Quel président pour quelle UMP ?

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ÉLECTION CE DIMANCHE DU PRÉSIDENT DE L'UMP
ÉLECTION CE DIMANCHE DU PRÉSIDENT DE L'UMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'UMP élit dimanche son président au terme d'une âpre campagne qui augure d'un avenir orageux pour la première force d'opposition française, confrontée à la nécessité d'une clarification idéologique face au Front national.

L'ancien Premier ministre François Fillon et le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé sont en lice pour succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du parti néo-gaulliste créé en 2002 pour unir les chapelles de la droite et aujourd'hui menacé de renouer avec les guerres fratricides du passé.

"Est-ce qu'on se retrouve dans la situation de l'après-7 mai 1995 où un camp dégage l'autre par rancoeur ? C'est le scénario de la pièce qui se joue, c'est la présidentielle de 2017 qui se joue", analyse un responsable de l'UMP.

Les adhérents à jour de cotisation (264.137 au 30 juin) sont invités à départager Fillon "le rassembleur", 58 ans, et Copé "le résistant", 48 ans, par un vote papier dans des bureaux répartis dans les 577 circonscriptions, de 09h00 à 18h00.

Les militants désigneront un "ticket" (président, vice-président, secrétaire général) et se prononceront en parallèle sur différentes "motions" qui, si elles obtiennent au moins 10% des suffrages, deviendront des "mouvements", autre nouveauté à droite où la culture monolithique du chef prédomine.

Les résultats devraient être proclamés tard dans la nuit par la Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales (Cocoe), qui s'est engagée à garantir la transparence d'un vote sur lequel pèsent des soupçons d'irrégularité dans les deux camps.

L'issue du scrutin, exercice démocratique sans précédent pour l'UMP, reste incertaine même si les enquêtes auprès des sympathisants de l'UMP prédisent systématiquement la victoire de François Fillon. Le nombre des votants potentiels reste en effet imprécis, car les adhérents ayant acquitté leur cotisation en 2011 peuvent la renouveler jusqu'au jour du vote.

DEUX DROITES ?

La participation constitue donc une inconnue pour les deux états-majors. Les sondeurs conviennent qu'un faible taux de participation, porté par les plus radicaux des adhérents, favoriserait le député-maire de Meaux qui s'est inscrit dans les pas de Nicolas Sarkozy, indétrônable champion de la base.

"Moins il y aura de votants, plus ce sera Copé. Ce seront les purs et durs qui se prononceront", confirme un proche de l'ex-président, dont l'ombre plane sur le vote.

Celui qui sera élu dimanche incarnera l'opposition à François Hollande jusqu'en 2015 mais prendra aussi une option pour la présidentielle de 2017 avec le risque potentiel d'affronter Nicolas Sarkozy lors de primaires d'investiture.

François Fillon, qui assume le "quinquennat tonitruant" de Nicolas Sarkozy tout en s'en démarquant par touches, a d'ores et déjà pris date pour cette échéance en assimilant ce vote à "une primaire avant l'heure". Jean-François Copé, lui, a assuré qu'il s'effacerait au profit du vainqueur de 2007 si celui-ci venait à réintégrer l'arène politique.

L'actuel secrétaire général de l'UMP, qui n'a jamais caché ses ambitions élyséennes, préfère se fixer pour horizon les élections municipales de 2014 en promettant "une vague bleue".

Si les rivaux se sont différenciés par leur stratégie, ils n'ont guère montré de divergences idéologiques : le "gaulliste social" et le "libéral" s'accordent sur les dossiers économiques (réduction des déficits, suppression des 35 heures, flexibilité du marché du travail) comme sociétaux (non au droit de vote des étrangers, refus du mariage homosexuel).

Les analystes estiment toutefois que le centre de gravité idéologique de l'UMP se déterminera dimanche dans les urnes.

Une UMP "copéiste", "décomplexée", qui flirte avec les thèmes du Front national pour reconquérir les électeurs de Marine Le Pen, comme Nicolas Sarkozy y parvint en 2007, ou une UMP "filloniste" et "rassembleuse" qui élargit son spectre électoral jusqu'au centre-gauche pour renouer avec la victoire.

"LES ATRIDES"

"Les militants sont massivement sarkozystes, c'est plus que de la nostalgie. Avec Fillon, qui a une perception plus centriste, on peut craindre que ça favorisera le Front national", estime un proche de Nicolas Sarkozy.

Pour Eric Ciotti, directeur de campagne de François Fillon, "si Jean-François Copé devait être élu à la présidence de l'UMP, le bail des socialistes risquerait d'être prolongé". Et l'UMP d'imploser, ajoute le député de Paris dans Le Figaro.

François Fillon a accusé son adversaire de "cliver" avec des sujets qui "déchirent la société" comme le "racisme anti-Blancs" ou les dérives supposées du ramadan pour "rechercher le buzz à tout prix".

"J'ai bien entendu qu'il faudrait plutôt donner des virages à droite, puis des virages à gauche, puis des virages au centre. Il me semblait qu'on avait déjà payé assez cher comme ça pour voir", a répliqué Jean-François Copé.

Les duellistes ont parcouru la France durant près de six mois pour défendre leur "ligne", avant tout affaire de personnalité et de style. "François Fillon, c'est Barack Obama, Copé, c'est Mitt Romney", avance Roselyne Bachelot, proche de l'ancien Premier ministre.

Offensives frontales, attaques voilées, intimidations, coups de bluff : la campagne, qui s'est durcie dans la dernière ligne droite, laissera des traces et inquiète les caciques.

"C'est les Atrides, je ne m'attendais pas à ce qu'on atteigne un tel degré de haine", soupire un élu en référence à la légende qui raconte l'histoire d'un affrontement fratricide.

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a appelé à "un pacte d'unité" pour des lendemains pacifiques. Il reste à écrire.

Edité par Yves Clarisse

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