« Quelles perspectives 2014 pour l'économie américaine ? » - Tchat avec Anton Brender du Cercle des économistes

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L'année semble bien démarrer pour l'économie américaine. La belle progression de Wall Street fin 2013 offre de bons augures pour les prochains mois. Selon Anton Brender, la politique monétaire menée par la FED n'y sera pas étrangère. Elle jouera même un rôle crucial.

Au début de la semaine prochaine la Réserve fédérale va ralentir le rythme de ses achats d'obligations. C'est une bonne nouvelle. D'abord parce qu'elle confirme la solidité retrouvée de la croissance américaine. Il y a seulement un an, cette solidité était loin d'être acquise. La reprise engagée depuis 2010 était la plus faible de l'après-guerre et nul ne pouvait dire comment elle allait résister à deux points de PIB de restriction fiscale.

De ce point de vue, la croissance de presque 2% observée en 2013 est rassurante. Comme l'est aussi le fait qu'un compromis fiscal raisonnable ait été trouvé en décembre dernier : il laisse penser que Démocrates et Républicains ne joueront pas à nouveau avec les nerfs des marchés et des entreprises comme ils l'ont fait en juillet 2011 et en octobre dernier. Dans ces conditions la croissance américaine en 2014 devrait accélérer pour être, en moyenne annuelle, à peine inférieure à 3%.

L'amorce du « tapering » est une bonne nouvelle aussi parce qu'il confirme la prudence dont la Fed fait preuve dans la gestion du ralentissement de ses achats d'obligations : leur rythme mensuel va être réduit de 10 milliards de dollars (à 75 milliards au lieu de 85), ce qui ne devrait avoir qu'un effet modeste sur le marché obligataire (d'autant que le déficit public s'étant réduit plus vite que prévu, le rythme des émissions d'obligations du Trésor est très inférieur à ce que l'on attendait il y a un an !).

Cette prudence s'explique. Une hausse trop forte des taux à long terme pourrait représenter un risque pour la reprise des achats immobiliers des ménages et la Fed veut l'éviter. L'épisode qui a suivi l'annonce en mai dernier d'un possible « tapering » lui a servi de leçon. Le mini-krach obligataire qui s'est alors produit a montré que les marchés avaient du mal à dissocier sa gestion de la politique d'assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) de sa gestion du niveau des taux directeurs. Elle a donc déployé depuis un effort particulier pour s'expliquer, allant même jusqu'à ajouter dans son communiqué de décembre dernier que ses taux resteraient bas « bien après que le taux de chômage soit tombé sous les 6,5 % ». Elle semble pour l'instant avoir réussi : au moment où le « tapering » commence effectivement, les taux obligataires n'ont progressé que de quelques points de base et les Bourses ont maintenu leur hausse.

Bien sûr, le risque d'une remontée forte et brutale des taux à long terme demeure, surtout si la croissance des prochains trimestres devait paraître plus forte qu'attendue. Il ne faudrait toutefois que quelques mois pour que les effets de cette hausse des taux sur le marché immobilier se fassent sentir, et que l'on comprenne que la Fed maintiendra ses taux directeurs bas plus longtemps encore ! Le marché obligataire risque de rester une source de volatilité en 2014, mais la détermination de Janet Yellen, et la meilleure santé de l'économie devraient permettre à la Bourse américaine de continuer de progresser.

Anton Brender


Anton Brender, chef économiste de Dexia AM, vous répondra lundi 6 janvier à 17h. A vos questions !

Anton BRENDER est chef économiste de Dexia Asset Management depuis 2002. Détenteur d'un Doctorat en économie de l'Université Paris I, il a commencé sa carrière au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales). Directeur de cet institut en 1990, il rejoint CPR en tant que chef économiste en 1992. Anton Brender est professeur associé honoraire à l'Université Paris-Dauphine, il a publié de nombreux ouvrages dont « La crise des dettes souveraines » avec Florence Pisani et Emile Gagna (La Découverte, 2012).

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.