Quand l'armée française devient centre d'insertion sociale

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    * Une expérience de deux ans 
    * 40 millions d'euros pour 1.000 volontaires 
    * "Ils m'ont appris à avoir confiance" 
 
    par Simon Carraud 
    BRETIGNY-SUR-ORGE, Essonne, 1er juin (Reuters) - Romain a vu 
en l'armée française sa "dernière chance", celle qui lui a 
permis de reprendre pied après des années d'errance et un 
baccalauréat professionnel avorté. 
    A 22 ans, il a intégré en novembre dernier la première 
promotion du service militaire volontaire, un dispositif 
expérimental voulu par François Hollande après les attentats de 
janvier 2015 contre Charlie Hebdo et une supérette casher. 
    Il s'agit, selon les voeux du chef de l'Etat, de trouver une 
place à de jeunes adultes persuadés de ne pas en avoir et, ce 
faisant, de renforcer la cohésion sociale dans un pays où le 
chômage touche environ un quart des moins de 25 ans. 
    En compagnie d'une centaine de stagiaires sans emploi et 
pour la plupart sans qualification, Romain vient de passer 
plusieurs mois en uniforme, sur une base de l'armée de l'air en 
Essonne, au milieu de soldats revenus d'Afghanistan ou du Mali. 
    "Ils m'ont encadré, appris l'entraide, à avoir confiance en 
moi", dit le jeune homme, à qui Disneyland vient de proposer un 
contrat de cuisinier. 
    Ce service nouvelle manière n'annonce pas un rétablissement 
de l'engagement obligatoire aboli en 1996 par Jacques Chirac et 
ne sert pas non plus de voie d'entrée dans l'armée. 
     
    43% SANS DIPLÔME 
    La mission: donner à des hommes et des femmes de 18 à 25 ans 
le sens de la discipline, les remettre à niveau sur le plan 
scolaire, leur dispenser une formation professionnelle en 
partenariat avec des entreprises. Et leur enseigner les 
rudiments d'une vie d'adulte autonome. 
    "Certains n'étaient pas allés voir un médecin ou un dentiste 
depuis très longtemps", explique le général Vianney Pillet, qui 
supervise le projet. 
    Parmi les stagiaires du centre de Brétigny-sur-Orge, 43% 
sont arrivés sans diplôme, 18% avec un simple certificat obtenu 
en cinquième ou un brevet des collèges - seuls 14% d'entre eux 
avaient décroché un baccalauréat. 
    "On leur donne des codes, on leur apprend à s'habiller pour 
un entretien d'embauche, à se lever tôt, la politesse", selon  
lieutenant-colonel Gueguen, qui dirige le centre situé à la 
frontière entre les versants urbain et rural de l'Ile-de-France. 
    A leur arrivée, les stagiaires ont suivi pendant quatre mois 
un entraînement à la discipline militaire, des cours intensifs 
de secourisme ou de conduite, puis une formation professionnelle 
longue de deux à six mois en fonction de la filière choisie. 
    Romain a opté pour la cuisine - l'héritage d'un grand-père 
chef-cuistot -, d'autres ont préféré la SNCF ou les métiers du 
bâtiment et de l'artisanat, comme Noémie qui avait jusque-là 
multiplié les "boulots vite fait".  
    Tous ont désormais l'espoir de trouver à la sortie un emploi 
stable. 
    Lorsqu'on demande aux soldats improvisés formateurs si 
l'armée est bien le lieu pour faire de l'insertion sociale, ils 
disent faire leur métier - remplir les missions venues d'en haut 
et servir leur pays, avec ou sans armes à la main.  
     
    BUDGET À LA CHARGE DE LA DÉFENSE 
    "Dans les régiments, nos jeunes soldats sont les mêmes 
qu'ici. Notre métier consiste de toute façon à les former, à les 
côtoyer au quotidien, à les aider à régler leurs problèmes", 
selon le chef de bataillon Eric, directeur de la formation. 
    Mais "il faut être davantage pédagogue et patient", nuance 
l'adjudant Ahmed, qui chaperonne environ 25 jeunes majeurs - en 
langage militaire, on dit qu'il est chef de section.       
    L'expérience, censée s'étaler sur deux ans, coûte 40 
millions d'euros pour 1.000 volontaires. Un budget entièrement 
pris en charge par le ministère de la Défense, lequel doit déjà 
financer des guerres à l'étranger et le déploiement de 10.000 
soldats en France dans le cadre de l'opération Sentinelle.    
    Se pose désormais la question de la prolonger et, le cas 
échéant, de construire de nouveaux centres, en plus des trois 
déjà ouverts, à Brétigny-sur-Orge, Montigny-lès-Metz (Moselle) 
et La Rochelle (Charente-Maritime). 
    Un bilan doit être fait en décembre prochain, à l'occasion 
d'un rapport remis au Parlement. 
    Selon un rapport d'information rédigé fin 2015 par des 
députés, le service militaire volontaire coûterait 600 millions 
d'euros pour près de 16.000 volontaires, s'il devait être 
pérennisé et étendu aux 13 régions métropolitaines. 
    Pour Noémie, 25 ans, l'expérience servira dans la vie 
d'après, quel que soit le sort réservé au service volontaire. 
    "J'étais impulsive. Maintenant, je sais me canaliser, mieux 
gérer mon stress. Je m'énerve moins vite. Et même dans le civil, 
on reçoit des ordres." 
 
 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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  • opelin il y a 10 mois

    Voilà une catégorie qui va plomber les chiffres du chômage, comme tous les emplois aidés. Comme disait Coluche à propos du service militaire : à la fin on les rend au chômage.