Quand Le Corbusier voulait détruire Paris

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«Le Plan voisin» est un projet fou dans lequel l’architecte prévoyait de raser la rive Droite de Paris pour bâtir dix-huit gratte-ciel de 60 étages pouvant accueillir jusqu’à 700 000 personnes.

Charles-Edouard Jeanneret (1887-1965), dit Le Corbusier, est à l’honneur au Centre Pompidou jusqu’au 3 août 2015, dans le cadre de l’exposition «Mesures de l’homme». Architecte et urbaniste de génie pour certains, fasciste et antisémite pour d’autres, le Franco-Suisse suscite toujours la controverse cinquante ans après sa mort. «Le Plan voisin», où il rêvait de détruire une partie du Paris historique pour laisser place à une modernité bien bétonnée au caractère totalitaire.

Imaginez-vous déambulant le long de la rive droite de Paris: le quartier des Halles, les hôtels particuliers du Marais et le boulevard Sébastopol imaginé par Haussmann ne seraient plus. De la place de la République à la rue du Louvre, de la gare de l’Est à la rue de Rivoli, s’étale un quartier d’affaires de 240 hectares. De la rue des Pyramides au rond-point des Champs-Elysées et de la gare Saint-Lazare à la rue de Rivoli se dresse le quartier résidence. Dix-huit gratte-ciel immenses et cruciformes, pouvant loger jusqu’à 700 000 personnes, y sont dressés.

De vastes jardins et de grandes artères autoroutières pouvant mesurer jusqu’à 120 mètres de large les longent. Seules d’anciennes églises sauvegardées font face à la brutalité et à la modernité du tout-béton. Sur de gigantesques affiches, on peut lire la définition de la grande ville de l’architecte-chirurgien Le Corbusier: «La grande ville dans la biologie du pays, l’organe capital, d’elle dépend l’organisation nationale, et les organisations nationales font l’organisation internationale. La grande ville, c’est le cœur, centre agissant du système cardiaque ; c’est le cerveau, centre dirigeant du système nerveux (…)*».

Le tout-voiture

Réveillez-vous! Ce n’est qu’une utopie! Une utopie rêvée et imaginée par l’architecte Le Corbusier en 1925 avec son projet fou «Le Plan voisin», en référence à Gabriel Voisin, pionnier français de l’aéronautique et fabricant d’automobiles. Justement, Le Corbusier voulait accorder une place très importante aux voitures dans la capitale. Pour ce faire, il rencontra les magnats de l’automobile de l’époque, Citroën, Voisin et Peugeot. Et déclara par la suite: «L’automobile a tué la grande ville. L’automobile doit la sauver. Voulez-vous doter Paris d’un plan n’ayant pas d’autre objet que la création d’organes urbains répondant à des conditions de vie si profondément modifiées par le machinisme*?»

Si au final, la voiture est la reine des berges de Seine depuis les années 70, aujourd’hui on semble peu à peu vouloir l’abandonner. Le projet de Le Corbusier ne verra jamais le jour. Heureusement car le temple de l’art contemporain, le Centre Pompidou, n’aurait jamais pu être bâti. Et Le Corbusier n’y serait pas à l’honneur.

* Propos tirés de son essai, Urbanisme (1925) et de Propos d’urbanisme (1946).

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