Quand les architectes imaginent les bureaux de demain

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INTERVIEW - Les architectes inventent des lieux modulables qui évolueront au fil des besoins des entreprises. Interview croisée avec des pointures du secteur.

On ne travaille plus dans un bureau comme il y a dix ans. Les entreprises, secouées par Internet et ce qu’il est convenu d’appeler l’ubérisation de la société, doivent se réinventer, faire évoluer leurs équipes, les faire bouger (au propre comme au figuré) dans un même immeuble pour gagner de l’espace, accroître leur efficacité et leur productivité. Les immeubles de bureaux ne peuvent plus être des espaces figés comme autrefois, la demande a changé. Il faut des plateaux qui puissent évoluer et se transformer très rapidement. Comment architectes et promoteurs inventent-ils les nouveaux immeubles de bureau entre normes environnementales à respecter et nouveaux usages des entreprises? Ils répondent.

Le mode de travail a changé dans l’entreprise. Quelles sont les conséquences pour un architecte?

Jean-Paul VIGUIER, architecte - La conception des immeubles de bureaux change: la répétition, une certaine forme de banalité, voire de monotonie, laisse la place à un désir d’identité, de représentation de l’entreprise et de modernité dans la façon de travailler. L’espace de travail nouveau est non seulement flexible, mais stimulant et porteur de valeurs créatives. Le coworking, les start-up poussent au changement.

Quelles sont les nouvelles demandes des entreprises?

Jean-Frédéric HEINRY, directeur général d’Altarea Cogedim Entreprise - Les façons de travailler ont évolué en termes d’horaires. Dans de plus en plus d’entreprises, les horaires sont flexibles: certains commencent tôt, d’autres partent tard, d’autres travaillent le week-end. Il faut que les immeubles soient adaptés à ces nouveaux usages. Les nouvelles technologies ont aussi changé la donne pour les immeubles de bureaux. Il faut prévoir plus de salles de réunion pour que puissent se retrouver ceux qui n’ont pas de bureaux à eux, et ces salles doivent être agréables et non plus en sous-sol comme parfois. On réinvente même la «cabine téléphonique», une petite salle dans laquelle ceux qui travaillent dans un open space pourront passer leurs appels téléphoniques importants.

Et puis, il faut imaginer des lieux pour des réunions informelles. Nous avons par exemple aménagé les escaliers de l’immeuble que nous venons de livrer à La Française, boulevard Raspail, en soignant notamment les escaliers intérieurs, pour que ce soit un lieu de passage. Dans certains immeubles, les terrasses sont équipées de Wi-Fi pour des réunions impromptues.

Les immeubles de bureaux s’ouvrent plus sur la ville. Certains parlent même d’immeubles citoyens. Cela veut dire quoi?

Jean-Paul VIGUIER - L’architecture doit permettre à la ville et à l’immeuble de dialoguer, d’échanger, notamment, en installant les commerces ou des restaurants sur la rue, en rendant visibles les lieux d’accueil des bureaux. La nouvelle approche architecturale vise aussi à réduire le stress par la lumière et à améliorer le rapport à l’extérieur.

Jean MAS, architecte - Aujourd’hui, l’architecture de bureau est noble, ça n’a pas toujours été le cas. Un rapport nouveau se crée entre l’immeuble et la ville. J’ai beaucoup travaillé à New York où les architectes et les promoteurs négocient avec la ville ce qu’ils font pour elle. IBM a, par exemple, prévu un atrium dédié à des expositions et à des concerts dans son immeuble, en échange de quoi les architectes ont eu le droit de construire davantage de mètres carrés. C’est un mode de fonctionnement gagnant-gagnant dans lequel le bâtiment a un rôle à jouer dans la ville.

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