« Quelle est la nature de la crise des pays émergents ? Vers une démondialisation ? » par Jean-Luc Buchalet du Cercle des analystes indépendants

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Jean-Luc Buchalet, associé chez PrimeView et PDG de Pythagore
Jean-Luc Buchalet, associé chez PrimeView et PDG de Pythagore

Certains pays émergents ont vu chuter leur monnaie et suscitent désormais la méfiance des marchés. Une crise qui va durer analyse Jean-Luc Buchalet, associé-fondateur du bureau d'analyse PrimeView, PDG de Pythagore Investissement.

Le doute semble s'être installé chez les investisseurs ces derniers mois : et si le ralentissement en cours dans les pays émergents était moins conjoncturel que structurel.

Nous penchons pour un ralentissement durable, pour trois raisons :

D'abord parce que la source de demande ayant consisté en l'insatiable soif de consommation des ménages des pays riches est en train de se tarir : l'évolution démographique de ceux-ci devient défavorable, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, en lien avec le recul des cohortes de super consommateurs (les personnes âgées de 45 à 54 ans), au profit de personnes plus âgées qui consomment naturellement moins (les séniors). D'autre part, la solvabilité des ménages occidentaux devrait rester sous pression. Ils sont toujours dans un cycle de désendettement et le financement de la protection sociale et des retraites est loin d'être financé. Le monde, quelles que soient les régions, est confronté à un déficit de demande liée à un partage de la valeur ajoutée trop défavorable aux salariés.

Ensuite, les pays émergents sont désormais frappés par un phénomène structurel de perte accélérée de compétitivité, conséquence directe de l'hyperinflation des coûts de production (tout particulièrement en Chine et au Brésil) et de la robotique. Face à ce phénomène, il n'existe qu'une échappatoire : la montée en gamme. Mais le chemin pour y parvenir sera long et chaotique : les réformes profondes qu'elle nécessite (éducation, systèmes de prise en charge, institutionnalisation du débat contradictoire pour favoriser la R&D, etc...) seront coûteuses et parfois antinomiques avec le pouvoir en place (Chine et Russie en premier lieu). Autre fléau qui assombrit l'horizon pour les émergents, la pandémie de la corruption qui rend difficile toute tentative visant à redistribuer plus équitablement la richesse permettant la constitution d'une classe moyenne suffisamment large. Le poids des ménages des pays émergents dans la consommation mondiale n'est que de 28% alors qu'ils totalisent 67% de la population mondiale. Les Etats-Unis qui pèsent moins de 5% du total, représentent autant avec 27% !

Enfin, l'environnement monétaire, même s'il ne devrait pas se tendre brutalement avant 2015, a tendance à devenir moins favorable. Au même titre que les pays émergents avaient été les premiers bénéficiaires de cette forte liquidité, ces pays subissent le retrait de capitaux associés à la réduction de la voilure de la Fed. Les derniers épisodes nous ont donné un avant-goût de ce qui pourrait se produire en cas de mise en place d'une remontée des taux directeurs. L'accélération de l'activité américaine, qui a la capacité d'autoalimenter sa croissance, va dans ce sens. Dans ces phases de restriction monétaire, les bourses émergentes sous performent leurs homologues occidentaux.

Lorsque l'on connait la dépendance de l'ensemble des émergents à la Chine, (qui a initié le grand cycle des matières premières depuis son entrée dans l'OMC en 2001 et contribué depuis 2008 à 39% à la croissance mondiale), une solution serait que cette dernière réussisse à s'absoudre des ménages occidentaux, et à lui substituer le consommateur chinois. Nous ne croyons pas que cela soit possible à court terme, car les réformes structurelles à engager pour y parvenir auront du mal à être assumées par le Parti communiste à cause de ses effets sécessionnistes : il faudrait d'abord fermer le robinet du crédit. L'endettement public et privé chinois est passé de 130% à 220% du PIB ces 5 dernières années, niveau comparable à celui des Etats-Unis et de l'Europe, générant une allocation de l'épargne particulièrement mauvaise et la constitution d'une finance de l'ombre. Il faudrait, d'autre part, ralentir l'investissement mais celui-ci pèse trop dans le PIB avec 44%. Il faut aujourd'hui deux fois plus de capital qu'en 2006 pour créer le même niveau de croissance entraînant une chute de la rentabilité financière. Enfin, les autorités à Pékin devraient laisser faire faillite un bon nombre d'entreprises aux taux de marge trop faibles, afin de résorber les surcapacités. En plus, le vieillissement accéléré de la population chinoise ne facilitera pas les réformes.

Les années à venir devraient être bien plus complexes à gérer pour ces pays encore jeunes, habitués à vivre avec des niveaux de croissance anormalement élevés. Dans ces conditions, les pays occidentaux, les États-Unis en premier lieu, devraient profiter de cette démondialisation grâce à ce nouveau cycle de nouvelles technologies et de robotique où l'Occident reste largement dominant.

Jean-Luc Buchalet

    

« Quelle est la nature de la crise des pays émergents ? Vers une démondialisation ? » par Jean-Luc
« Quelle est la nature de la crise des pays émergents ? Vers une démondialisation ? » par Jean-Luc Buchalet du Cercle des analystes indépendants

Le Cercledes analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • guerber3 le mercredi 26 fév 2014 à 08:49

    Le risque des pays émergents est qu'ils ne peuvent pas fabriquer de fausse monnaie...le monde qui marche sur la tête...!

  • aven007 le vendredi 14 fév 2014 à 11:47

    Un peu plus dans le consensus .Toujours à l'envers sur les marchés

  • mark92 le jeudi 13 fév 2014 à 20:33

    Encore un analyste qui avait prévu la crise de 2008 en 2012.

  • Chriba le jeudi 13 fév 2014 à 17:33

    Tout à fait d'accord avec cet article. Investir dans les pays émergents reste très risqué : http://www.en-bourse.fr/faut-il-investir-dans-les-pays-emergents/

  • guyguy16 le jeudi 13 fév 2014 à 17:03

    On commence à se rendre compte que le papier monnaie n'est que du papier,la monnaie electronique que des electrons et que seul l'or physique est palpable et non imprimable à l'infini.A vos coffres!!!!!!!!!!!!

  • 66michel le jeudi 13 fév 2014 à 11:19

    remimar3 @ et les robots ne serviront à rien puisque plus personne n'aura les moyens pour les faire fonctionner. c'est la logique de l'absurde

  • remimar3 le jeudi 13 fév 2014 à 08:43

    Quand il y aura des robots partout, comment occuper et nourrir la population mondiale ?

  • lfromont le mercredi 12 fév 2014 à 18:58

    Bonne analyse cependant il y a un autre danger et phenomene : c'est la saturation de la consommation en quantite dans les marche developpe. La maigre croissance ne se realise que par l'inflation et la montee en gamme de tous les biens de consommation. Cette tendance est desormais a la peine du fait de la mauvaise repartition de la valeur ajoutee...