Quand des jeunes de banlieue se fraient un chemin jusqu'au Medef

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Le logo du Medef, au siège parisien, le 11 janvier 2013 ( AFP/Archives / JACQUES DEMARTHON )
Le logo du Medef, au siège parisien, le 11 janvier 2013 ( AFP/Archives / JACQUES DEMARTHON )

Ils habitent en banlieue de Paris et ce jour-là ils entrent au Medef, chez les "grands patrons", dans les beaux quartiers de la capitale. Accompagnés par l'association Club France réussite, des adolescents poussent la porte de lieux qu'ils pensaient inaccessibles.

Un mercredi après-midi, Faissal, Salahddin, Fadwa et une poignée d'autres débarquent en minibus de Mantes-la-Jolie (Yvelines). D'autres les rejoignent de l'Essonne ou des Hauts-de-Seine. Alors que leurs camarades de classe vont profiter de cet après-midi libre pour jouer au foot ou regarder la télévision, eux vont le passer dans les locaux de l'organisation patronale.

"Il y a beaucoup de grandes personnes qui viennent ici, des personnes de grandes entreprises", croit savoir Massil, 14 ans, patientant dans le hall d'entrée du grand bâtiment.

Thibault Lanxade, le 29 mai 2016 à Lyon
Thibault Lanxade, le 29 mai 2016 à Lyon ( AFP/Archives / JEFF PACHOUD )

Le petit groupe a rendez-vous avec le vice-président du Medef, Thibault Lanxade, qui leur vante les mérites de l'entrepreneuriat. Si le cours magistral en fait bâiller quelques-uns, à la sortie, la leçon est bien apprise: "Créer une entreprise c'est possible pour tout le monde, pas seulement ceux qui ont du réseau", affirme Lilia. Et d'ajouter: "C'est pas parce que quelqu'un vient du XVIe ou d'un beau quartier qu'il va plus y arriver que moi. Peut-être qu'on va travailler deux fois plus pour y arriver mais si on veut, on y arrivera".

A quelques pas de là, Rachida Grairi sourit. C'est elle qui est à l'origine de la rencontre. Fin 2014, elle a fondé le Club France réussite, pour ouvrir des horizons aux jeunes de quartiers défavorisés. "Ces jeunes on leur propose toujours les mêmes filières: compta, accueil...", s'agace-t-elle.

- 'Tout est possible' -

Cette ancienne gestionnaire des ressources humaines au ministère de la Défense, qui a grandi en Seine-Saint-Denis, veut leur faire découvrir tous les métiers, y compris les plus prestigieux, et les convaincre que "tout est possible".

"L'idée, c'est de dire que si tu as un CAP cuisine, tu n'es pas obligé de travailler au McDo, tu peux aussi travailler à l'Elysée ou dans la haute gastronomie", explique cette femme de 37 ans.

Rachida Grairi a donc emmené des jeunes dans les cuisines de l'Elysée, au sein des rédactions du Monde ou du Figaro ou encore à l'ambassade du Pakistan.

Un autre après-midi, c'est devant le Plaza Athénée qu'un petit groupe de jeunes, la plupart orientés par des associations de quartier, s'est retrouvé.

Les adolescents se sont mis sur leur "31", en pantalon noir et chemise blanche. Avec un peu de timidité, ils découvrent les coulisses du palace, où près de 600 personnes travaillent et une nuit d'hôtel peut coûter jusqu'à 25.000 euros.

Ils rencontrent le chef pâtissier Angelo Musa, champion du monde de pâtisserie et meilleur ouvrier de France, et son bras droit Alexandre Dufeu, 29 ans, arrivé en tant que commis il y a cinq ans au Plaza, un endroit qui l'a "toujours fait rêver". "Je ne suis pas né une cuillère d'argent dans la bouche, mes parents étaient ouvriers", témoigne-t-il: "A force de travailler, j'ai gravi les échelons. Il me reste encore énormément de travail à faire".

Le jeune homme leur parle de luxe mais aussi de sacrifices, de jours de Noël passés à travailler, tandis que le chef pâtissier les encourage: "Rien n'est impossible, votre destin est entre vos mains".

"J'aurais jamais pu imaginer être là", s'exclame Fadwa, ravie et admirative de "l'acharnement" et du "travail" déployés par Alexandre Dufeu.

Si aucun ne se destine à la pâtisserie, chacun a un projet professionnel et y croit: neurologue pour Salahddin, diplomate ou architecte pour Feiza. Faissal, 17 ans, veut créer une entreprise informatique. Il se donne "deux-trois ans maximum" pour y arriver.

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  • indyta il y a 3 semaines

    Faissal, 17 ans, veut créer une entreprise informatique. Il se donne "deux-trois ans maximum" pour y arriver. ???je l espere pour lui...