AddisWang. Licence : CC-BY-SA.
Vue des quartiers d'affaires de la ville de Shanghai, 2012. Source : Wikimedia / AddisWang. Licence : CC-BY-SA.

La hausse des prix de l’immobilier est particulièrement nette depuis le début de l’année 2016, ce mouvement ayant été soutenu par une impressionnante hausse de la demande, mettant un terme aux précédentes inquiétudes relatives aux excès d’offre (construction de villes-fantômes inoccupées).

« Le stock de biens [immobiliers] à Beijing est retombé à 12,2 mois la semaine du 10 avril 2016 après un pic à 29,7 mois le 28 février 2016, soit un déstockage incroyable de 17,5 mois en seulement six semaines. Le stock de biens à Shenzhen a lui aussi baissé de manière significative, passant de 17,3 mois la semaine du 14 février 2016 à 5 mois la semaine du 13 mars 2016 ! Quant à Shanghai, le stock est passé de 20,2 mois la semaine 8 mars 2015 à seulement 3,2 mois la semaine du 27 mars 2016. La pénurie d’offre est donc très importante » explique le stratégiste.

Les raisons de ce brutal engouement des Chinois pour l’immobilier restent incertaines, mais il est utile de rappeler à ce sujet que la fiscalité du marché immobilier a été modifiée le 1er mai 2016 en Chine, ceci ayant peut-être incité les particuliers chinois à profiter de l’ancien système fiscal pour acheter leur bien immobilier avant la fin du mois d’avril. Si tel est le cas, cela est de mauvais augure pour le dynamisme du marché immobilier chinois, qui pourrait désormais connaître le contrecoup de son euphorie de début d’année.

Dévaluation du yuan : les inquiétudes s’éloignent

Dernier sujet à ne pas omettre sur l’économie chinoise : les perspectives du yuan par rapport au dollar. La dépréciation du yuan au cours de l’été 2015 avait participé à un mouvement mondial de panique boursière, par crainte de dévaluations compétitives majeures qui n’ont pas eu lieu.

« Après la dépréciation de 6,2% du [yuan] entre le mois d’août 2015 et janvier 2016, le marché des changes chinois est entré dans une période plus calme pour les marchés financiers mondiaux : la paire USD/CNY s’est appréciée de 1,5% en mars 2016, après une légère hausse de 0,4% en février. Les réserves de change de la Chine ont donc augmenté de 410,3 milliards de dollars au mois de mars », relève le stratégiste d’Amundi. Une chose est sûre : les inquiétudes de l’année dernière semblent désormais lointaines en ce qui concerne l’évolution du yuan sur le marché des changes, même si les incertitudes persistent dans les autres domaines évoqués.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • murashig il y a 9 mois

    On oublie que la Chine est en train de faire d autres choix que le dollars pour recycler ses excedents financiers d autant que le nouveau yuan or n est pas convertible en dollars de quelques manieres que ce soit !