Quelles répercussions sur l'économie allemande du scandale VW ?

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INQUIÉTUDES QUANT AUX RÉPERCUSSIONS SUR L'ÉCONOMIE ALLEMANDE DU SCANDALE VW
INQUIÉTUDES QUANT AUX RÉPERCUSSIONS SUR L'ÉCONOMIE ALLEMANDE DU SCANDALE VW

par Michael Nienaber

BERLIN (Reuters) - Le scandale de la falsification présumée de tests d'émissions de polluants par Volkswagen a ébranlé les milieux d'affaires et politiques en Allemagne et soulève désormais des inquiétudes sur les répercussions de cette crise sur la première économie européenne.

Avec plus de 270.000 salariés en Allemagne, sans compter les emplois chez ses fournisseurs, la firme de Wolfsbourg constitue l'un des premiers employeurs du pays.

Le président du directoire de VW Martin Winterkorn a démissionné mercredi, assumant la responsabilité de ce scandale, et les économistes tentent désormais de déterminer l'impact possible de la crise Volkswagen sur une économie jusque là solide.

"Tout d'un coup, Volkswagen est devenu un risque plus important que la crise grecque pour l'économie allemande", a déclaré à Reuters Carsten Brzeski, économiste chez ING.

"Si les ventes de Volkswagen venaient à plonger en Amérique du Nord dans les prochains mois, cela aurait non seulement un impact sur le groupe mais aussi sur l'ensemble de l'économie allemande", a-t-il ajouté.

Volkswagen a vendu l'an dernier près de 600.000 véhicules aux Etats-Unis, soit environ 6% des 9,5 millions de voitures qu'il a écoulées à l'échelle mondiale.

EFFET DOMINO?

La tromperie sur les tests d'émissions de polluants par ses véhicules diesel aux Etats-Unis expose le constructeur allemand à des amendes pouvant atteindre 18 milliards de dollars (16,1 milliards d'euros).

Ce montant dépasse le bénéfice opérationnel dégagé par VW en 2014 (12,7 milliards d'euros) mais il est inférieur à sa trésorerie disponible, qui s'élève à 21 milliards d'euros.

La principale inquiétude réside donc dans la perspective de voir le groupe procéder à de nombreuses suppressions de postes.

Rien n'indiquant que Daimler ou BMW ont été confrontés à des irrégularités comparables, certains analystes ont estimé que l'impact de la crise chez Volkswagen devrait rester limité.

Néanmoins, l'action BMW décroche en Bourse de Francfort, les traders évoquant une information selon laquelle il s'est avéré que certaines de ses voitures diesel dépassaient les normes d'émissions polluantes.

Le ministère allemand de l'Economie a déclaré mercredi que le secteur automobile resterait un "pilier important" de l'économie allemande malgré la crise Volkswagen.

Mais pour certains analystes, c'est justement cette dépendance au secteur automobile qui pourrait devenir une menace supplémentaire pour une économie allemande déjà confrontée au ralentissement de l'économie chinoise et pour laquelle on attend une croissance de 1,8% cette année.

Selon Martin Gornig, expert du secteur du groupe de réflexion berlinois DIW, "si les ventes d'automobiles diminuent, cela affectera également les fournisseurs et avec eux l'ensemble de l'économie".

Le secteur automobile emploie près de 775.000 personnes en Allemagne, soit environ 2% de la population active, et génère près de 20% des exportations du pays.

"C'est pour cela que ce scandale n'est pas une bagatelle. L'économie allemande a été touchée en plein coeur", observe Michael Hüther, qui dirige l'institut IW.

LE "MADE IN GERMANY" RÉSISTE

Pour autant, certains experts se montrent moins pessimistes. "Il n'y aura pas de récession à cause d'une seule entreprise", estime Jörg Krämer, économiste de Commerzbank.

La fédération BGA des exportateurs allemands s'est également voulue rassurante. "Il n'y a pas de suspicion généralisée à l'égard des produits estampillés 'Made in Germany'", a déclaré à Reuters son directeur général Andre Schwarz, même s'il a évoqué les craintes de certaines entreprises locales face à un éventuel effet domino.

L'indice Ifo du climat des affaires en Allemagne a continué de s'améliorer en septembre, selon les résultats de l'enquête mensuelle publiée jeudi par l'institut du même nom. Selon Klaus Wohlrade, économiste de l'Ifo, le scandale VW a éclaté trop récemment pour avoir pesé sur les données de septembre mais ses éventuelles répercussions négatives se feront sentir dans la prochaine enquête mensuelle.

Alors que l'économie allemande a résisté à la crise de la dette dans la zone euro et, jusqu'ici, au ralentissement chinois, "l'ironie de la situation, c'est que la menace pourrait maintenant provenir de l'intérieur, plutôt que de l'extérieur", a souligné Carsten Brzeski.

Au lendemain de la démission de Martin Winterkorn, le titre Volkswagen poursuit son rebond et s'adjuge 3% vers 10h23 GMT.

(Avec Klaus Lauer et Gernot Heller; Myriam Rivet pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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