"Quel nouveau visage pour la téléphonie mobile en France?" par Dominique Roux du Cercle des économistes

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La reconfiguration du secteur de la téléphonie mobile est en cours.
La reconfiguration du secteur de la téléphonie mobile est en cours.

Avec la mise en vente de SFR, une reconfiguration du secteur est en cours. Selon Dominique Roux, cette opération particulièrement importante - de l'ordre de 15 milliards d'euros - devrait donner un nouveau visage au secteur de la téléphonie mobile en France.

L'arrivée de Free en 2012 sur le marché des mobiles a proprement bouleversé le secteur des télécoms. Le confort dans lequel s'étaient installés les trois premiers opérateurs de mobile a été brutalement remis en question. Les baisses de prix très fortes proposées par le nouvel entrant (20 à 30%) ont obligé tous les opérateurs à revoir en profondeur leur stratégie commerciale et ont sérieusement écorné leurs marges. Ces nouveaux tarifs ont été plébiscités par les consommateurs, puisqu'en deux ans plus de sept millions d'utilisateurs ont choisi le nouvel entrant.

Ces nouveaux tarifs ont favorisé le développement de la plupart des usages comme le montre le  dernier baromètre de l'économie numérique de l'université Paris Dauphine, mais ils ont aussi stimulé les achats de nouveaux équipements. Des esprits chagrins ont évidemment considéré que ces nouveaux tarifs très bas étaient défavorables à l'emploi et devaient  être contrôlés. Or, ces mêmes esprits chagrins,  trouvaient il y a peu de temps encore que les prix des services mobiles étaient trop élevés ! Tout le monde s'accorde pour dire que le développement du numérique est essentiel  pour améliorer la compétitivité et l'efficacité des entreprises, c'est pourquoi ces baisses de prix sont un réel facteur de stimulation de nouveaux services dans le domaine numérique.

Depuis l'annonce de la vente de SFR, deux acheteurs se sont déclarés : le câblo-opérateur Numéricâble et l'opérateur Bouygues télécom. Si  Bouygues Télécom  l'emporte,  il n'y aura alors plus que trois opérateurs de mobiles en France. Avec quelques 32 millions d'abonnés, cette nouvelle société deviendra le numéro 1 français,  suivi d'Orange et ses 27 millions d'abonnés, et pour fermer la marche : Free et ses 7,5 millions de clients. Pour éviter les remontrances de l'autorité de la concurrence, Bouygues  télécom a annoncé hier la vente de son réseau à Free qui va ainsi pour 1,8 milliards disposer immédiatement de 15 000 stations de base pour poursuivre plus rapidement le déploiement de son réseau. Ce nouveau groupe aura ainsi une puissance de feu importante pour développer les réseaux 4G voire demain la 5G. Néanmoins, ce passage à un triopole devra être surveillé par les autorités de la concurrence et le régulateur, l'ARCEP, pour éviter la tentation des opérateurs de reconstituer trop rapidement leur marge en augmentant les prix.

Si l'acheteur est Numéricable le nouveau groupe pourrait avoir aussi une grande efficacité en particulier dans le très haut débit fixe grâce au réseau câblé en fibres optiques de l'acheteur associé au réseau mobile existant de SFR. Un puissant opérateur verrait ainsi le jour mais au « grand dam » de Bouygues Télécom qui risquerait d'être ainsi marginalisé, avec comme seule solution de se rapprocher de Free.

Quelque soit la solution qui sera retenue, la reconsidération du secteur se poursuivra avec le cas de Free qui serait obligé de se rapprocher soit de Bouygues Télécom soit de Numéricable pour assurer sa pérennité. Au delà de l'impact sur les usagers, ces rapprochement entre opérateurs sont essentiels pour doter la France non seulement de services bon marché mais aussi d'infrastructures efficaces dans le domaine du numérique. Il faut aller vite pour ne pas se laisser distancer par nos concurrents européens qui, pour certains, ont déjà quelques longueurs d'avance. Affaire à suivre...

Dominique Roux

Dominique Roux est professeur à l'Université de Paris Dauphine et président de Bolloré Télécom, il est également directeur du Master Management des télécommunications et des nouveaux médias et directeur scientifique de la Chaire économie numérique. Docteur en sciences économiques et en sciences de gestion, agrégé de sciences de gestion, Dominique Roux est administrateur de 1000Mercis et ancien membre de l'Autorité française de régulation des télécommunications. Il est l'auteur entre autres dans la collection « Que sais-je ? » des 100 mots de l'internet, et des 100 mots des télécommunications.

Ses principaux domaines d'expertise sont les télécommunications et les nouveaux médias.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur www.lecercledeseconomistes.asso.fr.

 

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  • M4145072 le lundi 10 mar 2014 à 13:42

    Ils servent à quoi ces gens-là ?

  • roureber le lundi 10 mar 2014 à 11:31

    à la soupe !

  • DADA40 le lundi 10 mar 2014 à 11:16

    Cela va permettre de ne pas multiplier les réseaux et si cela se traduisait par une meilleure couverture du pays cela n'en serait que mieux. De toutes façons, ils seront obligés de s'entendre sur les prix.

  • DADA40 le lundi 10 mar 2014 à 11:15

    Si on comprend bien ce qu'il dit, il n'y a que 3 opérateurs potentiels Bouygues-SFR, Orange et Free soit Orange, Bouygues-Free et SFR-Numéricable. Cela veut dire qu'il n'y a effectivement la place que pour 3.