PSA espère apaiser le site d'Aulnay en transférant des salariés

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LES SYNDICATS DE PSA APPROUVENT LES TRANSFERTS D'AULNAY À POISSY
LES SYNDICATS DE PSA APPROUVENT LES TRANSFERTS D'AULNAY À POISSY

par Gilles Guillaume et Laurence Frost

PARIS (Reuters) - PSA Peugeot Citroën espère ramener le calme dans son usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et y redémarrer la production dès lundi en transférant provisoirement des salariés vers le site voisin de Poissy (Yvelines), une mesure approuvée à une très large majorité vendredi par les syndicats du groupe automobile.

Après plusieurs semaines de production au compte-gouttes, l'usine d'Aulnay, voué à une fermeture définitive en 2014, est à l'arrêt complet depuis mercredi à cause des tensions entre les grévistes, que PSA chiffre à 300 environ, et les non-grévistes.

Pour tenter d'apaiser la situation, cinq syndicats sur six ont voté un déblocage anticipé des mobilités temporaires d'Aulnay vers Poissy, lors d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire organisé au siège de PSA.

A partir de la fin février, les salariés qui le souhaitent pourront ainsi, à raison d'une cinquantaine de personnes chaque semaine, quitter l'usine d'Aulnay pour un mois renouvelable.

"Le but n'est pas de commencer à déserter l'usine, mais de faciliter le départ temporaire de ceux qui n'en peuvent plus de l'ambiance à Aulnay", a déclaré Franck Don, représentant de la CFTC, l'un des cinq syndicats signataires.

Le directeur industriel de PSA Denis Martin a souligné que ces transferts n'étaient que temporaires et que les salariés "prêtés" à Poissy avaient vocation à retourner à Aulnay, où le groupe entend poursuivre la production jusqu'au bout.

"Il n'est pas question de vouloir précipiter une fermeture du site, nous avons prévu de produire le véhicule (Citroën) C3 à Aulnay jusqu'en 2014", a déclaré Denis Martin lors d'une conférence de presse.

"Nous avons besoin de cette période-là, tout d'abord pour finaliser l'ensemble des projets de réindustrialisation", a-t-il expliqué. "Et si nous avons une capacité installée à Poissy qui permet d'assurer la production à terme de toute la C3, aujourd'hui nous avons besoin des deux unités au regard du nombre de véhicules qui nous est demandé par nos clients."

1.800 EMPLOIS DÉJÀ IDENTIFIÉS EN EXTERNE

Un porte-parole de PSA a indiqué que l'arrêt d'une production susceptible d'atteindre théoriquement 440 voitures par jour risquerait aussi d'alourdir le coût de la restructuration.

"Un certain volume de perte de production a été anticipé dans le plan, mais si la situation se prolonge, l'impact financier commencera à se faire sentir", a-t-il dit.

PSA a annoncé en juillet dernier sa restructuration en France pour ajuster ses capacités à un marché européen en crise et redresser une situation financière qui s'est traduite l'an dernier par une perte record de cinq milliards d'euros.

Le plan social, qui prévoit la fermeture d'Aulnay, une forte réduction sur le site de Rennes (Ille-et-Vilaine) et 3.600 suppressions d'emplois dans les structures du groupe - administration, commerce ou R&D - devrait entrer en pratique à partir du début avril, a déclaré le groupe.

Il lui faut encore attendre la tenue d'un dernier CCE et la fin du processus de consultation des syndicats de la filiale Faurecia, exigé par la cour d'appel de Paris.

"Cette consultation doit se passer dans les tout prochains jours ou prochaines semaines, et elle rentre tout à fait dans les délais impartis de PSA", a ajouté Denis Martin.

Dans le cadre du plan social, le groupe prévoit de transférer en tout 1.300 des 2.800 salariés d'Aulnay vers d'autres sites, essentiellement Poissy. Il proposera aux 1.500 autres de rejoindre des entreprise comme ID Logistics, mais aussi ADP ou la SNCF grâce à des dispositifs de transition professionnelle, avec à ce jour un millier de postes identifiés.

Sur 1.400 postes supprimés à Rennes, 400 personnes seront mutées dans d'autres sites du groupe tandis que pour les 1.000 autres, PSA dispose à ce jour de 800 pistes à la SNCF, dans les matériaux de construction ou l'agroalimentaire.

"PAS UN MÉDIATEUR"

Face à la dégradation de la situation à Aulnay, le ministre du Travail Michel Sapin a confié jeudi à son directeur départemental, Marc Leray, la mission de rétablir le dialogue sur le site.

Le directeur industriel de PSA a déclaré qu'il ferait tout pour lui faciliter la tâche, tout en récusant le mot de médiation car les négociations sur le plan social sont closes.

"Ce n'est pas un médiateur, c'est pour ramener le calme à Aulnay", a-t-il dit.

Interrogé sur les violences et sur les dégradations que la direction impute à une minorité de salariés du site, Jean-Mercier, représentant CGT à Aulnay, a parlé d'accusations mensongères.

"La direction ne sait plus quoi inventer pour masquer le fait que la grève s'est renforcée cette semaine et que les salariés rejettent en bloc l'accord qui a été proposé", a-t-il dit par téléphone.

La CGT a été vendredi le seul syndicat à voter contre le déblocage des transferts vers Poissy.

Aulnay sera la première usine d'assemblage automobile à fermer ses portes en France depuis l'arrêt du site de Renault à Billancourt (Hauts-de-Seine) il y a plus de vingt ans.

Edité par Dominique Rodriguez

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