Pro Rugby : du rêve à la réalité !

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Le continent américain vient de connaître une progression rugbystique foudroyante. Dans le sillage du premier Tournoi des VI Nations d’Amérique, les Etats-Unis ont lancé leur premier championnat national de rugby à XV le week-end dernier, baptisé Pro Rugby, où évoluera notamment le Français Jean-Baptiste Gobelet. Le coup d’envoi du rêve ovale US est sur de bons rails.

Au pays de l’Oncle Sam, le ballon ovale n’est pas le plus connu. Et pourtant, le rugby existe depuis longtemps aux Etats-Unis. Près d’un siècle après la médaille d’or de l’équipe masculine, devant la France, aux Jeux Olympiques de 1920 à Anvers, le rugby américain a fait un véritable bond en avant. Le coup d’envoi de la première saison du Pro Rugby USA, championnat national de rugby à XV, a été donné le week-end dernier. Une première journée marquée par les victoires de Sacramento face à San Francisco (37-25) et Denver contre Ohio (16-13). San Diego, la cinquième équipe engagée n’était pas de la partie et débutera sa saison par un déplacement à Sacramento. L’équipe de rugby de la ville côtière de Californie n’est pas inconnue pour Jean-Baptiste Gobelet, qui a signé avec San Diego et jouera deux ou trois matchs cette saison en tant que troisième ligne centre. « Être le premier Français à débuter le Rugby Pro aux États-Unis c'est quelque chose d'unique !, nous confie l’ancien joueur de Biarritz. C'est une expérience qu'ils m'ont proposé et en même temps on discute pour créer une ligue de rugby à VII à l'intérieur de la structure. J’ai participé à la préparation avec San Diego un peu par hasardJe suis allé aux Etats-Unis pour faire un audit sur le rugby à VII afin de voir les méthodes de travail dans les universités et à travers le Centre Olympique. » Un voyage afin de voir ce qui se fait ailleurs dans le monde et afin d’apprendre d’autres cultures rugbystiques dans le but de s’améliorer. Mais l’étape américaine a débouché sur une aventure inattendue. « De fil en aiguille, j’ai rencontré les entraîneurs de San Diego avec qui j’ai joué à VII, nous raconte l’ancien champion d’Europe avec l’équipe de France à VII. Ils m’ont proposé de m’entrainer avec eux. C’était sympa. L’entraînement avait lieu au nord de San Diego dans des infrastructures qui regroupent l’équipe de rugby et celle de NFL. »

La NFL comme modèle

Si le football américain est le sport le plus populaire aux Etats-Unis, le rugby à XV commence à pointer le bout de son nez avec comme tête de pont les Eagles. Depuis la création en 1975 d’USA Rugby, la Fédération Américaine de rugby à XV, la sélection nationale a participé à toutes les Coupes du monde sauf à l’édition sud-africaine de 1995. Pourtant, les cinq nouvelles équipes se sont inspirées du grand frère. « Le cycle de préparation est calqué sur celui des Chargers (l’équipe de NFL de San Diego, ndlr), décrit Jean-Baptiste Gobelet. Trois joueurs, des piliers, de l’équipe de rugby sont d’ailleurs issus du football américain. Ce sont des joueurs qui n’ont pas passé le cap de la NFL car la sélection est dure. Il y a aussi des basketteurs. Ce sont des sportifs qui n’ont pas percé et qui cherchent des solutions de repli. Et le rugby à XV est un sport qui grandit même si le rugby à VII est plus connu aux USA. » Le ballon ovale a beau avoir fait ses grands débuts avec le Pro Rugby, il peut déjà s’appuyer sur des joueurs prêts à en découdre. « Quand un joueur arrive en NFL, cela fait cinq ans qu’il est prêt, constate l’ancien quinziste. A‘-19 ans le joueur est apte physiquement, il n’a pas besoin de faire de la musculation. Les entraîneurs peuvent donc se focaliser sur les bases et la technique ce qui donne un jeu flamboyant et séduisant. C’est la différence avec le Top 14, où on fait beaucoup de physique en début de saison. C’est tout le contraire aux Etats-Unis. Les équipes se préparent en salle et travaillent les petits détails qui font la différence. »

Apprendre les bases du rugby

Si les joueurs sont affûtés, ils manquent encore de technique mais surtout de pratique. Car si le rugby s’apprend dès le plus jeune âge à l’école de rugby, les athlètes américains n’ont pas eu cette initiation, ce que nous rappelle Jean-Baptiste Gobelet. « Ce sont des joueurs qui n’ont pas beaucoup de rugby dans les jambes, selon le champion de France 2006. Ils sont issus des facultés et ont fait beaucoup de sport. Ils sont rapides mais ils n’ont pas de vécu rugbystique comme en défense et en attaque. Les running back savent défendre en ligne mais généralement, ce sont des joueurs qui ont de grosses défaillances avec les bases du rugby en lui-même. Avec San Diego, on a fait des entraînements comme à l’école de rugby. Ils apprennent les basiques. » Mais pour apprendre, il faut de bons professeurs. Et dans ce domaine, les techniciens américains ne sont pas forcément les meilleurs. Pro Rugby USA et les cinq équipes du championnat se sont donc tournés vers l’étranger afin de dénicher ce qui se fait de mieux. « Les entraineurs du championnat sont qualifiés, déclare celui que l’on surnommait le ‘Jonah Lomu Blanc’. Quand les Américains ne trouvent pas ce qui se fait de mieux chez eux, ils vont le chercher à l’extérieur. C’est le cas pour les entraîneurs du Pro Rugby dont certains viennent d’Irlande et d’Afrique du Sud. »

Une compétition qui a de l’avenir

Si le Pro Rugby ne compte que cinq équipes cette saison, le championnat va accueillir dès la saison prochaine trois nouvelles franchises, dont deux canadiennes. Pour subsister, cette compétition devra se développer, ce qui n’est pas un obstacle pour Jean-Baptiste Gobelet. « Le projet est parti très vite, déclare-il. Du coup ils ont utilisé les infrastructures existantes qui sont privées car ils n’avaient pas le temps de tout mettre en place avant le début du championnat. Le budget moyen d’une franchise est de deux millions. Mais si le projet marche, le budget peut exploser et être multiplier par dix. » Quand le succès est au rendez-vous outre Atlantique, l’argent peut très vite couler à flot. Le rugby à XV est pour l’instant un sport de second plan mais peut très vite aspirer à un autre statut. « Il y aura des ratés, je pense, car la préparation n’est pas la même qu’au rugby, affirme l’ancien ailier biarrot. La saison est très courte. Il y aura des plages de récupération importantes. Là-bas, on laisse une grande part à cette phase de récupération contrairement au Top 14. Cela ouvre d’autres perspectives pour les joueurs car ils travaillent sur le détail. On comprend pourquoi des équipes comme les Etats-Unis et le Canada ont un jeu qui est intéressant car ils travaillent beaucoup techniquement. Il faut donner du temps à cette ligue. Il y aura de belles choses à voir. » Du temps, c’est le facteur qui permettra aux experts de juger le niveau de ce championnat néophyte. Mais avec plus de 300 millions d’habitants, les Etats-Unis disposent d’un potentiel énorme tant économique qu’humain. Mais alors que de grands noms comme Mils Muliaina ou Mirco Bergamasco sont les têtes d’affiches, l’ancien international assure que « la priorité, c’est de former un maximum de joueur américain car le réservoir existe. Ils ont deux ans pour travailler là-dessus même si l’aspect financier est très faible, environ 2000 euros par mois sur 10 semaines pour un joueur moyen. Mais à terme cela va être une destination attractive. » Le rêve américain ne fait que commencer.
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