Procès sous haute surveillance à Lyon d'une évasion à l'explosif

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Rondes d'hélicoptère au-dessus du palais de justice, équipe cynophile, GIPN et Raid dans la salle des pas perdus: mardi à Lyon a débuté le procès sous haute surveillance de deux anciens détenus et trois de leurs complices, pour leur évasion spectaculaire à l'explosif en 2009 de la centrale de Moulins-Yzeure.

Dans le box des accusés, Christophe Khider, 41 ans, et Omar Top El Hadj, 34 ans, crâne rasé et l'air sûr d'eux, ont refusé d'emblée de se lever et de décliner leur identité au président de la cour d'assises, Dominique Brejoux, à l'ouverture du procès.

Auparavant, l'avocat de Khider, Me Bernard Ripert, avait donné le ton, en assénant, tonitruant dans la salle des pas perdus: "Les seules violences lors de l'évasion ont été commises par la police et le seul sang versé est celui de mon client".

Il a ensuite accusé à l'audience l'administration pénitentiaire de "faire subir l'insoutenable" à son client, de l'"enfermer 23 heures sur 24 dans une cellule de 9 m2". Un traitement carcéral justifiant, selon lui, un "besoin viscéral, fondamental de chercher à s'évader".

Pour Me Ripert, "dès qu'il le pourra", Christophe Khider, libérable en 2038 et qui a déjà au moins trois tentatives d'évasion à son actif, "tentera et réussira à s'évader et cette fois-ci (...) il ne se laissera pas faire comme la dernière fois".

C'est dans ce contexte qu'un deuxième portique de sécurité avait été installé en bas des marches de la salle d'audience du palais de justice historique de Lyon.

"Rien à perdre"

De son côté, Me Pierre Lumbroso, l'avocat d'Omar Top El Hadj, a affirmé que son client n'avait "rien à perdre dans la mesure où il sait qu'il va faire beaucoup d'années de prisons".

"On s'aperçoit qu'il n'a pas forcément participé à la préparation" de l'évasion, "qu'il n'a pas été violent", a-t-il avancé.

Omar Top, souvent un sourire en coin, semblait très détendu au premier jour de son procès, allant jusqu'à réclamer et obtenir une suspension d'audience vers 17H00 pour aller se restaurer.

"On me dit que des repas chauds vous ont été servis à midi, on va pas passer notre temps à entrer et sortir!", s'est énervé à son retour le président de la cour.

De son côté, Me Pascal Winter, avocat de deux surveillants pris en otages, a fait valoir que ses clients venaient "rechercher la vérité. Ils ont vu la mort pendant des heures et des heures".

Le 15 février 2009, lors d'un parloir-famille en présence notamment de 16 enfants, Christophe Khider et Omar Top El Hadj avaient pris en otage deux surveillants sous la menace d'une arme apportée un peu plus tôt par la compagne d'un troisième détenu.

Nadia Kabouche, 32 ans, complice de Sylvie Piciotti, la concubine de Khider, s'était fait scotcher de l'explosif, une arme et des munitions dans le dos. Portant des broches métalliques dans le dos, la jeune femme était en effet dispensée de passer sous le portique de sécurité et subissait seulement le détecteur manuel.

Après avoir fait exploser deux portes blindées et échangé des coups de feu avec les forces de l'ordre, les deux détenus avaient pris la fuite avec leurs otages, à bord d'une voiture volée sur le parking du centre pénitentiaire.

En cours de route, ils avaient changé à deux reprises de véhicules lors de violents car-jackings.

Les deux surveillants avaient été retrouvés deux heures plus tard au bord de la RN 7, dans l'Essonne. Marqués d'ecchymoses et choqués, ils s'étaient vu prescrire 5 et 7 jours d'ITT.

Durant leur cavale, les deux fuyards avaient pris en otage trois autres personnes, dont un enfant, pour s'emparer de leurs voitures.

Ils avaient finalement été interpellés à l'aube du 17 février 2009 sur l'A86 près de Créteil (Val-de-Marne), au terme d'une course-poursuite et d'une fusillade avec la police au cours de laquelle Khider avait été sérieusement blessé.

Le procès devrait durer trois semaines. Le verdict est attendu le 19 avril.

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