Publicis et Omnicom tentent de surmonter leurs différends

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PUBLICIS ET OMNICOM TENTER DE SURMONTER LEURS DIFFÉRENDS
PUBLICIS ET OMNICOM TENTER DE SURMONTER LEURS DIFFÉRENDS

par Leila Abboud et Tom Bergin

PARIS/LONDRES (Reuters) - Les dirigeants de Publicis et Omnicom travaillent ensemble pour régler la question, en suspens depuis sept mois, du choix du directeur financier du futur numéro un mondial de la publicité qui naîtra de la fusion de leurs sociétés, a-t-on appris de trois personnes au fait du dossier.

Les divergences sur cette nomination clé traduisent les difficultés à mettre en oeuvre cette méga-opération de 35 milliards de dollars présentée, lors de son annonce en juillet dernier, comme une fusion entre égaux.

Outre le choix du directeur financier, le rapprochement, dont la clôture était initialement prévue pour le premier trimestre, se heurte aussi à des questions réglementaires.

L'opération doit toujours obtenir le feu vert des autorités de concurrence chinoises, qui se fait attendre, tandis que des difficultés sont apparues pour faire valider un double dispositif prévoyant le siège légal du futur duo aux Pays-Bas et sa résidence fiscale en Grande-Bretagne.

Maurice Lévy, dirigeant emblématique de Publicis, et son homologue américain John Wren sont en contacts réguliers, ont rapporté les personnes au fait du dossier, selon lesquelles les deux patrons sont toujours déterminés à mener à bien la fusion.

"Il y a des discussions en cours", a dit l'une des personnes. "Wren et Lévy sont déterminés à trouver une solution car c'est tout simplement dans l'intérêt des deux sociétés."

A 12h15, l'action Publicis reculait de 1,4%, accusant la deuxième plus forte baisse du CAC 40 (+0,47%).

Certains analystes, des investisseurs et des concurrents s'interrogent sur la capacité des deux sociétés, et notamment de leurs dirigeants, à pouvoir travailler ensemble une fois le rapprochement achevé. D'autres fusions avec des profils similaires, dont le mariage en 2006 du français Alcatel avec l'américain Lucent Technologies, se sont déjà heurtées à des divergences de culture.

QUELLE STRATÉGIE FINANCIÈRE ?

Le dirigeant de l'actuel numéro un mondial WPP Martin Sorrel a déclaré vendredi dernier que la plupart des personnes avec lesquelles il s'entretenait estimaient entre 33% et 50% la probabilité que l'opération n'aille pas au bout.

Lors de la publication du chiffre d'affaires de Publicis mi-avril, Maurice Lévy avait estimé que l'opération serait bouclée au troisième trimestre mais son alter ego s'est, lui, refusé à donner un calendrier. et

Les modalités de l'opération prévoient que les actionnaires de Publicis et Omnicom détiennent chacun 50% du capital de la nouvelle entité qui sera codirigée par Maurice Lévy et John Wren pendant 30 mois.

Mais Omnicom souhaiterait que son directeur financier Randall Weisenburger occupe cette même fonction dans le futur duo tandis que Publicis pousse pour la nomination de son propre directeur financier Jean-Michel Etienne, ont indiqué les sources, confirmant des informations du Wall Street Journal.

Au-delà de cette question de personnes, il y a un débat plus large sur la façon dont les activités seront dirigées, ont expliqué deux des personnes.

Publicis a depuis longtemps centralisé de nombreux achats et fonctions supports pour la dizaine d'agences qu'il possède telles que Saatchi & Saatchi, Leo Burnett et Razorfish. De l'avis des analystes, cette stratégie lui a permis d'afficher une marge supérieure à celle de ses concurrents : 15,9% l'an dernier contre 12,5% pour Omnicom et 15,1% pour WPP.

Le choix du directeur financier pourrait ainsi déterminer si la nouvelle entité optera pour l'approche de Publicis ou au contraire pour la stratégie davantage décentralisée d'Omnicom.

D'AUTRES TENSIONS

Les analystes d'Exane BNP Paribas estiment lundi que si les difficultés réglementaires devraient se régler bon gré mal gré sans pénaliser outre mesure les perspectives de la fusion, la lutte de pouvoir pour le choix du directeur financier constitue en revanche un enjeu crucial pour les actionnaires de Publicis.

"Omnicom et Publicis ont tous les deux de grandes marques et un bilan solide en matière de croissance organique. Pourtant, l'action de Publicis a surperformé de 70% celle d'Omnicom sur la décennie écoulée car Publicis a été capable d'être un cran au-dessus en matière d'efficacité sur les coûts et de M&A", expliquent-ils dans une note.

"Si Publicis cède sur la supervision de la stratégie financière, il y a un risque que le potentiel de synergies ne se concrétise pas pleinement."

Les deux groupes travaillent par ailleurs à régler leurs difficultés réglementaires révélées mardi dernier par Omnicom.

Si les autorités britanniques ont plutôt envoyé des signaux positifs, les Pays-Bas seraient en revanche peu enclins à l'idée que la société soit basée légalement dans le pays mais pas fiscalement de peur de perdre leur "souveraineté fiscale" face à la Grande-Bretagne, a expliqué l'une des sources.

Une solution pourrait consister à demander une double résidence en Grande-Bretagne comme aux Pays-Bas ce qui est rare mais faisable, a-t-elle ajouté.

Autre signe de tension entre les sociétés, elles n'ont pas encore réussi à se mettre d'accord sur celle qui sera considérée comme "l'acquéreur comptable" dans les documents destinés aux autorités américaines.

S'il s'agit d'un détail technique, il pourrait "être symptomatique d'autres conflits, plus profonds entre les deux groupes", estime Robert Willens, un analyste spécialiste de la comptabilité basé à New York.

(Avec Gwénaëlle Barzic à Paris, édité par Dominique Rodriguez)

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