Quand un match a interrompu la prise du Palais de justice de Bogotá

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Quand un match a interrompu la prise du Palais de justice de Bogotá
Quand un match a interrompu la prise du Palais de justice de Bogotá

Le 6 et 7 novembre, la prise du palais de justice de Bogotá par le M-19 fait une centaine de morts. Pour occulter le carnage orchestré par les guérilleros, Noemí Sanín, ministre de la Communication, décide de diffuser un match de football entre les Millonarios et Unión Magdalena. Retour sur une censure organisée pour cacher l'un des drames les plus importants que le pays a vécu.

Des magistrats de la Cour suprême, des conseillers d'État, des employés et des visiteurs. Le 6 novembre 1985, quand quarante guérilleros du Mouvement du 19 avril prennent le palais de Justice de Bogotá, plus de 350 personnes se retrouvent otages d'un des groupes armés colombiens les plus violents. L'opération de secours orchestrée par la police et l'armée nationale durera vingt-sept heures. L'un des épisodes les plus sanglants de l'histoire du pays se déroulent sous les yeux de tous. Le gouvernement de Belisario Betancourt tente alors d'occulter ce drame. Noemí Sanín, ministre de la Communication – à l'origine de la loi 42 pour la modernisation de la télévision – va user (voire abuser) de son pouvoir pour censurer toutes les chaînes de télé et radios qui retransmettent les faits qui se déroulent sur la Plaza de Bolívar. La ministre ordonne la diffusion du match entre les Millonarios, club de Bogotá, et Unión Magdalena. Logés à quelques centaines de mètres du palais de Justice, les joueurs "millos" se voient obligés de se rendre au stade. Pour ne pas "altérer l'ordre public", les rencontres de la journée devront se jouer, affirme un communiqué de l'État. José Eugenio Hernández, ancien joueur du club de la capitale, se souvient : "On ne savait pas ce que le pays allait devenir. La dernière chose à faire, c'est de faire jouer un match de football. Les gens pensaient à autre chose, surtout à Bogotá. Ils nous ont dit que nous devions jouer pour ne pas troubler l'ordre public. Mais quel ordre public ? C'était un énorme chaos. On a tout fait pour ne pas jouer, mais on nous disait que les ordres venaient de très haut." Retour sur la plus grande mascarade de l'histoire du football colombien.

"Avec la dictature, on était habitués"


À cette époque, aucun match colombien n'est télévisé. L'octogonal de 1985 (les huit meilleurs équipes du championnat s'affrontent, le vainqueur est champion) rassemble les équipes de l'América de Cali, le Deportivo Cali, Millonarios, Junior, Independiente Medellín, Atlético Nacional, Unión Magdalena et Atlético Bucaramanga. Lors de la première journée, Millonarios doit recevoir Unión Magdalena dans son antre d'El Campín. Ce que les vingt-deux acteurs ne savent pas encore avant la rencontre, c'est qu'ils vont jouer pour étouffer un drame national. Noemí Sanín, à l'origine de la modernisation de la télévision…


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