Protestations contre la remise d'Aurore Martin à Madrid

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LA MILITANTE BASQUE AURORE MARTIN REMISE À L'ESPAGNE
LA MILITANTE BASQUE AURORE MARTIN REMISE À L'ESPAGNE

BORDEAUX (Reuters) - L'arrestation par la France et la remise aux autorités espagnoles de la militante basque française Aurore Martin, membre du parti indépendantiste Batasuna, a fait monter la tension au Pays Basque.

Aurore Martin, 33 ans, a été interpellée jeudi par la gendarmerie lors d'un contrôle routier fortuit à Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), en exécution d'un mandat d'arrêt européen émis par l'Espagne le 13 octobre 2010 et validé le 16 décembre suivant par la justice française.

La justice espagnole reproche à Aurore Martin ses liens avec le parti indépendantiste Batasuna, illégal dans ce pays car considéré comme lié à l'organisation politico-militaire ETA, mais légal en France. Elle a notamment participé à deux réunions publiques de cette organisation.

Entrée durant six mois dans la clandestinité avant de réapparaître et de recevoir le soutien de nombreux politiques, ainsi que de la Ligue des droits de l'Homme, reprochant aux autorités françaises d'accepter de livrer un de ses ressortissants à un autre pays pour des faits qui ne sont pas condamnables en France, Aurore Martin avait épuisé tous les recours possibles.

Une tentative d'arrestation avait échoué en juin 2011, des militants s'opposant aux policiers venue la cueillir dans l'appartement de sa s?ur à Bayonne. Elle vivait depuis à visage découvert mais savait qu'elle pouvait à tout moment être arrêtée. Elle risque jusqu'à 12 ans de réclusion.

Aurore Martin a été placée vendredi en détention provisoire par la justice espagnole en attendant son jugement.

Des protestations se sont immédiatement fait entendre.

Le député européen, l'écologiste José Bové, s'est dit opposé "à l'application du mandat d'arrêt européen, danger pour le processus de paix".

"AMALGAME"

Le conseiller général UMP Max Brisson a vu "un nouveau signal préoccupant pour tous ceux qui ?uvrent pour un Pays basque apaisé et le vivre ensemble" et le sénateur MoDem Jean-Jacques Lasserre s'est dit "choqué de voir de quelle façon ce gouvernement utilise des méthodes extrêmement brutales pour traiter des problèmes délicats".

L'association humanitaire pour les réfugiés basques Anai Artea a qualifié d'"acte minable" et de "provocation" le fait de livrer Aurore Martin à Madrid de la part d'un "ministre de l'Intérieur qui ne sait plus s'il roule pour Paris ou Madrid".

La remise à l'Espagne d'Aurore Martin est intervenue quatre jours après une interview accordée par Manuel Valls au quotidien espagnol El Pais, où il annonçait qu'il n'y aurait pas de Pays basque français dans la prochaine loi de décentralisation.

Il a ainsi mis fin aux espoirs de nombreuses organisations basques dont une délégation avait présenté le 11 octobre dernier à la ministre de la Réforme de l'Etat Marylise Lebranchu un projet de Collectivité territoriale à statut particulier (CTSP).

Manuel Valls avait surtout ajouté qu'il refusait d'ouvrir ce débat tant qu'ETA n'aura pas restitué ses armes".

Accusé de faire un amalgame entre les Basques et le terrorisme, Manuel Valls avait déclenché nombre de réactions y compris parmi les élus socialistes locaux.

Cette soudaine montée d'adrénaline au Pays Basque un an après que l'ETA a annoncé la fin définitive de la lutte armée devrait être illustrée le 10 novembre lors d'une manifestation à Bayonne en faveur du respect des droits des prisonniers et des réfugiés politiques basques.

De nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives ont appelé à y participer.

Claude Canellas, avec Sonya Dowsett à Madrid, édité par Yves Clarisse

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