PSA décroche à son tour un accord de compétitivité

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PSA SIGNE UN "CONTRAT SOCIAL" AVEC LES SYNDICATS
PSA SIGNE UN "CONTRAT SOCIAL" AVEC LES SYNDICATS

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - PSA Peugeot Citroën a signé jeudi son "contrat social" avec les syndicats, dernière entreprise en date à obtenir des concessions sur les salaires et la flexibilité du travail pour tenter de conserver une base compétitive en France.

Le mouvement, amorcé depuis plusieurs mois dans l'automobile essentiellement, traduit une volonté croissante des entreprises, mais aussi des partenaires sociaux, d'anticiper les difficultés économiques pour préserver au maximum l'activité et l'emploi.

"Contrairement aux accords de crise de 2008 et 2009, où la principale mesure était la réduction des effectifs, on est ici dans une modification des conditions de travail plus structurelle, et pas seulement à l'échelle d'un site ou d'une usine, mais à l'échelle d'un groupe entier", souligne Philippe Barrier, analyste à la Société générale.

"Aujourd'hui, la situation économique fait qu'il est plus facile d'obtenir de tels compromis. La France est confrontée à une concurrence accrue. L'Espagne, où des accords de ce type ont également été signés, redevient compétitive et réembauche, au détriment de l'Europe du Nord."

Moins de six mois après avoir lancé un vaste plan social en France pour faire face à ses difficultés financières, PSA avait prévenu en janvier que cela ne suffirait pas à pérenniser son activité dans le pays et qu'il lui faudrait négocier pour accroître sa compétitivité. L'accord signé jeudi pour trois ans par quatre des six syndicats du groupe prévoit un quasi-gel des salaires en 2014 et une plus grande flexibilité dans les cadences et les mobilités.

En échange, PSA a promis de conserver tous ses sites français et d'augmenter sa production de véhicules en France.

ÉVITER D'AUTRES 'AULNAY'

Cet accord emboîte le pas à celui conclu sur le site PSA de Sevelnord (Nord) en 2012 mais surtout à l'accord obtenu en mars par Renault, qui a promis d'allouer à ses sites français des productions supplémentaires - la Micra de Nissan sera fabriquée à Flins (Yvelines) - en contrepartie d'un gel des salaires et d'une augmentation du temps de travail.

L'accord chez Renault prévoit aussi une réduction des effectifs, mais uniquement par le non-remplacement des départs naturels, notamment en retraite.

Si l'automobile sert de laboratoire, gouvernement et partenaires sociaux ont transposé ces évolutions dans le cadre législatif pour tenter d'élargir leur champ d'application.

La loi de "sécurisation de l'emploi" votée au printemps après deux ans de hausse ininterrompue du chômage en France, permet aux entreprises confrontées à de "graves difficultés conjoncturelles" de négocier pour une durée de deux ans des baisses du temps de travail et de salaires en échange d'un maintien des effectifs.

La loi crée des "droits rechargeables" à l'assurance-chômage et un compte personnel de formation, impose une taxation des CDD courts et encadre les temps partiels.

L'objectif est d'éviter, en les anticipant, des chocs comme ceux provoqués par PSA en 2012 lors de l'annonce de la fermeture de l'usine d'Aulnay, ou par Bosch qui avait suscité un tollé en 2004 en imposant une augmentation du temps de travail à Vénissieux (Rhône) pour éviter une délocalisation.

Aujourd'hui, priorité est donnée à la négociation sur des mesures moins fracassantes. Le groupe Bosch, premier employeur industriel allemand en France, a promis fin avril une trentaine de millions d'euros pour moderniser son usine aveyronnaise en échange d'une modération salariale et de l'utilisation de jours de RTT pour faire face aux aléas de la demande.

Dans l'usine alsacienne de l'équipementier allemand Behr, les négociations en juin ont porté sur un gel des salaires et la perte de cinq jours de RTT en échange du maintien de tous les emplois.

"CONFLIT INUTILE"

Chez Plastic Omnium, c'est l'incendie d'un atelier de peinture qui a conduit à un accord en janvier à Saint-Désirat, en Ardèche. L'équipementier a envisagé un temps de délocaliser l'activité en raison de la facture élevée des travaux, mais il s'est finalement engagé à reconstruire l'atelier et à moderniser le site pour environ 20 millions d'euros. En échange, les salariés ont renoncé à une partie de leurs RTT.

"Dans de nombreux cas, les salariés ont réalisé que le conflit était devenu inutile, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient heureux de faire des concessions, mais ils ont simplement réalisé qu'ils n'avaient plus le choix", observe Antoine Solom, de l'institut de sondage Ipsos, qui conduit des études sur les relations au travail.

Parfois, de tels accords arrivent trop tard ou ne suffisent pas. Si un compromis a été trouvé en mars chez Michelin pour ajuster le temps de travail aux variations d'activité, le groupe n'en a pas moins lancé trois mois plus tard une restructuration de son activité poids lourds passant par l'arrêt de la production sur le site de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) et la suppression de 730 postes.

"Les accords de compétitivité appellent toujours des réserves chez les syndicats", commente Serge Maffi, représentant du syndicat SIA-GSEA chez PSA. "Mais nous avons décidé de signer compte tenu des enjeux, pour éviter que les drames d'Aulnay ou de Rennes se reproduisent."

Le SIA est majoritaire dans les usines de Rennes, où l'activité se réduit drastiquement depuis plusieurs années, et d'Aulnay-sous-Bois, qui produira vendredi sa dernière voiture et fermera ses portes en 2014.

Ce sera la première fermeture d'une usine automobile en France depuis plus de vingt ans.

Edité par Dominique Rodriguez

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