PSA présentera jeudi des mesures pour sortir de la crise

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PRÉSENTATION PAR PSA DE MESURES POUR SORTIR DE LA CRISE
PRÉSENTATION PAR PSA DE MESURES POUR SORTIR DE LA CRISE

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - PSA Peugeot Citroën va présenter ce jeudi matin des mesures pour sortir de la grave crise qu'il traverse, ce qui pourrait se traduire selon les syndicats par la fermeture d'une usine et par de nouvelles suppressions d'emplois en France.

Le premier constructeur automobile français souffre depuis l'été dernier d'une chute de ses ventes en Europe, notamment du Sud. Après plusieurs avertissements sur résultats et une perte opérationnelle courante de 92 millions d'euros dans l'automobile en 2011, les analystes s'attendent à ce que l'exercice 2012 se solde par des pertes bien plus lourdes encore.

Le ministre du Travail, Michel Sapin, a dit s'attendre à des annonces "plutôt négatives" mais a assuré que l'Etat serait présent pour "exiger de Peugeot qu'il y ait un vrai dialogue social, une vraie transparence".

"Nous ne considérerons pas que ce qui sera annoncé demain par Peugeot est définitif. Cela devra bouger, cela devra évoluer, d'abord par la négociation entre les partenaires sociaux", a-t-il dit sur BFM-TV.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait auparavant haussé le ton contre la direction de l'entreprise, soulignant qu'elle avait bénéficié d'aides importantes.

"La famille Peugeot n'a pas vraiment le choix et va devoir à la fois réduire les dépenses et les capacités", commente pour sa part un analyste du secteur sous couvert d'anonymat. "Le problème vient des volumes et des coûts, les volumes ne sont pas là, mais les coûts si."

Les ventes européennes de PSA ont chuté de 15,2% au premier semestre, alimentant un désaveu en Bourse qui se traduit depuis le début de l'année par une chute de plus d'un tiers du titre après un recul de près de 60% déjà en 2011.

La capitalisation boursière du deuxième constructeur automobile européen (quelque 2,5 milliards d'euros) a ainsi fondu comme neige au soleil et est aujourd'hui à peine supérieure à celle du fabricant de petit-électroménager Seb.

Pour réduire sa dépendance vis-à-vis d'un marché européen atone, où il réalise encore 61% de ses ventes, le groupe se développe à marche forcée à l'international, notamment en Chine et en Russie. Mais les difficultés financières de PSA menaçant également cette stratégie, le groupe a été contraint en février de s'allier à l'américain General Motors, ce qui constitue la première entorse au principe d'indépendance que la famille fondatrice a toujours jalousement défendu.

LE SYMBOLE D'AULNAY

Les syndicats sont convaincus que la direction va dévoiler ce jeudi lors d'un comité central d'entreprise de nouvelles mesures d'économies, notamment dans les structures du groupe - administration, support et commerce - qui viendront s'ajouter au milliard d'euros de réduction de coûts déjà engagé en 2012.

Les salariés se préparent aussi à de nouvelles suppressions d'emplois - jusqu'à 10.000 cette année en France, selon des estimations, ce qui reviendrait à un doublement du plan précédent de réduction d'effectifs.

Confronté à d'importantes surcapacités, le constructeur pourrait aussi annoncer que le modèle qui succédera à la petite Citroën C3 ne sera pas confié à l'usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), officialisant ainsi la fermeture prochaine de ce site dont l'avenir est menacé depuis l'été dernier. Une telle décision serait un véritable coup de tonnerre dans l'industrie automobile hexagonale, où la dernière fermeture de site - Renault Billancourt - remonte à vingt ans.

"La fermeture d'Aulnay est anticipée par les marchés, PSA devra fournir un plan détaillé qui ne se contente pas de cette fermeture, mais qui va plus loin", précisait la semaine dernière

Philippe Houchois, analyste du secteur chez UBS.

Plusieurs autres sites pourraient subir des coupes dans les effectifs, notamment Rennes (Ille-et-Vilaine) depuis que l'alliance avec GM est susceptible de modifier les ambitions de PSA sur le segment des grandes routières, et Sevelnord (Nord), où après le départ de Fiat fin 2016, l'avenir du site dépendra de l'attribution d'un nouvel utilitaire.

Si PSA est une entreprise privée, le président du directoire Philippe Varin fera tout pour rendre ses décisions acceptables aux yeux d'un gouvernement qui reste en embuscade. Dimanche, le ministre de l'Economie Pierre Moscovici a prévenu que le gouvernement ne laisserait pas tomber l'industrie automobile. "Nous avons confiance en PSA et nous trouverons les solutions les plus équilibrées et en même temps respectueuses de l'emploi", a-t-il déclaré.

Jusqu'ici l'homme du "coup d'avance", le slogan qu'il utilisait constamment à son arrivée à la tête du groupe en 2009, Philippe Varin est devenu aujourd'hui aux yeux des syndicats l'homme de la restructuration.

"Le bilan de M. Varin n'est pas très glorieux", commente Xavier Lellasseux, représentant CFDT chez PSA. "Il ne fait qu'appliquer ce qu'il sait seulement faire, et qu'il a déjà fait chez Corus. Ce n'est pas un capitaine d'industrie comme M. Folz, dont PSA a pourtant besoin."

Xavier Lellasseux fait référence à la décennie 1997-2007, dernière grande période de stabilité à la tête du groupe quand Jean-Martin Folz était aux commandes.

Moins mondial que son compatriote Renault-Nissan, PSA cherche sa place sur un marché généraliste écartelé entre le segment "low cost", où Peugeot et Citroën ont toujours refusé d'emboîter le pas à Dacia, et un segment "premium" trusté par les constructeurs allemands.

PSA cherche bien à faire monter en gamme ses deux marques - avec notamment la ligne DS de Citroën - mais dispose en matière de tarifs d'une marge de manoeuvre bien plus limitée qu'un concurrent comme Audi (groupe Volkswagen.

La crise que traverse aujourd'hui PSA n'est pas la première en 200 ans d'histoire du groupe. Mais contrairement aux années 1980, quand l'entreprise avait trouvé son salut dans le succès de la Peugeot 205, la tâche est plus ardue pour la dernière née de la famille: la 208, lancée en avril, compte aujourd'hui une trentaine de concurrents, contre une poignée pour la 205.

Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, Laurence Frost et Gérard Bon, édité par Jean-Michel Bélot

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