"Prudence et Sélectivité sur les Emergents" (Dorval Finance)

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Les perspectives boursières des pays émergents restent attractives à moyen terme mais la nécessaire phase d'ajustement doit inciter à la prudence en ce début d'année estime Sophie Chauvellier, gérante de fonds de fonds chez Dorval Finance.

Après une très forte année de rebond en 2009, la performance des marchés émergents en 2010 a été plus modérée à près de 25% en euros, dont +10% en devises locales.

Plusieurs constats s'imposent :

- une part significative des gains pour le porteur d'actifs émergents en zone euro résulte en réalité de l'appréciation du dollar par rapport à l'euro ;

- la décote relative des marchés émergents vis-à-vis des pays développés à quasiment disparu alors qu'elle était de 30% pendant la crise ;

- une nette discrimination s'est créée au sein des zones et des pays, caractérisée par une surperformance des petits pays tels que la Thaïlande, le Chili ou la Turquie et une sous-performance marquée de grands-pays tels que la Brésil et la Chine ;

- les flux de capitaux privés internationaux à destination des marchés émergents (actions et taux) continuent de progresser à plus de 700 milliards de dollars en 2010.

L'actualité des pays émergents est dorénavant dominée par les problématiques de surchauffe et de résurgence des tensions inflationnistes, à l'exception notable des pays de l'Est, après deux années de forte reprise économique. La réponse des autorités monétaires est donc logiquement celle d'un resserrement, que ce soit via des hausses de taux, ou une limitation des octrois de prêts par les banques afin de ne pas attirer davantage d'entrée de capitaux spéculatifs.

A ce titre, la Chine est aujourd'hui au centre des interrogations au regard de son rôle moteur sur l'échiquier économique international. L'inflation a progressé rapidement ces derniers mois pour atteindre 5.1% en glissement annuel en novembre sur fond de hausse des prix des matières premières, notamment agricoles, mais aussi des salaires et devrait atteindre son pic au printemps 2011. Les autorités monétaires, qui ont annoncé leur deuxième hausse de taux le jour de Noël, devraient poursuivre leur phase de resserrement monétaire début 2011.

Ce contexte de retrait de liquidités pèsera encore sur la performance des actifs chinois mais également sur ceux des pays dans sa mouvance, dont le Brésil et un certain nombre de pays d'Asie du Sud-Est.

L'amélioration des perspectives économiques américaines, si elle devait se confirmer dans les mois à venir, plaide en faveur d'une surperformance relative des pays dont les économies lui sont liées tels que le Mexique, la Corée, Taiwan, voire la Russie (via le pétrole).
De même, l'Europe de l'Est, encore très décotée, pourrait bénéficier d'une amélioration de la demande en provenance de l'Europe.

Cette année, outre les risques liés à la mise en place de politiques monétaires plus contraignantes, la zone reste sensible boursièrement à l'évolution de la donne internationale, et ce d'autant plus qu'elle ne présente plus de décote de valorisation.

L'optimisme reste de mise sur les perspectives de la zone à moyen terme. Nous pensons toutefois que la nécessaire phase d'ajustement que traversent les pays émergents justifie davantage de prudence en ce début d'année. La conjonction du resserrement des conditions monétaires dans ces pays, de l'appréciation de leurs devises, de la hausse de la structure de coûts des entreprises locales, limitera dans un premier temps le potentiel de révision en hausse des résultats attendus, même si la croissance économique restera forte. Nous continuerons donc à être très sélectifs dans notre allocation Pays Emergents cette année.

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