Quatorze morts à Kiev, la police avance sur Maïdan

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LA TENSION GRIMPE ENCORE À KIEV
LA TENSION GRIMPE ENCORE À KIEV

par Pavel Polityuk et Richard Balmforth

KIEV (Reuters) - La police anti-émeutes a commencé mardi soir à avancer sur la place de l'Indépendance occupée depuis des semaines par des manifestants à Kiev au terme de la journée la plus sanglante en Ukraine, avec 14 morts, depuis le début du mouvement de contestation contre le président Viktor Ianoukovitch en novembre.

Les manifestants ont riposté à l'aide de bombes incendiaires, de feux d'artifice et de pierres face à la lente progression des forces de l'ordre, qui se sont ébranlées quelques heures après un ultimatum de la Sûreté de l'Etat menaçant de "mesures sévères" les occupants de la place de l'Indépendance, appelée Maïdan.

Sur des images retransmises en direct par la télévision ukrainienne, on pouvait voir les policiers anti-émeutes tirer des grenades assourdissantes en direction des manifestants dont seul les séparait un rideau de flammes s'échappant de tentes, de pneus et de morceaux de bois en train de brûler.

Vitali Klitschko, l'un des chefs de file de la contestation, s'est rendu dans la soirée au siège de la présidence pour y rencontrer Viktor Ianoukovitch, a dit sa porte-parole. Une heure plus tard, l'ancien boxeur et un autre leader de la contestation, Arseni Iatseniouk, attendaient toujours d'être reçus par le chef de l'Etat, a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tôt, par crainte d'un assaut imminent des forces de l'ordre, Vitali Klitschko avait invité les femmes et les enfants à quitter Maïdan pour "éviter de nouvelles victimes".

Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui appuient les revendications de l'opposition, ont mis en garde Viktor Ianoukovitch contre la tentation de réprimer par la force ce mouvement de contestation.

PLUSIEURS HEURES D'AFFRONTEMENTS

La Russie, qui soutient le pouvoir actuel, accuse les pays occidentaux d'ingérence. Elle a déclaré que le déchaînement de violences mardi était la "conséquence directe de la connivence de responsables politiques occidentaux et des structures européennes qui ont fermé les yeux (...) sur les actions agressives de forces radicales".

Le mouvement de contestation a éclaté en novembre après son refus de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'Union européenne au profit d'un rapprochement avec la Russie, l'ancienne puissance tutélaire du temps de l'URSS.

Les violences survenues mardi à Kiev sont les plus meurtrières en Ukraine depuis l'indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique en 1991.

Pendant plusieurs heures, manifestants et forces de l'ordre se sont affrontés aux abords du Parlement.

Une porte-parole de la police a fait état de sept civils et six policiers tués pour des raisons diverses, allant de blessures par balles, accident de la circulation ou encore crise cardiaque. Un représentant des manifestants a signalé le décès d'un civil supplémentaire.

Organisation d'extrême droite active dans la contestation, Praviy Sektor (Secteur droite) a contribué au climat de tensions en appelant tous les détenteurs d'armes à se rendre sur la place de l'Indépendance pour la défendre face aux forces de l'ordre.

L'ALLEMAGNE ÉVOQUE DES SANCTIONS

Le commissaire européen à l'Elargissement, Stefan Füle a exprimé son émotion et son inquiétude face à "la vision des Berkout (la police anti-émeutes, NDLR) avec des kalachnikovs". Selon lui, le Premier ministre ukrainien par intérim lui a garanti que les forces de l'ordre feraient tout pour éviter d'avoir à utiliser leurs armes.

"Pour le bien des Ukrainiens et pour l'avenir de ce pays, je vais prier pour qu'il ait raison", a-t-il dit.

A Washington, la Maison blanche a déclaré que les Etats-Unis étaient choqués par les violences survenues à Kiev et qu'ils exhortaient Viktor Ianoukovitch à renouer le dialogue avec l'opposition. "La force ne résoudra pas la crise", a déclaré Jay Carney, porte-parole de Barack Obama.

Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, qui a tenté à deux reprises une médiation en Ukraine, a invité le président à "s'attaquer aux racines de la crise".

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a appelé son homologue ukrainien pour le mettre en garde contre un basculement du pays dans la violence et pour inciter son gouvernement à rechercher une solution politique à la crise. Il a par la suite brandi la menace de sanctions contre les dirigeants ukrainiens.

La police anti-émeutes ukrainienne est intervenue sur la place de l'Indépendance quelques heures après le versement par la Russie d'une nouvelle tranche d'aide de deux milliards de dollars (1,46 milliard d'euros) à l'Ukraine, dans le cadre d'un plan global de 15 milliards de dollars conclu en décembre.

Avec Marcin Goettig à Kiev, Alexandra Hudson à Berlin, Eric Beech à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Ardian Croft à Bruxelles et nna Wlodarczak-Semczuk à Varsovie; Bertrand Boucey pour le service français

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  • knbskin le mercredi 19 fév 2014 à 12:25

    Mouais, rene1596 ... Ne pas oublier tout de même que la tribu varègue des "Rus" s'est bel et bien installée dans les plaines de l'Ukraine pendant les migrations pendulaires des susdits varègues entre scandinavie et Byzance. Puis les susdits rus sont devenus princes de Kiev et "inventeurs" de l'actuelle civilisation russe. Ca ne s'oublie pas facilement ...

  • M9095115 le mercredi 19 fév 2014 à 00:35

    Les Ukrainien ont droit aussi à l'indépendance de la Russie.C'est leur choix.Ils en ont marre de leur tutelle

  • delapor4 le mercredi 19 fév 2014 à 00:06

    Quand l'Occident soutient les émeutiers, ils cessent d'être des nationalistes d'extrême droite. Comme c'est curieux.

  • nayara10 le mardi 18 fév 2014 à 23:44

    DONNONS-LEUR L'ASILE POLITIQUE....A PARIS !!!!!!!.....

  • LeRaleur le mardi 18 fév 2014 à 23:06

    Guerre civile en perspective fomentée par les USA+UE pour enquiquiner Poutine.