« Quelle stratégie économique pour la France ? » par Christian Saint-Etienne (Cercle des économistes)

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Le taux de marge des entreprises françaises est inférieur d'un tiers à celui des entreprises des pays qui sont nos principaux concurrents selon Christian Saint-Etienne.
Le taux de marge des entreprises françaises est inférieur d'un tiers à celui des entreprises des pays qui sont nos principaux concurrents selon Christian Saint-Etienne.

Les détails du budget 2015 de la France seront annoncés mercredi 1er octobre. Budget de la dernière chance pour le gouvernement dans le contexte économique actuel ? Pour Christian Saint-Etienne, Matignon doit faire son aggiornamento, notamment sur la politique fiscale.

La situation économique du pays est catastrophique. Nos échanges extérieurs sont déficitaires depuis 2005 et le déficit de la balance courante a atteint près de 2% du PIB en 2011-2013. La production industrielle est tombée en 2014 au niveau de 1994, le déficit public est au-dessus de 4% du PIB et la dette publique continue de dériver. Sur la base de ce premier diagnostic, on peut se demander, comme Manuel Valls, comment combiner croissance et économies budgétaires ? 

Quelle est la gravité de la situation ? Le dernier point haut de l'économie française a été atteint en 1999. Au cours des quinze années suivantes, la part de la production industrielle dans le PIB a baissé de 30%, la part des exportations françaises dans les exportations mondiales a chuté de plus de 40%, et surtout, le taux de marge de nos entreprises est inférieur d'un tiers à celui des entreprises des pays qui sont nos principaux concurrents. Financièrement exsangues, trop spécialisées dans des productions de moyenne gamme, nos entreprises sont incapables de garder leurs parts de marché dans la zone euro et de profiter de la croissance mondiale hors zone euro.

La situation était déjà difficile en 2012 lorsque François Hollande a été élu. Mais par la loi de Finances de 2013 votée à l'automne 2012, le gouvernement  a augmenté massivement la fiscalité sur le capital et les entrepreneurs, alors que la troisième révolution industrielle est hyper-capitalistique et hyper-entrepreneuriale. Il a ensuite changé d'approche en mettant en place le CICE et le pacte de responsabilité.

Que peut-on faire de plus pour relancer la croissance tout en réduisant les déficits ? Il n'est pas souhaitable d'augmenter les impôts et des coupes trop fortes dans les dépenses immédiates pourraient fragiliser les perspectives de reprise. C'est la dépense publique future qu'il faut réduire en mettant en ½uvre une vraie réforme des retraites (âge de départ portée à 64 ans et durée de cotisation à 44 ans d'ici 2014) et en revenant à la dégressivité des allocations chômage. Ces mesures ont en outre l'effet d'augmenter la croissance potentielle.

Mais pour stimuler cette dernière, il faut également signaler plus vivement le changement de politique aux investisseurs internationaux en ramenant le taux d'impôt sur les sociétés à 20% pour les bénéfices mis en réserve, et en instaurant un amortissement accéléré sur la période octobre 2014 - décembre 2015. La mesure doit être annoncée dès le 1er octobre.

Il faut consolider le tout en effaçant la réforme néfaste de la fiscalité du capital de l'automne 2012. Il faut adopter, comme en Suède, un prélèvement forfaitaire de 30% sur tous les revenus du capital. Mais Manuel Valls osera-t-il aller aussi loin ? Il y a une voie pour sortir le pays de la nasse. Souhaitons que Manuel Valls la trouve, et vite.

Christian Saint-Etienne

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire Jean-Baptiste Say d'économie industrielle au Conservatoire national des Arts et Métiers, président de l'Institut France stratégie. Docteur d'Etat es Sciences économiques il a été économiste au FMI et à l'OCDE.

Ses principaux domaines d'expertise sont : Politique monétaire et financière ; finances publiques et fiscalité ; stratégie et compétitivité des Etats et des entreprises.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M6590582 le mardi 30 sept 2014 à 16:52

    Pourquoi l'âge de départ à la retraite devrait être à 64 ans et non pas à 65?

  • lubek le mardi 30 sept 2014 à 15:23

    Les dépenses de l'Etat augmentent et ses recettes diminuent car les économistes ont inventé la "libre circulation de l'argent " et la "libre circulation des biens" ce qui a permis les délocalisations. Donc le peuple vit de plus en plus nombreux des subsides de l'Etat qui en est réduit à imposer l'argent qu'il distribue mais comme il ne peut pas tout prendre il est en déficit de plus en plus grand. CQFD.

  • ceriz le mardi 30 sept 2014 à 14:33

    le vrai problème est la monsieur l'économiste : arrêtez de prendre les gens pour des navets! certains en ont autant ou plus que vous Monsieur...........LE PREMIER PROBLEME DE LA NATION : c la pléthore d'élus et de politicards! 602000 en france! qui ne servent à rien! ils vivent sur nos impôts! et des résultats médiocres!il faut en virer la moitié

  • M2913188 le mardi 30 sept 2014 à 12:07

    toujours les mêmes antiennes...la seule question que ne posera jamais un économiste impartial : le taux de distribution des dividendes a-t-il à voir avec la faiblesse de la R&D privée (qui est une des plus faibles d'Europe). Sans innovation, la compétitivité restera lettre morte. Taper sur les revenus des classes moyennes pour tout résoudre est une doctrine politique au service d'intérêts minoritaires qui ne se cache même plus...

  • M5421228 le mardi 30 sept 2014 à 09:18

    Bizarre....Lorssqu'il s'agit de cotisation sociale, c'est toujours des coûts, alors que lorsqu'on par le de dividende on sous-entend du bénéfice !Et si on baissait les dividendes, n'aurait-on pas une augmentation du résultat afin que les entreprises ne soient plus "financièrement exsangue" ? cela permettrait aussi de pouvoir investir et sortir du moyenne -gamme ?Christian Saint-Etienne a l'air très engagé politiquement, mais on ne peut pas dire qu'il soit un économiste objectif !

  • slivo le mardi 30 sept 2014 à 08:55

    "Professeur, Docteur, Economiste". Version Cambadélis ? J'aimerais voir si la paume de ses mains est pleine de callosités ou douce comme celle d'un bébé qui n'a jamais travaillé.

  • mbj335 le mardi 30 sept 2014 à 08:49

    Il faut aussi plafonner et re-répartir les retraites, aucun retraité n'a besoin de plus de 5000 euros/mois pour vivre, tous les retraités ont besoin d'au moins 1000 euros/mois en revanche.

  • ceriz le mardi 30 sept 2014 à 02:01

    LE PREMIER PROBLEME DE LA NATION : c la pléthore d'élus et de politicards! 602000 en france! qui ne servent à rien! ils vivent sur nos impôts! et des résultats médiocres!il faut en virer la moitié

  • CHAKHO le mardi 30 sept 2014 à 01:12

    Compte tenu du niveau de la population qui a été ramenée, la France ne peut que régresser.

  • knbskin le mardi 30 sept 2014 à 00:55

    Exact, M2905661, dans l'Educ Nat, plus on est qualifié, mieux on est payé et moins on bosse ! :D L'auteur est manifestement mandaté pour nous enfoncer dans le crâne que le problème, c'est les retraites, et pas les polyt0cards en surnombre, les fonctionnaires inutiles, et les assistés innombrables ... :D