Quel rôle a joué Charaffe al Mouadan le 13 novembre ?

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PARIS (Reuters) - La question d'une implication dans les attentats du 13 novembre en France de Charaffe al Mouadan, un cadre de l'organisation Etat islamique (EI) tué en Syrie par un raid aérien, reste entière, a-t-on déclaré mercredi à Reuters de source judiciaire.

On a par ailleurs confirmé de même source des informations du quotidien Le Monde selon lesquelles ces attentats auraient pu être pilotés par un homme non identifié depuis la Belgique.

Charaffe al Mouadan, 26 ans, de parents originaires du Maroc, qui a grandi et travaillé en banlieue parisienne, est un des dix responsables de l'EI dont la mort a été annoncée mardi par un porte-parole américain de la coalition internationale engagée dans la lutte contre cette organisation.

Selon le colonel Steve Warren, il avait un "lien direct" avec le chef opérationnel présumé des attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts, Abdelhamid Abaaoud, abattu par la police le 18, à Saint-Denis, au nord de Paris.

Il avait aussi des liens avec un membre du commando auteur du massacre de la salle de spectacle du Bataclan, Samy Amimour, confirme-t-on de source judiciaire.

"La question reste entière quant à son éventuelle implication dans les attentats du 13 novembre", ajoute-t-on. "Dès lors qu'il était en contact avec Amimour, toutes les questions doivent se poser."

D'autant qu'il était peut-être aussi en contact avec un autre membre du commando du Bataclan, Omar Ismaïl Mostefaï.

"On peut supposer qu'ils se connaissaient", a-t-on dit à Reuters.

PILOTAGE DEPUIS LA BELGIQUE ?

Charaffe al Mouadan, bachelier et détenteur d'un diplome de technicien en informatique, a été mis en examen le 19 octobre 2012 avec Samy Amimour et un autre de ses amis, Samir Bouabout, "pour association de malfaiteurs" en vue de la préparation d'actes terroristes, précise-t-on de même source.

Ils étaient alors soupçonnés d'avoir préparé leur départ pour le Yémen ou la frontière pakistano-afghane. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire.

Selon des informations de presse, Charaffe al Mouadan s'était radicalisé sur internet par le biais de vidéos d'un prédicateur, ce que confirme une source proche de l'enquête, mais il n'avait jusque-là pas de casier judiciaire.

Il avait même fréquenté un club de tir de la police dans le XVIIIe arrondissement de Paris, précise-t-on de même source.

Mais il est parti en août 2013 en Syrie avec son épouse, contrevenant à son contrôle judiciaire. Il sera suivi quelques semaines plus tard par Samy Amimour et Samir Bouabout.

"A priori, c'était lui le leader de leur groupe", a déclaré à Reuters Jean-Christophe Lagarde, le maire centriste de Drancy, où Charaffe al Mouadan s'était installé. "D'après la famille d'Amimour, il avait pris du galon dans Daech (acronyme arabe de l'EI), plus que les deux autres."

Un autre indice pointe vers une possible implication de Charaffe al Mouadan, surnommé Souleymane ou Abou Souleymane : selon une source proche de l'enquête un membre du commando du Bataclan a été entendu prononçant ce nom.

On invite cependant, de source judiciaire, à prendre cet indice avec la plus grande prudence.

Le Monde révèle par ailleurs que le commando qui a mitraillé des terrasses de café le 13 novembre et celui du Bataclan correspondaient avec des numéros de téléphone localisés dans les environs de Bruxelles.

"Les enquêteurs pensent qu'au moins un homme chapeautait les opérations depuis les environs de Bruxelles", écrit le quotidien.

"Les informations du Monde sont exactes", a-t-on confirmé à Reuters de source judiciaire.

(Emmanuel Jarry, avec Ingrid Melander, édité par Jean-Baptiste Vey)

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