Quand Vichy a failli tuer le derby dans l'œuf….

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Quand Vichy a failli tuer le derby dans l'œuf….
Quand Vichy a failli tuer le derby dans l'œuf….

Le derby entre Saint-Étienne et Lyon propose un énième acte de son mélodrame ce soir. Les supporters se détestent avec conviction et les dirigeants miment avec une gourmandise commerçante la comédie pour essayer de maintenir en vie une rivalité si rentable. Pourtant les deux clubs ont failli fusionner. La faute à un régime de Vichy qui n'aimait ni le foot ni le professionnalisme, et encore moins le peuple du ballon rond... Récit de l'incroyable saison 1943-1944 du " Lyon-Lyonnais ".4 juillet 1943. Dans son rapport mensuel envoyé à Vichy, le préfet de la Loire s'inquiète que la suppression de l'équipe de foot professionnelle de Saint-Étienne, à la suite de la réorganisation du championnat de première division autour d'équipes régionales, déclenche "une très forte effervescence". L'ampleur du mécontentement le pousse à demander une "reconsidération de décision". Onze jours plus tard, le haut fonctionnaire essaye toujours de convaincre sa hiérarchie au nom du maintien de l'ordre public : " La présence à Saint-Étienne d'une bonne équipe de football a une influence d'ordre moral sur la jeunesse et en particulier la jeunesse ouvrière des houillères. " Il n'est pas nécessaire de rappeler à quel point il fut rare, voire exceptionnel, que ces fidèles serviteurs de l'État s'opposent aux décisions émanant, y compris indirectement, du maréchal Pétain.

Ce cri d'alarme survient pourtant à un moment particulier. Le foot français aborda la difficile période de l'occupation alors qu'il traversait déjà une période cruciale de son évolution. Le professionnalisme venait tout juste d'être instauré, notamment sous l'impulsion des clubs liés, comme Sochaux ou Saint-Étienne, aux grands groupes industriels du moment. Or le nouveau régime regarde d'un très mauvais œil ce sport à la fois " métèque ", ouvrier, urbain et désormais professionnel. Pour ceux qui s'intéressent à la question dans les couloirs de la ville d'eau transformée en capitale de la France " allemande ", il se révèle trop loin des belles valeurs " de chevalerie " athlétique que certains rêvent d'insuffler à la jeunesse du pays. " Il est encore dans la doctrine de la révolution nationale de donner à la jeunesse le goût de l'effort ; non de l'effort pour le gain, mais de l'effort pour l'effort ", précisera à ce propos Jep Pascot, commissaire général à l'EGS, autrement dit le " ministre des Sports " de la collaboration.
Vichy et l'anti-professionalisme
"Lorsque Jean Borotra, en avril 1942, a été viré de ce poste, son successeur, Jep Pascot, ancien rugbyman, notamment à l'USAP, a en effet repris les affaires en main, et radicalisé avec beaucoup plus d'autoritarisme la politique sportive du régime", précise Pascal Charroin - historien au département STAPS de Saint-Étienne et chercheur au CRIS à Lyon. "Ce dernier a voulu...



4 juillet 1943. Dans son rapport mensuel envoyé à Vichy, le préfet de la Loire s'inquiète que la suppression de l'équipe de foot professionnelle de Saint-Étienne, à la suite de la réorganisation du championnat de première division autour d'équipes régionales, déclenche "une très forte effervescence". L'ampleur du mécontentement le pousse à demander une "reconsidération de décision". Onze jours plus tard, le haut fonctionnaire essaye toujours de convaincre sa hiérarchie au nom du maintien de l'ordre public : " La présence à Saint-Étienne d'une bonne équipe de football a une influence d'ordre moral sur la jeunesse et en particulier la jeunesse ouvrière des houillères. " Il n'est pas nécessaire de rappeler à quel point il fut rare, voire exceptionnel, que ces fidèles serviteurs de l'État s'opposent aux décisions émanant, y compris indirectement, du maréchal Pétain.

Ce cri d'alarme survient pourtant à un moment particulier. Le foot français aborda la difficile période de l'occupation alors qu'il traversait déjà une période cruciale de son évolution. Le professionnalisme venait tout juste d'être instauré, notamment sous l'impulsion des clubs liés, comme Sochaux ou Saint-Étienne, aux grands groupes industriels du moment. Or le nouveau régime regarde d'un très mauvais œil ce sport à la fois " métèque ", ouvrier, urbain et désormais professionnel. Pour ceux qui s'intéressent à la question dans les couloirs de la ville d'eau transformée en capitale de la France " allemande ", il se révèle trop loin des belles valeurs " de chevalerie " athlétique que certains rêvent d'insuffler à la jeunesse du pays. " Il est encore dans la doctrine de la révolution nationale de donner à la jeunesse le goût de l'effort ; non de l'effort pour le gain, mais de l'effort pour l'effort ", précisera à ce propos Jep Pascot, commissaire général à l'EGS, autrement dit le " ministre des Sports " de la collaboration.
Vichy et l'anti-professionalisme
"Lorsque Jean Borotra, en avril 1942, a été viré de ce poste, son successeur, Jep Pascot, ancien rugbyman, notamment à l'USAP, a en effet repris les affaires en main, et radicalisé avec beaucoup plus d'autoritarisme la politique sportive du régime", précise Pascal Charroin - historien au département STAPS de Saint-Étienne et chercheur au CRIS à Lyon. "Ce dernier a voulu...



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