Quand les Trans Musicales de Rennes se frottent à l'univers feutré de l'opéra

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Tiplyashin Anatoly/shutterstock.com
Tiplyashin Anatoly/shutterstock.com

(AFP) - Une soprano et des rappeurs, 12 guitares électriques et 47 musiciens classiques : pour la première fois depuis 1988 les 34e Trans Musicales de Rennes se frottent à l'univers feutré de l'opéra, à travers une création du compositeur touche-à-tout Olivier Mellano.

"How we tried a new combination of notes to show the invisible or even the embrace of eternity" (en français : comment nous avons essayé une nouvelle combinaison de notes pour montrer l'invisible, voire embrasser l'éternité), qui sera jouée de vendredi à dimanche, est née il y a quatre ans d'une commande de l'Orchestre symphonique de Bretagne (OSB) à Olivier Mellano.

Le compositeur de 41 ans a un parcours atypique. Il a suivi une formation classique et des études de musicologie à Rennes, mais, guitariste et violoniste, il a aussi accompagné des formations rock, dont Miossec et Dominique A.

Il travaille depuis plusieurs années à la croisée de ces univers, comme l'écriture de pièces pour huit guitares électriques accompagnées de chanteuses baroques.

Après avoir répondu à la commande de l'OSB en écrivant une pièce symphonique en quatre mouvements sur le "processus de création", il "eu envie de confronter ce matériau à des esthétiques différentes", raconte-t-il à l'AFP.

Trois versions de la même oeuvre sont donc nées, qui seront jouées successivement à l'Opéra de Rennes: une version symphonique avec 47 musiciens et la soprano Valérie Gabail, une version électrique avec 12 guitaristes et le chanteur rock Simon Huw Jones et une version électro/hip hop, avec trois rappeurs Black Sifichi, MC Dälek et Arm.

"Version fantôme"

"De l'écoute de ces trois versions va naître une quatrième version +fantôme+: la musique telle qu'elle se propose au compositeur avant qu'elle soit incarnée par les notes", explique Olivier Mellano.

Comme s'il s'agissait de différentes langues, le compositeur a dû "traduire" son oeuvre, "garder le squelette tout en cherchant à aller le plus loin possible dans chaque esthétique".

"Il y a eu un gros travail" avec le chanteur Simon Huw Jones, qui n'a pas de formation classique et ne sait pas lire la musique, "pour qu'il ne soit pas en train de singer la soprano, tout en respectant une partition très précise", raconte-t-il.

De même le livret a dû être réécrit pour les rappeurs "car une phrase chantée par la soprano qui dure 12 mesures, ne fera qu'une mesure dite par un rappeur", dit-il.

Les musiciens qui ont participé au projet se caractérisent par leur envie d'aller vers d'"autres mondes musicaux", à l'image de la soprano Valérie Gabail, récemment à l'affiche de l'opéra-pop "Pop'péa", adapté de Monteverdi, au Châtelet.

"Dans cette création, il y a l'idée qu'il n'y a pas une version qui soit supérieure aux autres par son style. C'est une façon de remettre les choses à plat en disant : il n'y a pas une musique sérieuse et une musique populaire", souligne Olivier Mellano.

"Je trouve que c'est toujours une bonne chose quand on décloisonne. Ca peut rendre les gens du classique curieux sur la programmation des Trans Musicales et inversement c'est peut-être la première fois que certains, plus habitués aux concerts rock, vont aller à l'opéra", se félicite-t-il.

"How we tried", co-produite par l'OSB, la structure de création La Station Service et l'Association Trans Musicales, est la première collaboration entre le festival et l'Orchestre de Bretagne depuis 24 ans.

A l'époque, les Trans avaient accueilli un autre compositeur atypique, qui cherchait à combiner rythmes modernes (ceux du jazz en l'occurrence) et procédés classiques, l'Américain Moondog.

"C'était quelqu'un à cheval entre les esthétiques, un compositeur qui avait ce côté décomplexé par rapport au classique, je me sens vraiment proche de lui", souligne Olivier Mellano.

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